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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 07:48

En 2004, l'affaire Battisti a défrayé la chronique : fallait-il que la France reponde positivement à la demande d'extradition de Cesare Battisti pour terrorisme, demande formulée par l'Italie ? Et cela au détriment de la doctrine édictée en 1985 par François Mitterand, qui assurait un refuge pour les italiens accusés d'actes terroristes dans les années 70 et qui ont depuis abandonné la lutte armée ? Alors que la question est loin d'être simple à traiter, la majorité des médias français (hormis quelques titres comme Libération ou Télérama) ont rapidement pris fait et cause pour l'extradition. Pour apporter une parole différente peu entendue dans les grands médias, Fred Vargas a donc décidé de rassembler des documents permettant un éclairage neuf de cette affaire.

 

L'ouvrage se compose de plusieurs parties. Après un bref rappel de la situation de l'auteur italien, la première partie s'attache à décrire la situation politique de l'Italie des années 70. C'est une démocratie, certes, mais où les hommes politiques n'hésitent pas à mettre en place des politiques répressives à outrance. Ainsi, pour lutter contre les activistes d'extrême-gauche, ils instaurent des lois d'exception dénoncées notamment par Amnesty International, car elles bafouent allègrement la présomption d'innocence. Un autre élément édifiant concerne la non-équité des condamnations : alors que les accusés d'extrême-gauche sont sévèrement sanctionnés, ceux d'extrême-droite passent souvent entre les mailles des filets. Il faut dire qu'ils agissent souvent pour le gouvernement, par le biais d'officines secrètes ou l'entremise de la CIA qui craint la menace communiste. Enfin, il est à noter que l'accusation contre Battisti repose sur le témoignage d'un seul repenti, qui a ainsi bénéficié d'une remise de peine... 

 

La seconde partie s'intéresse au traitement médiatique de l'affaire, et Fred Vargas s'attarde notamment sur le cas du Monde. Au début de l'affaire, un éditorial du quotidien prend la défense de Battisti. Puis rapidement, à cause de la pression politique française et italienne, le quotidien change radicalement de positions. Dans les colonnes, les demandes de publications des opposants à Battisti sont systématiquement publiées, et ne font l'objet d'aucun article apportant la contradiction. A l'inverse, quand quatre intellectuels français (Stéphane Hessel, Madeleine Rebérioux, Pierre Vidal-Naquet et Edgar Morin) soutiennent Battisti, le journal publie en-dessous un article contradictoire. Ce manque d'équité est également visible dans la présentation des protagonistes. Deux juges italiens occupent les journaux français. Par leur fonction, tout laisse croire qu'ils sont neutres. Sauf que personne ne précise que ces deux juges ont participé à la condamnation par contumace de Battisti en Italie, et qu'ils sont donc partie prenante de ce débat.

 

La dernière partie, plus factuelle, rassemble les prises de position publiques en faveur de Battisti, de Bertrand Delanoé à Erri de Luca, en passant par une lettre de Daniel Pennac sur la notion d'amnistie, dans laquelle il évoque notamment les communards.

 

Si l'affaire en elle-même est lointaine, l'essai est loin d'être caduque. Car ce qui est décrit sur le fonctionnement des média est certainement toujours vrai (voir l'affaire Coupat, il y a peu). Ce traitement différencié selon que l'auteur est d'un camp ou d'un autre est scandaleux, car les journaux, outre leur mission d'information, sont souvent les éléments qui permettent aux citoyens de se faire une opinion et une culture politique. Par exemple, lorsque les juges italiens expliquent que Battisti, lors d'un attentat, a blessé un jeune garçon qui est devenu paraplégique, personne ne précise que la balle venait non pas de l'arme de Battisti mais de celle de son père. Elément connu de tous, mais que personne ne prend la peine de préciser. Si l'ensemble manque parfois un peu de coordination du fait des articles récoltés et que certains faits sont évoqués plusieurs fois, cet ouvrage que je découvre sur le tard est une œuvre salutaire pour Cesare Battisti et pour dénoncer la désinformation dont nous sommes parfois victimes. Je n'aime pas les théories du complot, mais dans ce cas de figure, c'est assez difficile pour les journalistes coupables d'omission d'arguer de leur bonne foi.

 

La vérité sur Cesare Battisti, textes et documents rassemblés par Fred Vargas

Ed. Viviane Hamy

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commentaires

Elou 18/05/2010 14:12



C'est effectivement très intéressant, merci d'attirer notre attention sur cet ouvrage. Je me souviens parfaitement que Fred Vargas  avti pris fait et cause pour Battisti et la tête du
collectif mais finalement, j'avais souvent l'impression que l'affaire n'était pas assez remise en perspective.



Yohan 31/05/2010 19:01



Ici, on a effectivement le point de vue des défenseurs de Battisti, que les médias ont peu évoqué. Et aujourd'hui, même si Battisti n'est plus en France, le traitement de l'affaire est édifiant !



Nina 16/05/2010 22:49



Je ne connaissais pas ce livre, il a été édité quand ? Fred Vargas fait la synthèse de cette affaire et en lisant ton article, on voit bien comment l'information est faite, même le Monde n'est
pas très clair, c'est désolant. Je vais l'acheter ce livre, car je soutiens Battisti et Fred Vargas pour son combat. 



Yohan 17/05/2010 13:32



Le livre a été edité en 2004, au moment de l'affaire. Tu pourras te le procurer sans problème, car Viviane Hamy continue à l'éditer, et en plus, il est disponible dans une version poche !