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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 07:38

Le célibat des agriculteurs est depuis quelque temps un sujet en vogue, qui a déjà donné lieu à un film (plutôt réussi d'ailleurs), et à une émission de télévision (que je ne connais pas). Ce sujet est le point central du dernier ouvrage de Marie-Hélène Lafon, qui raconte l'arrivée d'une femme et de son fils qui ont quitté leur région d'origine pour s'installer avec un agriculteur du Cantal. Mais loin d'être une histoire d'amour banale et jolie, l'auteur nous fait découvrir les difficultés que peuvent causer ces situations.

Paul est agriculteur dans le Cantal. Célibataire, il vit avec sa sœur chez deux de ses oncles, chez qui ils sont arrivés tous jeunes. Mais à 46 ans, il ne souhaite pas vieillir seul, comme les autres membres de la famille. Il passe donc une annonce pour faire une rencontre féminine, et ainsi avoir quelqu'un avec qui vivre.

A Bailleul, dans le Nord, Annette lit cette annonce. Après une première rencontre avec Paul à Nevers, elle décide de franchir le pas et de quitter la ville où elle a connu son premier mari, Didier, et où sa mère vit encore. Avec son fils Eric, elle s'installe à Fridières, où elle doit trouver sa place autour des différents habitants du lieu.


L'annonce est un roman surprenant, qui ne dépeint pas une classique histoire d'amour, avec les modalités de la rencontre ou les doutes des amants, mais plutôt des personnages blessés, qui tentent de réduire et de combler leurs fêlures. Pour Annette, il s'agit de laisser derrière elle un premier mariage qui a viré à l'échec, sous les effets de l'alcool et de l'environnement néfaste de sa belle-famille. Quant à Paul, il ne souhaite pas finir sa vie comme ses oncles, toujours à deux et aux habitudes bien ancrées, ou comme Nicole, sa sœur, dont il ressent un aigrissement progressif.  Sa vie est devenue une suite de conventions, comme celle du circuit de lecture de la Montagne, imperturbable dans la famille.

L'arrivée d'Annette lui permet de prendre sa part d'émancipation, de se libérer du carcan dans lequel le tiennent sa famille et le village. En habitant dans un logement situé dans la ferme mais avec une entrée privative, il indique à sa famille qu'Annette et Eric deviennent plus importants à ses yeux. C'est la construction de ce nouvel équilibre qui est le véritable cœur du roman de Marie-Hélène Lafon. L'intégration qui passera par des épisodes plus ou moins importants, et dans laquelle le chien Lola ne sera pas complètement pour rien.


Mon entrée dans le roman fut assez laborieuse, gênée par une tendance systématique de l'auteur à instaurer un rythme ternaire qui consiste en la juxtaposition d'adjectifs ou de noms. Cette artificialité m'a sauté aux yeux, et j'ai du mal à m'en détacher et à l'oublier. Heureusement cette recherche stylistique se fait de plus en plus rare au fil du roman, ce qui m'a permis d'entrer pleinement dans cette histoire. La fin du roman est donc l'aspect le plus intéressant et le plus émouvant de cette histoire qui, si elle n'est pas bouleversante, dépeint une réalité, celle de la solitude et des habitudes, malheureusement assez triste.


Billet déjà paru sur Biblioblog.

 

L'annonce, de Marie-Hélène Lafon

Ed. Buchet-Chastel

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commentaires

dasola 07/12/2009 10:59


Bonjour Yohan, j'ai été comme toi pour le style au début (billet du 19/11/09) il ne faut pas se décourager car après, soit on s'habitue soit, en effet, le style évolue. C'est  un roman
touchant qui donne envie d'en lire d'autre de cette auteure. Bonne journée.


Yohan 09/12/2009 08:04


En effet, il faut passer la première cinquantaine de pages avant d'entrer pleinement dans ce roman, loin d'être désagréable te qui me laisse plutôt un bon souvenir.


Petite Fleur 02/12/2009 13:15


J'ai moi aussi été gênée par l'écriture de l'auteur et par ces incessants aller-retours dans le temps. Le style, auquel je ne m'attendais pas, m'a déstabilisées. Je n'ai pas pu entrer dedans mais
il s'en fallait de peu. Dommage ! Reste une façon de traiter une histoire d'amour très originale.


Yohan 04/12/2009 18:57


Ce n'est pas le fait que je ne m'attendais à ce style, que le fait qu'il m'a sauté aux yeux qu'il y avait une recherche de style. Quand on voit les ficelles, c'est souvent moins intéressant !
Heureusement, cette recherche se dissipe peu à peu, pour se concentrer sur ces personnages fêlés.