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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 12:55

enfants-du-paradis.jpeg Le film de Marcel Carné est à l'honneur en cette fin d'année. Il a bénéficié d'une sortie en version restaurée il y a quelques semaines, et la cinémathèque française y consacre une belle exposition. Retour sur ce très grand film et sur l'exposition, visible jusque fin janvier.

 

Les enfants du paradis, c'est la reconstitution d'un quartier de Paris au début du XIXe siècle, celui du boulevard du Temple (aujourd'hui autour de la place de la République). Surnommé le boulevard du crime, c'est le lieu des théâtres et des badauds, où se font et se défont les carrières. C'est là que Baptiste deviendra le roi du mime et que Frédérick Lemaître obtient ses lettres de noblesse grâce à Robert Macaire et à Othello. C'est également le lieu des relations amoureuses complexes, avec au centre d'entre elles Garance, jeune femme mutine, qui aime profiter de la vie et ne peut échapper à la cage dorée offerte par le Comte de Montray. Elle fait tourner le coeur des hommes, notamment celui de Baptiste. Mais c'est aussi le lieu des coups fourrés et des vols, avec au coeur du dispositf l'inquiétant Lacenaire.

 

Construit en deux parties (Le boulevard du crime puis L'homme blanc), le film montre d'abord l'ascension artistique des personnages et tisse les noeuds amoureux, avant de dénouer tout cela sur fond de meutre et de tragédie. Le film est formidable car il fait passer par toutes les émotions : le rire quand Lemaître détourne L'auberge des adrets, mauvais mélodrame, pour en faire une comédie ; la peur devant le personnage inquiétant de Lacenaire, froid, glaçant car prêt à tout ; l'émotion amoureuse devant l'histoire presque impossible entre Garance et Baptiste ; la compassion pour la pauvre Nathalie, éperdumment amoureuse de Baptiste mais qui ne peut lutter contre Garance. C'est également une formidable description du monde théâtral, avec ses vedettes, ses directeurs, ses auteurs et les luttes d'influence. Et puis le public est omniprésent, les riches installés au parterre, et les pauvres au Paradis, au sommet de la salle.

 

Mais comment parler du film sans parler des dialogues de Jacques Prévert, des décors, des costumes, de la musique (signée en par partie par Kosma) et des acteurs. C'est un casting formidable qui est réuni : la star, c'est Arletty, flamboyante en Garance, transformée par la rencontre du Comte de Montray (Louis Salou) qui en fait une femme du monde ; Jean-Louis Barrault est Baptiste, fragile, totalement consumé par son amour pour Garance, qui se noie dans son rôle de mime pour oublier celle qui est partie ; Pierre Brasseur est un magnifique cabotin quand il joue mais sait faire preuve d'une grande sensibilité, notamment dans cette grande scène au théâtre, où il retrouve Garance dans sa loge ; Maria Casarès, dont c'est le premier rôle au cinéma, est la naîve de l'histoire, celle qui va souffrir ; et Marcel Herrand fait un formidable Lacenaire, voleur, trafiquant, tueur. La combinaison de tous ces talents fait du film une eceptionnelle réussite.

 

La Cinémathèque retrace l'histoire du film, qui est loin d'être banale. Il a été tourné en pleine guerre, au début des années 40. La situation politique a d'ailleurs eu des conséquences sur les lieu de tournage (Nice avant Paris) et sur le casting : Pierre Renoir a remplacé Le Vigan, qui s'est enfui avant d'être arrêté pour faits de collaboration. On découvre les dessins préparatoires des décors, des costumes, l'histoire de ceux qui ont inspiré les personnages du film (le Mime Debureau, Lemaître, Lacenaire). On y voit quelques costumes (en couleur, ce qui fait un certain choc par rapport au noir et blanc) et quelques références cinématographiques (notamment dans Les demoiselles de Rochefort, de Demy). La scénographie est très agréable, de nombreux extraits sont diffusés, et cela donne une furieuse envie de se replonger dans le film. Une exposition à découvrir et un film à (re) voir, absolument !

 


 

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