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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 19:04

le-diner-de-trop.jpgGjirokastër, petite ville du sud de l'Albanie. En 1943, c'est la porte d'entrée dans la région pour l'armée allemande, qui reprend possession des régions italiennes après sa fuite de Grèce. Le docteur Gurameto le grand retrouve à cette occasion un ancien camarade, le colonel von Schwabe, qui dirige l'armée nazie. Un grand dîner rassemble les deux amis, dîner qui restera dans les annales de la petite ville pour plusieurs années. Car Gurameto devra rendre des comptes concernant ce dîner plusieurs années après, quand les communistes auront pris le pouvoir.

 

Ismail Kadaré, auteur albanais en exil pour fuir la dictature, a la grande habileté de mêler dans ce roman une intrigue historique et un conte. Au niveau historique, le lecteur est embarqué dans la décennie 1943-1953. Au départ, on croise les troupes nazies, accueillies à Gjirokastër par des tirs de mitraillettes. Puis on retrouve Gurameto le grand aux prises avec les autorités communistes, à la recherche d'informations sur un complot médical contre Staline (inspiré de la paranoïa stalinienne contre les médecins juifs en 1953). Là, on quitte les ors des salons du dîner pour se plonger dans la grotte de Shanisha, lieu de torture rendu célèbre par un pacha y ayant torturé les violeurs de sa soeur.

 

Mais Kadaré aborde ce panorama historique des dictatures par le biais du conte. Car qui est vraiment ce colonel nazi qui a assisté au dîner ? Von Schwabe, l'ami de Gurameto ? Ou un homme revenu d'entre les morts ? Et pourquoi les communistes cherchent-ils, dix ans, plus tard, à connaître le fin mot de cette histoire qui a fait le tour de la région ? Gurameto, tel Yves Montant dans l'Aveu, enchaîné dans la grotte, fera les frais des investigations menée contre lui.

 

Kadaré signe donc un roman fort intéressant, s'inspirant de faits réels pour dénoncer des régimes politiques différents mais tout autant totalitaires, sur fond de fable. Ce qui lui permet des envolées oniriques et fantastiques qui pimentent agréablement le récit, et fournit un autre degré de lecture à ceux qui se penchent sur ce roman.

 

Autre oeuvre d'Ismail Kadaré : La grande muraille

 

Le dîner de trop d'Ismail Kadaré

Traduit de l'albanais par Tedi Papavrami

Ed. Fayard

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