Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 19:17

un homme qui crieAdam, ancien champion de natation, occupe un poste de maître-nageur dans un grand hôtel de N'Djamena, la capitale tchadienne. L'hôtel est repris par une société chinoise. Adam perd son poste au profit de son fils, et récupère celui de gardien à la barrière du parking. Son déclassement et sa rupture avec la piscine sont pour lui un déchirement. A cela s'ajoute l'ambiance conflictuelle du pays, avec les luttes entre l'armée et les troupes rebelles. Adam voit ainsi son fils être enrôlé de force dans les troupes régulières, car il a refusé de payer l'effort de guerre. Il faut dire qu'il ne fait pas grand chose pour tenter de le sauver, aigri d'avoir perdu sa place à la piscine.

 

A travers le destin de celui que tout le quartier appelle Champion en mémoire de ses exploits passés, Mahamat-Saleh Haroun signe un portrait très juste de cet homme tiraillé entre son amour pour sa piscine et son amour paternel. Il dresse aussi une peinture du Tchad en pleine mutation, où les conflits armés persistent mais où les intérêts économiques étrangers, en particulier chinois, prennent de plus en plus de place. On découvre ainsi de scènes évoquant une période qu'on peut imaginer assez ancienne, avec les demandes du chef de quartier de payer l'effort de guerre, voire traditionnelles, comme cette cérémonie d'enterrement dans la rivière. Mais le passé est balancé par la violence du présent, qui s'exprime différemment et crée d'autres fractures chez les individus : celle du capitalisme économique, qui licencie le cuisinier expérimenté sans aucune perspective, qui met d'emblée les personnes âgées en marge du système.

 

Si le film n'est pas exempt de quelques défauts, notamment par une démonstration parfois un peu trop voyante (l'ancien cuisinier aimait les chiens, le nouveau ne les aime pas), Un homme qui crie est un film qui joue habilement avec les images qu'un occidental peut avoir d'un pays comme le Tchad. La guerre n'est pas cachée, le départ en masse de la ville est bien rendu, et la place des femmes dans cette société d'homme également, que ce soit la mère d'Abdel ou sa petite amie. Mais par ce jeu constant entre tradition et modernité, dont les victimes sont finalement ceux qui ne possèdent rien ou un pouvoir trop petit pour être véritablement puissant, le réalisateur évite de sombrer dans un carte postale facile de son pays. Il faut ajouter que son acteur prinicipal, Youssouf Djaoro, par sa retenue et une forme de fatalisme, permet au réalisateur de pleinement exprimer cette résignation qui n'est pas sans aller avec une volonté de révolte contre le système. Adam ne choisit pas les bons moyens pour lutter contre la violence, et c'est ce parcours chaotique, fait de décisions parfois érronées, qui rend ce film attachant et réussi.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

BMR 21/10/2010 13:57



Malgré la violence guerrière de l'arrière-plan, malgré le tragique de l'histoire, le film est très lent : c'est presque un album photos, un album de très beaux portraits.


Comme le dit lui-même Mahamat-Saleh Haroun, on n'est pas à Hollywood et il n'y a pas les bons d'un côté et les méchants de l'autre : Je laisse
ça à Hollywood, pour qui il y a des bons qui finissent toujours par triompher des méchants. Le cinéma hollywoodien est devenu l’idéologie du pays lui-même. Mais, pour moi, il n’y a pas de bons ni
de méchants, je laisse ce jugement à Dieu, si tant est que Dieu existe.


Et oui tout est là : si tant est que Dieu existe ... mais manifestement Il a déserté l'Afrique, y laissant les hommes désemparés et sans plus de repères.



Yohan 23/10/2010 15:21



Un film lent, qui n'est nullement ennuyeux. J'ai beaucoup aimé ces portraits, celui du père, mais aussi ceux du fils et de son amie. Une oeuvre intelligente, qui s'éloigne en effet du manichéisme
de certains films.