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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 18:00

severe.jpgLa mort d'Edouard Stern, banquier français, avait défrayé la chronique en 2005. Il avait été retrouvé tué de plusieurs balles, couvert d'une combinaison en latex. C'est ce fait divers qui a inspiré Régis Jauffret pour son roman Sévère.

 

Jauffret a suivi pour le Nouvel Observateur le procès de la meurtrière de Stern, la maîtresse du banquier. Il prend comme figure de son roman cette maîtresse et son amant, et raconte leurs jeux érotiques et la relation qu'ils ont noué. Que Jauffret s'empare d'un sujet pareil est assez peu surprenant. Il  aime bien les personnages décalés, qui ont des attitudes hors norme. Et son goût pour la narration de scènes érotiques était également un point positif. Ce qui est surprenant, c'est le traitement qu'il en fait. L'écriture et la narration sont en effet très sobres, et les scènes de jeux érotiques ne sont que rapidement évoquées. Un peu comme si Jauffret n'avait pas eu besoin d'en rajouter, tellement les faits relatés étaient extraordinaires et éloquents. Du coup, il se concentre sur la jeune femme, qui prend en charge le récit. Elle raconte le début de cette histoire, comment elle en est arrivée à le tuer et pourquoi elle a tenté de fuir. Le récit est chronologiquement décousu, mêlant des scènes précédent et suivant le meurtre, mais tout à fait intelligible. 

 

On sent que Jauffret est très intéressé par le personnage de cette femme, avec un amant possessif, brutal, un mari lâche ou compréhensif, on ne sait pas trop. Il décrit le plaisir qu'elle prend à cette relation de domination entre elle et ce banquier et la jouissance qu'elle y trouve. Sévère est un roman que j'ai trouvé, malgré le sujet, assez facile à lire, car Jauffret reste très sobre, presque clinique. Et du coup, j'ai perdu de vue ce qui me marque d'habitude chez Jauffret, son outrance, ses comparaison osées parfois scabreuses et son goût de la provocation. Un peu comme si la réalité avait bridé son imagination. A noter que Jauffret avait à l'époque de la parution du livre fait face aux attaques de la famille de Stern, alors qu'il précise dans un préambule que cette histoire n'est qu'une fiction et qu'il faut la lire comme telle. Un avertissement insuffisant.

 

une-histoire-damour.jpgC'est de ce roman qu'Hélène Fillières s'est inspiré pour signer son premier film, Une histoire d'amour. On retrouve dans les rôles principaux Benoît Poelvoorde en banquier, Laetitia Casta en maîtresse et Richard Borhinger en mari. Le film est assez fidèle au roman, notamment dans la construction chronologique. Les acteurs sont assez bons dans leur registre, en particulier Poelvoorde dans une composition assez loin de ces rôles les plus connus. Mais le film manque de nuance. Car là où Jauffret met en avant la préméditation du meurtre, Hélène Filières laisse l'ambiguité. De même, le personnage de la femme est assez mal traité. On ne ressent jamais, dans le film, quel est le plaisir qu'elle trouve dans cette relation parfois source de violence. Ce n'est pas une victime, mais on ne comprend pas vraiment ses motivations. Enfin, le défaut principal du film est à mon sens un abus des effets de stylisation, avec ralentis ou gros plans très visibles. C'est d'autant plus dommage qu'elle avait choisi un décor neutre, froid, très géométrique, et qu'elle n'en utilise pas toutes les potentialités. Un premier film un peu décevant, donc.

 

Sévère de Régis Jauffret

Ed. du Seuil

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