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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 22:30

dernier-guerillero m[déjà paru sur Biblioblog] L'histoire ne s'écrit pas seulement avec des héros, des personnages hors normes ou aux facultés supérieures à la moyenne. L'histoire, c'est aussi celle de ceux qu'on oublie, et qui à leur façon, en écrivent une partie. Car chaque individu peut écrire l'histoire ou y être confronté, sans s'attendre à ce qu'elle surgisse. C'est en parlant de ceux qui vivent l'histoire que Didier Daeninckx aborde différents événements de notre passé collectif célèbres ou non.

 

S'il y a un point commun à presque toutes les nouvelles de ce recueil, c'est ce rapport à l'histoire. Dans certaines, comme les deux premières, on y plonge aux côtés des protagonistes. On partage ainsi la vie d'Antoine Varlot, soldat de la guerre de 14-18, condamné à mort et fusillé pour avoir chanté un air interdit. Puis c'est l'histoire d'un jeune ouvrier, qui vit les grèves de 1936, les espoirs et les désillusions qui ont suivi. Mais à chaque fois, Daeninckx ne se limite à une simple description de ce passé, mais évoque les conséquences de ces actes dans un futur proche, par l'intermédiaire d'un monument aux morts ou par l'action d'une enfant lors de mai 1968.

 

Dans d'autres nouvelles, l'histoire parvient jusqu'aux personnages de manière inattendue. Dans Gare aux enchères, alors que les nouveaux propriétaires d'une ancienne gare pensent avoir trouvé l'endroit rêvé, ils découvrent que les rails ont servi autrefois à conduire les convois dans les camps de détention de Pithiviers ou de Beaune-la-Rolande. Dans Vestiaires, la découverte d'ancien casiers des ouvriers d'une usine sucrière fait remonter l'histoire de ce passé industriel. Et parfois, les recherches historiques n'aboutissent pas, comme dans la dernière nouvelle, où un personnage cherche à retrouver un homme ayant porté son nom quelques années auparavant.

 

Mais la marque de fabrique est également de mettre en avant le destin d'hommes oubliés. Comme celui de Jacques Benzara, jeune tunisien invité à venir à jouer au football au Red Star, en banlieue parisienne, qui deviendra une vedette de l'équipe de France d'avant-guerre, mais qui sera victime des lois racistes du régime de Vichy. Personnage fictif, il est néanmoins inspiré du destin d'un boxeur, Young Perez, qui a connu le même parcours. Dans Le dernier guérillero, on découvre la rencontre entre un jeune homme et le gardien de son foyer de jeunes travailleurs, qui s'avère être un ancien combattant républicain espagnol. Homme qui a combattu pour la liberté, et qui se verra refuser la nationalité à la fin de sa vie, alors que son fils a réussi à devenir député.

 

Toutes les nouvelles n'ont néanmoins pas cet aspect historique. On passe ainsi d'une histoire inspirée de la vie de Jean-Dominique Bauby, cet handicapé qui ne s'exprime qu'en clignant des paupières, à celle d'un tueur en série d'autostoppeur, en passant par celle d'un Père Noël perdu en Nouvelle-Calédonie. Daeninckx ne se prive d'ailleurs pas pour avoir un regard sur le société contemporaine, comme dans cette nouvelle, En attendant Rodolphe..., dans laquelle il fustige la rigidité de l'éducation et de la pensée bourgeoise et militaire. Un recueil qui fait voyager, dans le temps et l'espace, et qui porte un regard sans concession sur notre société, en essayant de faire appel à notre histoire, pour que le lecteur n'oublie pas d'où il vient.

 

Le dernier guérillero, de Didier Daeninckx

Ed. Folio

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