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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 13:00

etrangere[Billet déjà paru sur Biblioblog] La reconnaissance littéraire est une notion difficile à cerner. Si certains auteurs arrivent à l'obtenir de leur vivant, il n'est pas rare que d'autres passent inaperçus aux yeux de leurs contemporains et ne deviennent des références qu'une fois leur vie finie. C'est exactement ce qui est arrivé à Sándor Márai, auteur hongrois du XXe Siècle, dont l'œuvre a été découverte depuis le début des années 1990. Et son dernier roman paru en français, L'étrangère, confirme le fait que Márai a été un grand auteur.

 

Viktor Henrik Askenazi est le héros de cette intrigue. Il est professeur de langues orientales, et cherche à échapper, durant un voyage, aux pressions qui l'assaillent de toutes parts. Car Askenazi est un homme troublé. Par sa femme, qui est parti avec un autre homme. Par une ancienne maîtresse, danseuse, avec qui il a vécu une histoire passionnelle intense. Mais aussi par ses collègues et ceux de son milieu social qui, plus ou moins subtilement, lui indiquent ce qu'il doit faire ou non. Mais le plus grand trouble chez Askenazi, c'est une interrogation, qui le taraude : que cherche-t-on dans le plaisir, le désir ? Quand atteint-on la satisfaction ? Cette obsession métaphysique sera la cause de la déchéance de ce professeur, car il n'y trouve pas de solution.

 

Askenazi est un homme dont il est difficile de dire qu'il est sympathique. Il contrôle tout, ou en tout cas, en donne l'illusion. Son monde vacille lorsqu'il réalise que son épouse lui raconte qu'elle part avec un autre. Car si lui avait une aventure, réprouvée par tous, avec une danseuse, il réalise que parfois, il doit subir le choix des autres. Surtout, il n'arrive pas à trouver la réponse à la question qui le mine, lui fait parcourir d'Europe dans tous les sens, pour finir dans un hôtel de la côte dalmate, dans lequel son existence va prendre un tour nouveau.

 

L'ouverture du roman, dans cet hôtel surchauffé, au milieu de cette aristocratie aisée, presque décadente, est un très beau moment de littérature. On se promène dans les jardins, dans les salles à manger, sans but ni orientation, comme ces oisifs qui se demandent comment tuer le temps. Puis la figure d'Askenazi apparaît, celle d'un homme honni par ceux de son milieu, qui ne peuvent s'empêcher de juger les comportements de leurs semblables, avec pour but de leur faire prendre la seule voie qui leur semble être la bonne.

 

Avec une plume élégante, et en n'hésitant pas à construire des phrases longues et tortueuses comme peuvent l'être les réflexions d'Askenazi, Márai signe un roman dont l'ambiance évoque un univers et clos et faisandé comme celui de Mort à Venise, et un personnage poursuivi par des démons dont il n'arrive pas à se défaire, comme le sont souvent ceux de Stefan Zweig. Le rapprochement entre ce dernier et Márai n'est d'ailleurs pas anecdotique, quand on sait que les deux auteurs, originaires d'un empire austro-hongrois en pleine déliquescence, ont été contraints à l'exil et se sont suicidés. Ce pessimisme, cette description d'une fin de règne où les conventions l'emportent, sont présents dans ce roman, et en font toute la saveur.

 

L'étrangère, de Sándor Márai

Traduit du hongrois par Catherine Fay

Ed. Albin Michel

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commentaires

Titine 22/11/2010 16:44



J'ai découvert Marai il y a plusieurs années maintenant et je suis une inconditionnelle. Comme tu le dis très bien, c'est un immense écrivain qu'il faut découvri de toute urgence. Tu retrouveras
dans tous ces romans cette ambiance de fin de règne, de déliquescence, c'est un de ses traits caractéristiques je trouve.



Yohan 23/11/2010 19:02



Vraiment, vous me donnez tous enviie de continuer à découvrir cet auteur, que je l'ai lu par hasard, comme souvent !



Voyelle et Consonne 13/11/2010 09:09



Inconnu à mon bataillon. Je vais vite rattraper mon retard. "Clos et faisandé", "fin de règne", "Mort à Venise": j'achète!



Yohan 21/11/2010 15:17



Découvert également cet auteur avec ce titre, et c'est une agréable surprise !