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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 07:45

Comme j'avais pu le dire lors de ma lecture de quelques nouvelles de Maupassant, la période 1870-1871 est assez méconnue, alors qu'elle est une des charnières de l'histoire de l'Europe telle que nous la connaissons. Parmi les éléments les plus connus, bien que peu médiatisés, il y a la Commune de Paris, qui se déroula au printemps 1871. Auparavant, la France a connu une défaite militaire retentissante face à la Prusse, la chute d'un Empire et l'avènement dans la douleur de la République, troisième du nom, et l'Allemagne a eu droit à son unification. Et tout cela en moins d'un an. Ce sont ces événements que Pierre Milza retrace dans cet ouvrage, premier tome qui sera suivi d'un second consacré lui plutôt aux événements de la Commune de Paris.


Si cet ouvrage est intitulé guerre franco-prussienne, c'est parce que celle-ci occupe une large partie des nombreux chapitres de l'ouvrage, tout en laissant la place à des ouvertures passionnantes. Dans le premier chapitre, Milza revient sur les raisons de cette guerre, et en impute la responsabilité à Bismarck et aux prussiens pour qui ce conflit était une occasion d'accélérer l'unification de l'Allemagne au profit de la Prusse, et aux dépends de l'Autriche-Hongrie, en période de déclin mais qui cherche à prendre dans son giron les états allemands du Sud (Bavière, Wurtemberg,...).


Pour la première fois, j'ai pris connaissance de la manière dont s'est déroulée cette guerre. Pas encore mécanisée, elle a fait de nombreux morts des deux côtés. Après une invasion du territoire français par l'Alsace, les prussiens ont ensuite poursuivi leur marche jusque Paris, en prenant Sedan (où fut capturé Napoléon III), puis Metz (défendue par Bazaine, dont la responsabilité militaire est très largement engagée dans la défaite). Quelques ilôts de résistance persistent (Belfort à qui on doit le Lion de la place Denfert-Rochereau, Dijon qui sera reprise par Garibaldi, Paris dans laquelle les prussiens-allemands n'entreront pas) mais la victoire allemande est éclatante, puisqu'ils vont jusque Tours ou Le Mans. La défense, assurée par des milliers de français de métropole ou des colonies, a également été assurée par les volontaires venus de pays étrangers pour défendre la République, comme Garibaldi et ses chemises rouges ou d'autres citoyens venus de pays plus lointains.

 

 

En parallèle se met en place la République. Après la capture de Napoléon, la République est proclamée à Paris le 4 septembre. L'installation fut loin d'être simple, avec un gouvernement coupé en deux, un morceau à Paris (Trochu, Favre, Simon, Ferry) et l'autre à Tours (Gambetta et Freycinet). Les dissensions sont nombreuses, notamment entre les partisans d'un arrêt des hostilités et ceux qui veulent se battre jusqu'au bout (parmi eux, Gambetta ou Clemenceau). Se développent également, à Paris mais aussi à Lyon et surtout à Marseille, des mouvements insurrectionnels demandant l'instauration de Communes, inspirées de la Révolution et qui sont les prémices de celles du printemps. On voit clairement que les républicains, s'ils s'opposent aux monarchistes (orléanistes ou légitimistes) et aux conservateurs, doivent affronter une opposition sur leur gauche, loin d'être nulle. Et comme plus tard en 1919, l'Assemblée élue le 4 février suite à l'arrêt des hostilités est très largement de droite, et elle porte au pouvoir Thiers, ancien proche de Talleyrand et ministre de Louis-Philippe, qui accepte la République, notamment car elle lui permet d'assouvir ses ambitions personnelles (Rien de bien neuf sous le soleil, en quelque sorte).


L'autre point très intéressant de cet ouvrage est de s'intéresser à la vie quotidienne, en particulier celle des parisiens. Car si les prussiens ne sont pas entrés dans Paris, ils ont fait le siège de la ville pendant plusieurs mois. Les sorties militaires ont été des boucheries, et les parisiens ont été contraints de vivre à l'intérieur des remparts (approximativement le périphérique aujourd'hui). L'enthousiasme du départ laisse peu à peu la place à la course pour se nourrir. Les animaux du Jardin des Plantes, comme les rats, les chiens ou les chats seront la nourriture d'une grande partie de la population parisienne, même si certains quartiers sont relativement épargnés, car les plus riches ont des ressources.


Dernière grande guerre européenne du XIXeme Siècle, elle a laissé beaucoup de monde sur le carreau. Tout cela pour permettre aux prussiens de justifier assez facilement l'unification allemande. Pierre Milza est un très bon historien, et arrive à rendre très vivante toute cette époque, en ne passant pas sous silence beaucoup d'éléments souvent ignorés. Un très bel ouvrage, que je conseille vraiment à tous les amateurs d'histoire. Et j'attends maintenant le second tome, pour continuer à explorer cette année terrible, comme l'a qualifiée Victor Hugo, figure majeure de cette période et qui sert à Pierre Milza pour introduire le sujet.

 

"L'année terrible" : la guerre franco-prussienne septembre 1870 – mars 1871, de Pierre Milza

Ed. Perrin

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commentaires

Flo 06/11/2009 18:13


Passionnant, tout cela !
Un chouette billet, clair et précis, où on apprend (où on se remémore aussi) plein de trucs... Tu n'aurais pas été habitué à ficher des bouquins d'histoire, toi ? (Aah, le fichage des Cursus, le
soir, à la lueur de sa lampe de bureau... ;-))


Yohan 13/11/2009 08:16


Plein de trucs ?!? C'est pas très fichage Cursus, ce terme !

Sinon, hormis cette nostalgie estudiante, ce livre est vraiment très intéressant, et riche !