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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 10:26

Pour fêter les deux ans de cet endroit, voici un billet sur un film, ou plutôt trois films qui me tiennent particulièrement à cœur, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler rapidement au fil des réponses aux commentaires ou dans les billets, mais qui méritent une place à part entière dans ce lieu.


Un film, donc, ou plutôt trois. Quels sont donc ces mystérieux long-métrages qui se parlent, se répondent, s'expliquent l'un l'autre au fur et à mesure de leur vision ? Eh bien, ce sont les trois merveilleux films de la prodigieuse trilogie signée Lucas Belvaux, Un couple épatant – Cavale – Après la vie.


L'idée de départ est simple : vous prenez trois couples, plus ou moins officiels, qui se connaissent d'une manière ou d'une autre, et qui vivent au même endroit (Grenoble, en l'occurence). Vous faites ensuite un film centré sur chacun de ses couples. Ce qui donne trois films (pour trois couples), et les personnages principaux d'un film deviennent les personnages secondaires de l'autre (et vice-versa). J'espère que jusqu'ici, vous suivez. Mais la grande force de la trilogie, outre ces résonances multiples, se situe dans le traitement scénaristique de chacun de ses films. Car à chaque couple correspond un genre cinématographique.


D'où trois films, qui ne racontent au final qu'une histoire, mais racontée avec des tons différents.


Rentrons maintenant dans le détail, et dans l'ordre de présentation (qui est je pense l'ordre le plus adéquat pour voir les films, même si je les ai découverts dans un autre ordre. Bah oui, il faut parfois être rebelle !). Un couple épatant est une comédie, centrée sur les personnages d'Alain et Cécile (François Morel et Ornella Muti, couple improbable mais drôlement efficace). Alain est ingénieur, il dépose des brevets et est attaqué en justice de toutes parts, mais il a un souci : il se croit malade. Ne voulant pas inquiéter sa femme, il décide de lui cacher son opération. Mais celle-ci se doutant de quelque chose, lance sur ses basques un flic, mari d'une de ses collègues et amie. Cette comédie, que j'ai mis du temps à apprivoiser (première vision décevante, mais la richesse du film m'est apparu ensuite), est une mécanique implacable en terme de scénario. A chaque visionnage, je découvre des éléments nouveaux, notamment lors des changements de séquence. Comédie qui penche vers l'absurde, elle est admirablement servie par les acteurs principaux, mais également par les seconds rôles comme Bernard Mazzinghi ou Valérie Mairesse. Une entrée en matière en douceur dans la trilogie, qui permet de rencontrer, parfois subrepticement, les futurs protagonistes des films suivants.


Cavale est une sorte de thriller. Le film est centré sur Bruno (Lucas Belvaux lui-même), ancien activiste terroriste des années 70 qui s'évade de prison, et revient à Grenoble pour régler ses comptes. Il pense pouvoir compter sur Jeanne (Catherine Frot, surprenante), une de ses anciennes complices. Mais elle a construit une nouvelle vie, et le laisse se débrouiller seul. Après la suavité de la comédie et ses artifices, voici nos personnages plongés dans une histoire beaucoup plus dure, plus noire. Bruno, traqué, retrouve d'anciens réflexes, et pense pouvoir mener à bien son combat. Illusion, qui le poussera à perpétrer des actions de moins en moins raisonnées. Seule obsession : se venger de celui qui l'a balancé, l'industriel Jacquillat (merveilleux Patrick Descamps, qui joue actuellement le commissaire dans Un village français). Bruno fera la rencontre d'Agnès, morphinomane et femme du flic qui le recherche, alors que Jeanne, si elle renonce à l'action, refuse toute collaboration avec la police. Film sur la déchéance inéluctable d'un homme, sur la folie liée à un objectif inatteignable. Thriller très efficace, et ce dès la scène d'ouverture, celle de l'évasion.


Après la vie clôt la trilogie, et c'est certainement le meilleur film des trois, car il donne des explications, permet de comprendre les comportements parfois étranges de Pascal, le flic déjà rencontré auparavant (Gilbert Melki, à tomber par terre !!!). Il profite de son boulot pour fournir à Agnès, sa femme (Dominique Blanc, lumineuse et magnifique dans la déchéance) la morphine dont elle a besoin. Mais l'arrivée de Bruno le Roux coupe sa source d'approvisionnement. Il devra donc arbitrer entre sa morale de flic et son amour pour Agnès pour tout concilier. Ce dernier épisode est un vrai coup de poing, une oeuvre qui ne laisse pas indifférent, et c'est un euphémisme. On est ici dans un drame, autre genre cinématographique avec lequel Belvaux est très à l'aise.


Ces trois films, tous des réussites dans leur genre, prennent une dimension encore plus forte lorsqu'on les recoupe. Ainsi, de nombreuses scènes figurent dans au moins deux films, mais vus d'une subjectivité différente. La scène de l'overdose est en cela merveilleusement représentative, car présentée une fois du point de vue de celui qui secoure la victime (dans Cavale), une fois du point de vue de la victime (dans Après la vie). Dans les bonus DVD, une journée est d'ailleurs remontée, en intégrant de manière chronologique les éléments des trois films. Ce nouveau montage permet de se rendre compte de l'extraordinaire richesse et précision du scénario, et de réaliser que les choix de tournage sont prépondérants dans l'impression que ressentira le spectateur. 


Belvaux n'hésite pas non plus à varier les effets, que ce soit la lumière, la musique (signée Riccardo del Fra) ou la manière de filmer. Ainsi, dans Après la vie, c'est caméra à l'épaule qu'est filmé l'essentiel. Ce qui crée une empathie avec les personnages, une proximité. Mais Belvaux raconte tout cela dans les très bons bonus commentés du film, disponible dans le coffret DVD regroupant les trois films.


Films magnifiques, scenarii d'une précision diabolique, acteurs surprenants et au sommet de leur art... Bref, si vous ne faîtes pas quelques chose pour voir ces films un jour, j'en avale mon chapeau (Heureusement que je n'en porte pas, sinon je crois que je me serai beaucoup avancé:-).


A noter que Lucas Belvaux sort bientôt un nouveau film, Rapt, et qu'entretemps, il a signé le très bon La raison du plus faible, film qui regroupe en son sein trois tonalités très différentes, et servi là aussi par de très bon acteurs (Lucas Belvaux, Patrick Descamps et Gilbert Melki, encore, mais aussi Natacha Régnier ou Eric Caravaca). Bref, cet homme est merveilleux !

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commentaires

elou 20/10/2009 16:06


J'ai longtemps oeuvré près de la médiathèque oùj'allais pour qu'elle achète ces DVD, ce qu'elle a fini par faire et j'ai eu le bonheur de découvrir ces trois films et comme toi, j'ai été très
enthousiaste et ai beaucoup aimé la reprise de scènes et l'éclairage qu'apportait un film à l'autre. Mais je n'ai pas fait comme toi plusieurs visions, cela mériterait d'être fait, j'en prend bonne
note...


Yohan 25/10/2009 15:30


Mais tu as bien fait d'insister, et je te conseille maintenant de les louer une nouvelle fois. Car Un couple épatant vaut vraiment plusieurs visions (comme les autres d'ailleurs), car on saisit
beaucoup de nuances de scénario passées inaperçues la première fois.