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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 08:59

metamorphoses.jpgFrançois Vallejo fait partie des rares auteurs  dont j'attends chaque roman avec une grande impatience. Impatience car j'ai lu presque tous ses ouvrages et suis content d'en découvrir de nouveaux. Impatient aussi car on ne sait jamais dans quel univers il nous emmène. Métamorphoses ne déroge pas à la règle : François Vallejo aborde un thème contemporain et politique : le terrorisme.

 

Jusqu'à présent, François Vallejo ne s'était pas aventuré dans le traitement de sujets aussi polémiques. C'est donc la grande nouveauté du roman. Ce dernier met en scène Alix Thézé, une jeune femme restauratrice de fresques romanes. Elle a des relations distantes avec ses parents, voyagistes happés par leur travail. Elle est plus proche de son demi-frère, son "demi" comme elle l'appelle, Alban. Mais cela fait quelques temps qu'elle n'a pas eu de nouvelles de lui.

 

C'est par un ami commun qu'elle apprend sa conversion à l'islam. Si elle est immédiatement décontenancée, l'inquiétude prend le dessus quand elle apprend qu'il fréquente une mosquée radicale et qu'il a abandonné son nom français, Alban Joseph, pour Abdelkrim Youssef. C'est le point de départ d'une quête pour Alix, qui cherche à renouer avec son frère pour comprendre son parcours. Elle réussit à s'introduire dans son appartement, elle le revoit de temps en temps, mais tout cela ne met pas fin à son angoisse.

 

De ce point de départ, François Vallejo signe un ouvrage dans lequel l'urgence est constamment palpable. Que ce soit par les faits et gestes d'Alix, paniquée, ou par le biais de l'écriture, sèche, rapide, concise, le lecteur est pris dans le tourbillon qui emporte la jeune femme. C'est une des forces des romans de François Vallejo d'arriver à faire en sorte que la forme soit proche du fond. Et c'est une nouvelle fois une réussite. Ceci est également vrai car François Vallejo mêle les styles de narration. Outre l'introduction classique des dialogues dans le texte, il ajoute ici un journal intime qui tient un rôle de premier plan dans l'intrigue et qui ajoute au vertige de la lecture.

 

Mais François Vallejo ne se contente pas de décrire la réaction presque irrationnelle de cette jeune fille. Il signe également (et c'est une nouveauté vraiment surprenante) une œuvre politique et presque philosophique. Car en intégrant, en milieu de l'ouvrage, l'arrivée des services de renseignement, il donne une nouvelle tournure à l'ouvrage. D'autant plus qu'en plaçant son ouvrage du point de vue d'Alix, il ne décrit jamais ce que fait Alban/Abdelkrim, et laisse place aux fantasmes : a-t-il tué cet homme au Pakistan, comme il s'en vante ? qu'a-t-il fait pendant les trois jours où il a quitté le camp de vacances au Kenya ?

 

Fondamentalement, François Vallejo pose une question essentielle aujourd'hui : jusqu'où peut-on aller pour combattre le terrorisme ? Peut-on condamner uniquement des intentions ? Réflexion d'autant plus forte qu'au fil de la lecture, on découvre que les faits ne sont pas manichéens et que Alban/Abdelkrim, qui a certainement cru à la sincérité de sa conversion, n'a peut-être pas tout maitrisé. Métamorphoses est un ouvrage qui peut-être déroutant mais qui se révèle, au fil de la lecture, un tourbillon qui permet de dévoiler, peu à peu, les visages des protagonistes et les enjeux du récit. C'est une nouvelle fois une belle réussite.

 

Autres romans de François Vallejo : Groom, Ouest, L'incendie du Chiado, Vacarme dans la salle de bal, Madame Angeloso, Dérive, Les soeurs Brelan, Le voyages des grands hommes

 

Métamorphoses de François Vallejo

Ed. Viviane Hamy

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commentaires

Hermine 14/01/2013 20:24


Beaucoup beaucoup aimé ce roman,que j'ai lu à petites doses pour bien savourer... Un beau cadeau! Merci! J'ai admiré la façon dont l'auteur (et pas la narratrice) manie les paroles rapportées: discours direct
-sans tirets  ni guillemets- , discours indirect , discours indirect libre!  Tout glisse.. Quel brio!

Yohan 28/01/2013 21:46



De rien ! Et l'idée de cadeau est plus celle de Florence que la mienne !



flo 16/11/2012 15:13


J'ai surtout été troublée par le statut de la narration. Elle écrit à quel moment, Alix ? Ce n'est pas une narration à la 1ère personne ordinaire : elle vit ce qu'elle écrit, mais elle commente
aussi, on perçoit un certain recul par rapport à ce qu'elle vit (contrairement à un journal intime). Il y a une vraie mise en scène de l'acte d'écrire. Elle écrit qu'elle écrit.


Elle vit ce qu'elle écrit ou elle écrit ce qu'elle vit, en fait ?...


D'autant plus que ce qu'elle écrit va finir par avoir de vraies conséquences sur ce qu'elle vit... (mais je n'en dis pas plus, pour ne pas spoiler). Un beau vertige dans l'écriture, oui !

Yohan 17/11/2012 13:31



Bon, je crois que c'est un très bon résumé du vertige de la narration de ce roman.



Emeraude 03/11/2012 22:49


je n'ai lu que "Groom" qui ne m'avait pas déplu sans non plus être un énorme coup de coeur. A chaque nouveau roman je suis un peu curieuse d'en savoir plus, mais je ne passe jamais le pas, il y a
toujours autre chose à lire... Enfin un jour, j'y viendrai sûrement !

Yohan 17/11/2012 13:29



Oui, il faut revenir vers François Vallejo. Chaque roman est tellement différent sur le fond et le traitement que tu trouveras forcément ton bonheur !