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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 19:22

les-mauvaises-gens.jpgComme dans Rural, un de ses albums précédents, où il raconte la naissance et la vie d'agriculteurs, Etienne Davodeau se plonge dans la région des Mauges. Les Mauges se trouvent entre Angers et  la Vendée, avec comme point central Cholet. Après la vie des paysans, Davodeau consacre cet opus à la vie de Marie-Jo et Maurice, connu dans le pays pour avoir mené une vie de militants.

 

Ils sont tous les deux nés dans cette terre marquée par un fort traditionalisme catholique, résidus des guerres de Vendée qui ont marqué la région. Ils sont d'extraction modeste, Marie-Jo ayant rapidement intégré un pensionnat de jeunes filles tenu par des soeurs, et Maurice a rapidement été embauché. Le quotidien de Maurice est marqué par l'alcoolisme de son père : il est incapable de coller les affiches pour le cinéma municipal et c'est sa femme et son fils qui doivent le suppléer en secret.

 

Marie-Jo est vite employée dans une usine de chaussures, où elle encolle des talons. Maurice travaille lui dans une usine de lampes. Leur vie reste marquée par la religion catholique, mais les rencontres qu'ils vont faire seront déterminantes. En effet, un jeune vicaire arrive dans le village. Il pousse les jeunes garçons a monter un club de basket, les filles à partir ensemble à la mer. Dans ce groupe amical se tissent des liens qui dépassent rapidement le cadre religieux. Maurice et Marie-Jo participent en effet à la naissance de la JOC (jeunesse ouvrière catholique) dans la région, et cela transforme leur vision de la vie.

 

En parallèle, ils prennent leur carte à la CFDT et participent aux réunions avec les patrons. Leur vie est rythmée par les réunions à la maison, les discussions sans fin. Tout cela pour le plus grand plaisir de leur fils ainé qui ne comprend pas tous les enjeux mais est fier de participer passivement à cette vie politique et syndicale.

 

Etienne Davodeau conte avec beaucoup de justesse et de tendresse la vie de ces deux amants qui ont consacré une grande partie de leur vie au militantisme. Il se replonge dans certains documents d'époque, comme ces journaux écrits par les gamins du village pour tenir informés les appelés en Algérie. On y découvre les premières manifestations ouvrières, et en fond, les enjeux politiques nationaux avec la lente mais sûre prise du pouvoir à gauche par le PS du Mitterrand face au PC de Marchais. C'est une tranche de vie personnelle absolument passionnante qui est décrite ici, avec peu d'effets et une grande sensibilité. Une excellente BD documentaire pour se plonger dans la construction du militantisme et la vie de ceux qui y consacrent leur vie.

 

Les mauvaises gens - Une histoire de militants d'Etienne Davodeau

Ed. Delcourt

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commentaires

Leiloona 11/07/2012 18:09


Je viens de découvrir cet illustrateur, et je compte bien continuer ma découverte ... Pourquoi pas avec celui-ci, d'ailleurs !

Nad' 16/01/2014 14:55

Bonjour!

Je viens de dévorer ce bouquin passionnant, très militant, qui m’a remplie d’espoir et de dynamisme. J'avais déjà lu Rural il y a quelques années et j’avais déjà été conquise. Petite rectification par rapport à ta critique : ce n'est pas Maurice dont le quotidien est marqué par l'alcoolisme de son père, c'est Marie-Jo.

Et puis, tu oublies que dire aussi que Maurice et Marie-Jo sont les parents de l'auteur ! Pas que cela change grand-chose au final, mais ça me semble important de le préciser. Davodeau a forcément été influencé par l’engagement et la passion de ses parents, même s’il y a aussi des oppositions entre eux, notamment par rapport à la religion/foi.

J'avais été impressionnée par Rural, mais je suis encore plus touchée par Les Mauvaises Gens. Davodeau est non seulement un dessinateur de talent, mais aussi une excellente plume ! La manière dont il construit son récit est aussi impressionnante, avec des flash-backs, des apartés, des dialogues/interrogations avec ses parents où ces derniers donnent leurs « feedback » sur les planches dessinées précédemment… La BD est à ce moment-là un vrai moyen de communication ! Et puis, aussi, Davodeau prend soin de poser le contexte historique national et international lors de chaque année marquante. Bref, on ne s’ennuie pas une seconde – j’ai lu le livre en deux sessions, mais j’ai eu du mal à poser le livre à la fin de la première même si je savais qu’il fallait que j’aille dormir!

Pour la petite histoire, j'ai trouvé avec bonheur ce livre dans un endroit un peu improbable pour une BD française : dans une bibliothèque du nord de Londres ! La bibliothèque se séparait de certains livres en les vendant à bas prix à des particuliers. Je l’ai dévoré dans le métro de Londres, et je ne trouve pas les mots pour dire à quel point ce livre m’a fait du bien. Je vis à Londres depuis deux ans ; et si j’aime cette ville pour son multiculturalisme et sa « liberté », c’est aussi une grande ville globale, avec son lot de cynisme et d’individualisme, ses grandes inégalités, insupportables, entre habitants… Alors, ce livre m’a fait tellement de bien…

En tout cas, merci pour cette critique ! Et merci à Etienne Davodeau.

Yohan 14/07/2012 16:59



C'est un auteur très intéressant. Je n'ai pour l'instant lu que les ouvrages plutôt documentaire, mais les fictions ont une très bonne réputation.