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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 21:45

http://www.theatre71.com/IMG/artoff49.jpgLittoral est la première pièce de la quadrilogie de Wajdi Mouawad, jouée notamment en intégrale cet été à Avignon. Alors que la dernière pièce de l'épopée, Ciels, sera prochainement présentée à Paris, à l'Odéon, le théâtre 71, dont Mouawad est un fidèle, propose de voir cette pièce qui est à l'origine de la suite.


Wilfrid habite au Canada. Alors qu'il est en plein ébat amoureux, il reçoit un coup de fil qui lui annonce la mort de son père. Encombré par ce cadavre dont il ne sait que faire, par le passé de son père qu'il découvre à l'aide de sa belle-famille, il décide de se rendre au Liban pour l'enterrer dans la terre d'où il est originaire. En arrivant dans ce pays, il réalise que cet enterrement sera tout sauf trivial, et il affronte ce pays qu'il ne connait pas vraiment, mais dont la dépouille de son père ne cesse de lui parler.


Littoral a beaucoup de qualités, notamment dans sa première partie. L'histoire de ce jeune homme qui doit affronter la mort de son père, qui réalise l'identification du corps et qui doit affronter sa belle-famille qui n'a jamais accepté le mari de leur soeur est presque banale. Mais Mouawad introduit une part fantastique et humoristique tout à fait bienvenue. En modifiant les angles de narration (par une équipe de tournage sur un plateau de cinéma, par le chevalier arthurien Guiromelan qui surgit de l'enfance de Wilfrid pour l'aider à affronter cette épreuve), en osant des passages qui peuvent être dérangeants, comme le constant rappel de son coït au moment du coup de fil annonciateur de mauvaise nouvelle, Mouawad rend ce récit très vivant. Même s'il abuse un poil de la peinture (mais moins que dans Seuls), notamment dans la scène d'ouverture où je ne la trouve pas justifiée, cette confrontation à la mort du père et à la terre originelle est assez prenante. On pourra reprocher à Mouawad de toujours traiter les mêmes thèmes, mais ce n'est pas sur celle-ci que je le ferai, puisque c'est chronologiquement la première. Le début est également servi par un très bon acteur, Emmanuel Schwartz, qui incarne Wilfrid. Face à lui, on trouve souvent Lahcen Razzougui, également impressionnant.


Malheureusement, l'arrivée au Liban marque une rupture dans le récit, qui n'est pas à l'avantage de la pièce. Le Liban, c'est la terre dans laquelle il faut enterrer le père. Mais comme les libanais défendent leur terre, et qu'il n'est pas question d'enterrer le cadavre n'importe où, Wilfrid décide de gagner le littoral, pour "emmerer" son père. Il fait donc des rencontres, plus ou moins intéressantes, souvent artificielles et dont on sent qu'elles sont là pour délivrer un message trop explicite. Les deux collègues qui se reconnaissent à leur rire sont le symbole de ce manque d'originalité, leur mode d'expression produisant à la longue un certain agacement. Heureusement, il reste quelques images fortes et bien trouvées, comme celle de ce père qui se débat dans cette mer figurée pour parler une dernière fois à son fils. Mais la fin est d'un didactisme excessif, qui tue un peu le propos.


Après le cinéma, voici donc mon deuxième effet Gainsbourg en très peu de temps : une pièce qui débute très bien, inventive, intéressante, mais qui tombe dans se deuxième partie dans des travers dommageables. Mais que cela ne vous empêche pas de vous faire votre idée, car la première heure est vraiment très réussie !


Sinon, plutôt que Seuls où Mouawad était seul en en scène (vous auriez pu le deviner), je vous conseille vivement Forêts, troisième volet de la quadrilogie. Cela dure quatre heures, mais c'est un vrai plaisir, tant cette pièce est passionnante !

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