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le-havre.jpg Voir un film de Kaurismaki est une expérience déroutante. Autant, devant L'homme sans passé, je pouvais me dire que cette perte de repères étaitliée à la langue ou aux paysages finlandais qui me sont inconnus. Ces explications ne fonctionnent plus avec Le Havre, puisque le réalisateur finlandais a choisi de tourner en France, en français, avec une majorité d'acteurs locaux.

 

Pourtant, le phénomène de déroute fonctionne encore. Mais ce manque de repères, loin d'être un défaut, donne au film une tonalité et un relief très original. Et ce pour plusieurs raisons.

 

Il y a tout d'abord le fait de se retrouver au Havre, aujourd'hui, mais avec un décor des années 60. Le métier même du héros, cireur de chaussures, est symbolique de cet aspect rétro. Plus globalement, tout ce qui concerne le mobilier ou les moyens de locomotion (ah, cette porte de bus à deux battants qui se replient l'un sur l'autre) est daté. Dans le même temps cohabitent des personnages sortis de cette période (comme le flic joué par Darroussin) et d'autres tout à fait contemporains (les migrants, les CRS, les pêcheurs,...). C'est cette confrontation entre évocation du quotidien des années 70 et problématique contemporaine (le sort des immigrés qui rêvent d'aller à Londres, avec le jeune Miguel Blondin) qui fait tout le sel de ce film.

 

On est donc loin de Welcome, même si le thème est proche. D'autant plus éloigné que le jeu des acteurs est résolument non réaliste. André Wilms, au jeu très hiératique, signe une remarquable performance d'acteur. Si ce qu'il fait paraît simple, il y intègre toute une palette de sentiments, sans quoi le film pourrait être assez plat. A ses côtés, les acteurs sont au niveau, avec le rôle de flic ambigu joué par Darroussin, la femme malade (Katie Outinen) ou une petite apparition glaciale de Jean-Pierre Léaud. Kaurismaki n'oublie pas, dans cette évocation du drame de l'immigration, une pointe d'humour qui ajoute un plus indéniable au film (comme lorsque Marcel Marx, le héros, fait face au directeur de la prison, ou lors du concert de soutien de Little Bob).

 

Une très belle incursion au Havre, à la fois proche et différente de celle du duo Abel/Gordon il y a peu : tout aussi non réaliste et onirique, mais plus convaincante dans le traitement du sujet principal, celui de l'immigration.

Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 19:06
- Par Yohan - Publié dans : Films
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