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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 07:54

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/Grandes110/2/4/0/9782070122042.gifCharlotte est morte. Elle s'est suicidée, en mars 2007. Son dernier compagnon décide de lui écrire, de relater les derniers instants qu'ils ont passés ensemble : leur rencontre au Salon du Livre, leurs vacances à Djerba, la relation de Charlotte avec un skipper. Charlotte décide de répondre, depuis l'au-delà, aux missives de son compagnon, en particulier pour lui reprocher sa manière de travestir les faits.

Lacrimosa débute comme un roman de Jauffret : la description de la mort de Charlotte, par pendaison, le jour où elle rentre dans sa famille. Les réactions des personnages sont outrées, comme celle de la mère qui refuse de lâcher la corps de sa fille, leurs caractères peu réalistes, et le cynisme si présent chez Jauffret affleure dans toutes les situations, en particulier avec l'arrivée du médecin qui doit constater la mort. Puis, la tonalité change peu à peu, par le biais des interventions de Charlotte. En dénonçant explicitement le fait que l'auteur des lettres utilise les faits à des fins romanesques, elle remet en question le droit de l'auteur à raconter une histoire vraie dans un roman.

Les interventions de Charlotte, depuis l'endroit où elle repose, influent sur la manière dont celui qui reste narre les faits. Plus fidèle, moins sombre, il décrit les moments de plaisir qu'ils ont eu à deux, à Djerba, les moments de doute, lorsqu'il sait qu'elle ne rentre pas pour passer la nuit sur le bateau du skipper. Bref, Lacrimosa permet de découvrir Régis Jauffret de manière plus intime, car il utilise moins ce cynisme et cet humour noir qui ont fait sa marque. Néanmoins, il ne peut s'empêcher d'y avoir recours, à nouveau, dans les dernières pages du roman.

L'histoire de Charlotte est vraie, elle a été vécue par Jauffret. Le coup de foudre inattendu, les quelques mois de bonheur et la fin, subite, brutale. Mais il parvient à s'éloigner du simple témoignage pour en faire une œuvre de fiction, liée à l'événement, mais qui va également au-delà. J'avais déjà eu cette impression lorsque j'ai vu Régis Jauffret lui-même, sur scène, dans un spectacle construit à partir du roman. Un beau livre, d'une certaine façon pudique tout en étant une véritable oeuvre littéraire.

L'avis de Laetitia, que je remercie pour le prêt.

Autre roman de Régis Jauffret : Microfictions

 

Lacrimosa, de Régis Jauffret

Ed. Gallimard

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commentaires

Laetitia 29/03/2010 17:45


Tu me donnerais presque envie de le relire ! Je pense que c'est mon préféré de Jauffret pour le moment. Mais il faut absolument que je lise "Univers Univers" que tu m'as prêté... bientôt je crois !
Le seul Jauffret qui m'ait rebutée c'est "Une histoire d'amour" et encore, ça se discute car cet auteur est diablement doué pour susciter l'attraction/répulsion chez le lecteur... non ?!


Yohan 02/04/2010 07:59



Pour ma part, le seul qui ne m'ait pas plu est Asile de fous. Pour le reste, j'aime assez son univers déjanté, et surtout son écriture. Attraction/répulsion, c'est exactement cela !



Karine :) 27/03/2010 00:16


Jamais lu cet auteur... j'ai peur de me sentir voyeuse, en lisant ce livre... ya du danger pour ça?


Yohan 28/03/2010 12:13


Voyeuse, je ne pense pas, car Jauffret prend vraiment le parti de faire du roman une oeuvre de fiction. Ce que lui reproche Charlotte, qui souhaiterait plus de vérité dans le texte. C'est pour moi
un véritable objet littéraire, et non une simple narration de ce qu'il a vécu.


Emeraude 25/03/2010 11:20


j'ai beaucoup aimé son dernier 'sévère', et j'avais lu quelques histoires de microfictions dans un folio à 2euros... je vais peut être me pencher sur celui là aussi !


Yohan 28/03/2010 12:12


Je n'ai pas encore lu le dernier. En revanche, j'ai beaucoup aimé Microfictions. En fait, à part Asile de fous, j'ai plutôt aimé tout ce que j'ai lu de Jauffret (je suis loin d'avoir tout lu !)


Stephie 24/03/2010 08:11


Je l'ai lu... et il ne m'en reste rien...


Yohan 28/03/2010 12:11


C'est dommage ! Pour ma part, je pense que je garderai longtemps en mémoire cette étrange relation épistolaire.