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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 11:52

moissons-du-futur.jpgL'agriculture sans pesticides et sans intrants chimiques extérieurs est-elle possible ? Surtout, permettrait-elle de nourrir la planète ? C'est en participant à un débat avec le ministre de l'agriculture, Bruno Le Maire, et le président de l'association nationale des sociétés alimentaires, qui défendaient une réponse négative, que Marie-Monique Robin a eu l'idée de cet essai. Car après avoir enquêté sur Monsanto et sur les poisons au quotidien, elle est persuadée que l'agriculture intensive et chimique n'est pas une réponse appropriée.

 

Alors, est-il possible de nourrir toute la planète en faisant une agriculture propre ? Pour les défenseurs des engrais et de la productivité, la raison principale de l'échec de cette agriculture sans apports extérieurs est liée à la diminution irrémédiable des rendements. Avec une population qui s'accroit, c'est selon eux intenable. La journaliste, en parcourant la planète et en rendant compte de diverses expériences, essaie de prouver le contraire, et y parvient avec brio.

 

Au niveau théorique, elle s'appuie sur les travaux des rapporteurs de l'ONU pour le droit à l'alimentation, Jean Ziegler, puis Olivier de Schutter. Ils défendent l'idée que la politique agricole menée aujourd'hui par l'ONU et son antenne spécialiste des questions d'alimentation, la FAO, ont pris le mauvais chemin. Leurs rapports sont cinglants et démontrent, exemples à l'appui, que toutes les expériences issues de la révolution verte (mécanisation à outrance, productions aux rendements élevés, utilisation massive et irraisonnée d'engrais) sont des échecs : le niveau de production a baissé, les paysans n'ont plus les moyens de vivre de leur travail et les famines n'ont pas disparu.

 

Marie-Monique Robin part à la rencontre de ces agriculteurs qui ont choisi des voix alternatives pour produire. Comme ces paysans du Mexique, qui ont abandonné la monoculture du maïs pour revenir à la pratique ancestrale de la milpa. Le principe est de mélanger sur une même parcelle du maïs, des haricots et des courges. L'eau est retenue plus facilement au sol, ombragé par les feuilles de courge. Les parasites s'attaquent un peu à chaque type de récolte, et ne détruisent pas systématiquement toute une plantation. Et les paysans bénéficient d'une alimentation diversifiée.

 

Son voyage au Malawi est également très enrichissant. Elle découvre comment l'association de différentes plantes permet d'offrir des protections naturelles face aux insectes. Ces derniers sont attirés par les plantations en bordure de champ et n'attaquent pas les plants de maïs. Ces différentes techniques permettent aux paysans de vivre et même de vendre une partie de leur production.

 

Mais la journaliste ne se limite pas aux pays en voie de développement. En Allemagne, elle va à la rencontre des précurseurs de la biodynamie, pratique naturelle qui intègre les phénomènes cosmiques. Une de leur théorie est que le labour est une hérésie, source de fragilité, de stérilité et d'érosion des sols. Ils laissent se développer un humus aux pieds des plantes qui crée une terre fertile, aérée et pleine de vie. Et ceci permet  aux cultures de mieux résister en cas d'événements climatiques inhabituels, qui sont relativement nombreux et dévastateurs pour l'agriculture conventionnelle.

 

Par ce tour du monde agricole (Marie-Monique Robin se rend également aux Etats-Unis ou au Japon, pour rencontrer les héritiers du l'inventeur du concept des AMAP), elle donne à voir la diversité des pratiques agricoles, mises à mal par les industriels qui brevètent les semences à tour de bras. Elle n'oublie pas non plus, dans la seconde partie de l'ouvrage, de replacer tout cela dans une perspective plus large. Si certaines grandes fondations humanistes, comme la fondation Bill Gates, s'engagent dans le développement de l'agriculture en Afrique, ce n'est pas seulement pour le bien-être humain. Car ces fondations ont des liens financiers avec les semenciers, et les techniques agricoles prônées sont loin d'être les plus efficaces. De même, les traités de libre-échange, notamment en Amérique du Nord, sont dramatiques pour les petits paysans qui ne peuvent pas faire face aux conditions imposées par les firmes. C'est ainsi que l'ALENA a conduit à la famine une partie du monde rural mexicain.

 

Face au discours ambiant qui claironne que le bien-être passe nécessairement pas des évolutions techniques et qu'il ne faut pas être rétif à l'inconnu, cet essai est une formidable source d'inspiration pour se rendre compte qu'il faut parfois dire stop. L'agroécologie, concept plus large que la seule agriculture biologique, est une vraie science qu'il faut maîtriser et le vivant, plus vivace et inconnu que la technique, est une mine inépuisable de connaissances. C'est en partant du vivant que l'être humain pourra continuer à vivre correctement sur Terre, pour lui et ses congénères, mais aussi pour ses descendants. Alors, cela passe certainement par une moindre consommation de viande, une modification de nos habitudes alimentaires, mais il parait évident que seul le collectif permettra de résoudre les défis qui se posent à l'humanité. Marie-Monique Robin signe une nouvelle fois une enquête primordiale et passionnante sur un des aspects essentiel de la vie humaine : comment nourrir la planète correctement ?

 

Les moissons du futur, comment l'agroécologie peut nourir le monde de Marie-Monique Robin

Ed. Arte - La découverte

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