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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 07:55

Avant de découvrir le nouveau Resnais, et pour poursuivre mes découvertes des précédents films de ce grand réalisateur, je suis allé voir, sur les conseils (preque pas insistants ;-) d'une fan absolue, Providence. Ce film est sorti en France en 1977, a fait un tabac aux Césars et a été tourné en anglais, avec un très joli casting anglo-saxon (Dirk Bogarde, Ellen Burstyn, John Gieguld...). Et comme souvent avec Resnais, on se trouve confronté à une œuvre aux multiples facettes, troublante, mouvante et parfois fascinante.

 

Providence est le nom de la demeure de Clive Langham, un écrivain âgé et malade, qui a une fâcheuse tendance à abuser du vin blanc. Dans son lit, il rêve son futur roman : une histoire d'adultère entre une femme blasée par un mari avocat fortuné et un homme qui a échappé à la peine de mort que voulait lui infliger l'avocat en question. Mais les personnages de fiction se mêlent aux connaissances du romancier, et les traits de ses enfants apparaissent dans ceux des individus qu'il imagine...

 

Resnais interroge ici la frontière fragile entre fiction et réalité, avec ce mélange entre la vraie vie, symbolisée par le repas final, et les fantasmes issus de son imagination. Fantasmes qui prennent, au fil du temps, des dimensions de plus en plus rocambolesques. Si le début est surprenant mais peut paraître crédible (la fuite d'un homme des bois qui prend la forme d'une bête sauvage, avec du poil qui lui pousse partout, puis le procès de celui qui l'a tué et l'attirance entre cette femme et le meurtrier disculpé), la suite prend une tournure tout à fait différente. Le premier signe de ce changement, le plus flagrant, est l'intervention de l'écrivain, qui décide de revoir de temps à autre sa copie en modifiant le comportement des personnages. L'écrivain revient régulièrement dans le film, via des scènes où il apparaît couché ou se promenant difficilement dans sa chambre, avec toujours une bouteille à portée de main.

 

Puis ce qui était réaliste disparaît pour laisser place à des séquences qui ne troublent pas les personnages, mais interrogent les spectateurs. Les décors changent alors que les personnages restent au même endroit (une fois une ville, une fois une mer dont il est clairement visible qu'elle est artificielle), un footballeur revient régulièrement, comme un leitmotiv, et les réactions des personnages sont de plus en plus imprévisibles.

 

En représentant ses personnages sous les traits de ses proches, Clive Langham pense raconter une histoire de fiction. Mais à travers ces personnages, ce sont ses obsessions qui apparaissent. Ainsi, l'élément le plus caractéristique de la vie de Langham, la bouteille de vin blanc, apparaît dans quasiment toutes les séquences fictives. Il en profite d'ailleurs pour réécrire les relations entre son fils, sa femme et son fils adoptif, comme si la réalité ne lui convenait pas, que les amours de sa progéniture étaient contre nature, et qu'il devait rétablir un ordre qui n'existe pas.

 

Bien entendu, le spectateur est parfois perdu dans ce mélange entre fiction et réalité, d'autant plus que, dans la fiction, tout est possible. Mais ce trouble n'est pas désagréable, car il interroge le lecteur sur la place entre fiction et réalité, et sur la façon dont la vie personnelle apparaît dans les oeuvres fictionnelles. Mais ce trouble n'a pas valu celui éprouvé devant d'autres films de Resnais, comme Je t'aime, je t'aime (sur la relation à la mémoire) ou L'année dernière à Marienbad, qui reste pour le moment mon préféré !

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commentaires

julie 20/11/2009 23:06


Ce qui est chouette aussi (mais je suis à peine objective...) c'est la question politique qui sous-tend le film. Sur l'histoire, le questionnement sur le changement du monde, la guerre, les
persécutions (les plans du stade), la bourgeoisie, et sur un mode plus personnel la morale, le suicide.
En tout cas, si je deviens alcoolique au Chablis, ça sera à cause de Providence!
A signaler aussi la merveilleuse musique de Miklos Rosza, compositeur (exilé de Hongrie) de musiques flamboyantes à hollywood dans les années 40-50.


Yohan 24/11/2009 22:43


Comment ça, à peine ;-)
Effectivement, j'avais oublié ces images de stades, elles-aussi intrigantes, et qui donnent en effet une dimension supplémentaire au film. 
Pour le Chablis, c'est pas très sympa de cacher ton potentiel alcoolisme derrière Resnais. N'empêche, ça peut faire chic en soirée : "Moi, c'est Resnais qui m'a poussé à boire !" Classe
!