Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 12:15

trilogie-de-la-villegiature.jpgQuand on réside en province, assister à une représentation de la Comédie-Française devient un événement, notamment car la troupe a peu l'occasion de se produire en France hors de Paris. Outre la mise en scène de la trilogie de la villégiature de Goldoni avec une distribution alléchante, cette représentation valait également lecoup d'oeil pour la découverte du nouveau  théâtre en bois, installé dans la cour du Palais Royal pendant les travaux de la  salle Richelieu.

 

Commençons par ce théâtre éphémère qui prend place entre les colonnes de Buren et le jardin du Palais Royal. Esthétiquement, de l'extérieur, il est très beau. Je trouve que son insertion dans le Palais-Royal est une belle réussite, et son démontage à la fin des travaux de la grande salle est presque regrettable. A l'intérieur, cela sent le bois, on peut apercevoir l'architecture des gradins et on est confortablement installé. La vision sur la scène est bonne, ainsi que l'acoustique. Bref, une belle réussite.

 

Venons-en à Goldoni. La trilogie, comme son nom l'indique, est une combinaison de trois pièces. On y suit la vie de bourgeois de Livourne avant, pendant et après leur séjour en villégiature, dans les maisons secondaires. L'oeuvre est très intéressante, car cette construction en trois temps permet de donner trois couleurs vraiment différentes. La première pièce est celle des préparatifs. Derrière une histoire d'amour et de rivalité entre Leonardo (Laurent Stocker) et Guglielmo (Guillaume Gallienne) pour s'attirer les faveurs de Giacinta (Georgia Scalliet), on se retrouve presque dans un vaudeville. Les portes claquent, les caprices de Vittoria (Anne Kessler) ou de Giacinta fusent (que de dicussions autour de la dernière robe à la mode !) et les valets (Eric Ruf et Jérôme Pouly) ne savent plus où donner de la tête (très belle utilisation de l'action récurrente de faire ou défaire les valises). La vitesse est au coeur de l'action et elle permet de mettre en exergue la futilité de ce monde.

 

Le deuxième tableau est celui de la séduction et de la paresse. La villégiature est l'occasion de s'amuser, de jouer aux cartes mais aussi de batifoler. Outre les querelles amoureuses déjà citées s'ajoutent celle de Sabina (Danièle Lebrun) et de Ferdinando (Michel Vuillermoz), pique-assiette qui ne voit dans la séduction que le moyen d'obtenir une donation. S'ajoutent également les amours des deux plus jeunes (Adrien Gamba-Gontard et Adeline d'Hermy) ou celle des valets (très beau duo Eric Ruf - Elsa Lepoivre). Autour d'eux, Filipo (Hervé Pierre), l'organisateur un peu naïf, a du mal à saisir toutes les intrigues qui se mênent pendant cette villégiature.

 

Le troisème tableau est celui de la déchéance. Les bourgeois de la villégiature sont assaillis par les créanciers, et les histoires d'amour ont du plomb dans l'aile. Fulgenzio (Bruno Raffaelli), autorité morale, tente de remettre les choses en bon ordre, mais se heurte à la lâcheté de ces riches dans le besoin. On ressent ici l'apport du travail d'Alain Françon, grand metteur en scène de Tchekhov : comme dans La Cerisaie ou Les trois soeurs, on voit un monde qui s'effondre, et les protagonistes n'arrivent pas à comprendre leur propre chute.

 

Toute la distribution est épatante (en particulier Danièle Lebrun, Hervé Pierre ou Eric Ruf, mais il faudrait presque tous les citer). J'avais déjà vu nombre des comédiens dans d'autres productions de la troupe, mais ils sont ici à un excellent niveau. La lecture de la pièce de Françon est un régal et il arrive à rendre ces intrigues intelligibles. En plus, les nombreux costumes sont magnifiques et les décors bien utilisés. C'est donc une très belle production, qui s'arrête bientôt pour cette saison mais qui devrait sûrement être reprise dans les années à venir. A voir sans hésitation.

 

Autres mises en scène d'Alain Françon : La Cerisaie, Les trois soeurs

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Minyu 20/04/2012 11:45


Comme j'aurais aimé la voir ! Mais je suis en province, alors ce n'est pas facile... Pour combler un peu ma frustration, j'ai acheté L'Avant-Scène Théâtre, mais cela ne remplace pas le bonheur de
voir Laurent Stocker, Anne Kessler ou Jérôme Pouly sur scène, malheureusement...

Yohan 05/05/2012 15:07



Comme toi, je suis en province depuis septembre et les spectaces de la Comédie-Française sont donc plus difficiles à voir... Il faut s'organiser. Il y a notamment Peer Gynt qui est prévu très
bientôt et qui me fait de l'oeil (il y a Hervé Pierre dans le rôle titre) mais ce n'est pas sûr que je puisse aller à Paris d'ici là...