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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 13:36

Le dindonFeydeau est actuellement un auteur très à la mode, notamment dans le théâtre public. De grands metteurs en scène s'en sont emparé, dans des salles renommées pour leur avant-garde comme Les Amandiers à Nanterre ou la Colline. Pourtant, je n'ai jamais été convaincu de la force des pièces de Feydeau. Ce sont des mécanismes très précis, huilés à la perfection, mais je trouve que les pièces se ressemblent beaucoup, et disent finalement peu de choses sur leur époque ou sur la nôtre. J'ai tenté de me débarasser de cette impression en allant voir le Dindon mis en scène par Philippe Adrien au théâtre de la Tempête, mais mon opinion a peu évolué.

 

Sur l'intrigue, c'est du classique : Lucienne Vatelin et son mari Crépin sont fidèles. Hormis une aventure londonnienne pour ce dernier, sa vie conjugale est sans nuage. Mais Lucienne a des prétendants : Rédillon, un jeune homme, et Pontagnac, un ami de son mari. Elle leur assure qu'elle ne trompera pas son mari, à moins qu'elle ne surprenne celui-ci dans les bras d'une autre femme. L'arrivée de Maggie, la maîtresse anglaise de Crépin, semble l'occasion rêvée pour Pontagnac d'amener Lucienne dans ses bras.

 

La scène d'ouverture, sur un plateau tournant, avec Lucienne se faisant courir après par Pontagnac, est d'une iventivité et d'une justesse admirable. L'ensemble de la mise en scène de Philippe Adrien est d'ailleurs très réussie.  Elle est enlevée comme il le faut, joue sur les aspects caricaturaux des personnages et des décors, et n'hésite à être très suggestive quand il le faut. C'est certainement une des originalités de la mise en scène, car là où beaucoup laissent à penser, Adrien souligne et surligne les envies et émois sensuels et sexuels des personnages. On quitte donc le monde bien sous tout rapport de la bourgeoisie parisienne pour laisser apparaître la bestialité et l'appétit sexuel des personnages. Une scène, dans l'hôtel, est néanmoins un peu moins bonne à mon avis, car Adrien en rajoute dans l'aspect stupide, et le personnage du mari anglais déguisé en lapin perd alors un peu de sa force.

 

Les acteurs sont également au diapason, plein de fougue et d'envie de nous faire entrer dans ce tourbillon de portes qui claquent. Si Vatelin (Pierre-Alain Chapuis) est surprenant avec une petite voix perchée, assez loin de l'image que je me faisais de ce mari presque parfait, les personnages masculins de Pontagnac (Eddie Chignara) et Rédillon (Guillaume Marquet) sont très réussis. Pour les femmes, elles étaient également toutes en grande forme, et si Luce Mouchel (Mme Pontagnac) a un rôle un peu ingrat, elle s'en est bien sorti. Mention néanmoins pour Alix Poisson en Lucienne Vatelin, brillante dans sa composition de femme du monde en proie à un dilemme insoutenable pour elle.

 

Une soirée plaisante donc, où on rit et sourit, mais je reste assez sceptique quant à l'enthousiasme qui entoure actuellement les pièces de Feydeau. Car si on passe un bon moment en assistant au spectacle, je trouve que le fond est trop limité pour en faire une oeuvre riche et ambitieuse.

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commentaires

liliba 02/11/2010 20:20



Et puis les rires idiots des gens dans la salle, ça m'a toujours énervée ! Du coup, je préfère la tragédie !!!



Yohan 03/11/2010 12:44



Les rires ne me gênent pas, c'est plutôt le manque de profondeur de l'oeuvre qui m'ennuie. Sur 2h30, c'est un poil longuet...



liliba 02/11/2010 17:34


J'avoue ne pas non plus être passionnée par cet auteur de théâtre...


Yohan 02/11/2010 18:09



Ouf, je me sens mois seul !



BMR & MAM 02/11/2010 14:24



Lorsque le futur dindon joué par Eddie Chignara, se met à danser le haka sur scène pour
charmer la belle ... son énergie et sa maîtrise sont époustouflants et toute la salle applaudit. C'est gagné. On est avec eux.


Mais je suis d'accord avec toi : la pièce s'alourdit (et s'allonge) inutilement ensuite avec la scène de l'hôtel qui n'en finit pas ... dommage car la mise en scène était intéressante et les
acteurs particulièrement motivés !


 



Yohan 02/11/2010 18:09



Cette scène de haka est effectivement d'une drôlerie sans nom. L'ensemble de la distribution est d'ailleurs bonne, mais je crois que le fait que cela se traîne est plus dû à l'oeuvre qu'à la mise
en scène. Car faire tenir une banale histoire d'adultère, aussi drôle soit-elle, sur 2h30, c'est tout de même beaucoup !