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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 07:03

En août 1870, la guerre entre la France et la Prusse vient d'être déclarée. Les jeunes hommes malheureux au tirage au sort, ou trop pauvres pour ne pas échanger leur billet contre celui d'un appelé, s'apprêtent à partir sur le front de l'Est, où Forbach et Reichshoffen sont déjà le théâtre des combats. Dans le Périgord, Alain de Monéys, jeune notable local, a décidé de remplir ses devoirs militaires. Avant de partir, il se rend à la foire de Hautefaye. Mais alors qu'il pense passer une journée agréable, il devient la proie de la foule, qui le prend pour un prussien. Le calvaire durera tout l'après-midi, jusqu'à l'issue fatale, et ce malgré l'aide de quelques camarades qui tentent de le sauver.


Jean Teulé s'empare d'un fait divers réel, et en tire un court roman très efficace. Avec assez peu d'effets, mais non sans quelques touches de fictions, il parvient à rendre l'hystérie collective qui s'est emparée des participants de la foire de Hautefaye, de sa naissance à ses issues variables.


Alain de Monéys est un jeune homme bien sous tous rapports, et non suspect d'hostilité à la nation en guerre. Alors qu'il a les moyens de laisser sa place dans l'armée à un plus pauvre ou de prétexter son léger handicap, il décide de s'engager sur le front. Homme en vue, il se rend en ami dans le village voisin. Mais l'ambiance est électrique : la guerre, où les enfants tombent comme les mouches, mais aussi la sécheresse qui laisse sur la paille les paysans mettent les nerfs à vif. Alors, quand Alain défend un de ses amis accusé de soutenir les prussiens, il voit la foule se retourner contre lui.


Malgré les appels à la clémence, personne ne le reconnaît, chacun voyant dans ses traits un prussien à abattre. Le curé, averti, tente de créer une diversion, mais le bar improvisé qu'il ouvre dans l'église aura l'effet inverse de celui prévu, l'alcool favorisant l'euphorie collective. Chacun tente d'enfoncer le présumé prussien, refusant d'admettre les relations passées, car le but est d'être plus violent que le voisin.


Teulé n'épargne pas grand chose au lecteur, que ce soit de la torture dont est victime de Monéys ou des pensées abjectes qui s'emparent de la foule. Il tente bien d'apporter un peu de fiction en introduisant le personnage de la serveuse, qui se donne entièrement pour donner un peu de répit à Alain. Mais l'ensemble est tellement vif, décrit de manière tellement incisive, que l'horreur happe le spectateur, et l'entraîne dans les rues de Hautefaye. Rues d'ailleurs bien visibles dans l'esprit du lecteur, puisque chaque chapitre débute par un plan de hameau, avec la description du trajet effectué par Alain de Monéys.


Ce fait divers sanglant est assez instructif et inquiétant sur l'effet moutonnant d'une foule qui prend un individu comme bouc-émissaire. Plus aucune limite n'existe, aucun argument ne trouve grâce aux yeux des assaillants, qui deviennent des assassins. Les condamnations sont d'ailleurs à ce titre exemplaires, puisque quatre des protagonistes seront guillotinés sur la place du village. Exemplaire, car il est rare que la guillotine soit déplacé sur les lieux du crime.


Avec un style acéré, Jean Teulé donne une nouvelle vie à cet événement, édifiant sur le fond et entrainant sur la forme.


Les avis de Leiloona (que je remercie pour le prêt),Thom (qui offre en prime la chronique du Montespan), Toinette80, Stephie, Ys, Livrovore et certainement bien d'autres...


Autres romans de Jean Teulé : Je, François Villon 
                                               Le Montespan
                                               Le magasin des suicides

 

Mangez-le si vous voulez, de Jean Teulé

Ed. Julliard

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commentaires

Stephie 30/11/2009 06:19


Comme Leil, un étalage gratuit de violence avec un style qui, en plus, ne m'a pas convaincue ;)


Yohan 04/12/2009 18:55


Je ne reviendrai pas sur mon désaccord quant à la gratuité de cette violence. Sur le style, c'est un autre sujet, mais je suis assez friand de ce que fait Teulé.


Leiloona 29/11/2009 20:37


Je suis moins bien moins enthousiaste que toi. D'ailleurs, j'y ai vu un bel étalage de l'horreur, mais gratuite. Comme quoi.
Mais il est intéressant de confronter les différents avis, voir comment un livre peut être perçu.


Yohan 04/12/2009 18:53


J'avais bien vu tes réticences sur ce roman. La violence ne m'a surpris, car j'en avais déjà eu un aperçu avec Je, François Villon. Là où je suis en désaccord, c'est sur la gratuité. Oui, la
gratuité des faits est indéniable, mais je n'ai pas l'impression que Teulé s'attarde sur la barbarie des faits. Il évoque un fait divers, et en donne toute la dimension. Il me seble important,
après le travail d'Alain Corbin, de montrer comment une communauté peut perdre les sens commun dans des situations de tension, car on ne peut jamais être à l'abri de tels comportements !


Ys 28/11/2009 17:57


Je suis d'accord avec toi : certains y ont lu un récit d'horreurs comlaisant, mais je trouve qu'il donne beaucoup à réfléchir sur les mouvements de foule et l'hystérie collective.


Yohan 29/11/2009 19:23


Connaissant un peu l'oeuvre de Teulé, je suis comme toi persuadé que tout cela n'est pas gratuit. Il montre la violence, mais c'est pour que le lecteur réalise à quel point cet épisode est barbare
!


Neph 28/11/2009 10:36


Et dire que je l'ai repéré dès sa sortie mais toujours pas lu... Grrr ! Tous les livres que je note par-ci par-là sur les blogs me retardent :)


Yohan 28/11/2009 16:47


Ah, c'est malherureusement le cas de pas mal d'ouvrages. Si tu veux toujours le découvrir, Leiloona en a fait un livre voyageur...


Thom 28/11/2009 10:35


Bel article pour un beau livre (le meilleur de Teulé depuis un moment)


Yohan 28/11/2009 16:46


Oh ! Merci beaucoup, cher Thom ! C'est un plaisir de te revoir par ici ;-)