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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 18:55

Enfants-Du-SiecleAlfred de Musset a eu pour projet d'écrire une grande pièce en cinq actes, intitulée Enfants du Siècle, mais la mort du dramaturge a fait que le projet n'a jamais abouti. A partir de cette tentative avortée, Benoît Lambert a réuni deux pièces de Musset pour tenter de rendre ce qui aurait pu être la création de Musset.

 

Ces deux pièces, ce sont Fantasio et On ne badine pas avec l'amour. Si les sujets des deux pièces sont a priori assez différents, la combinaison de ces deux oeuvres est finalement assez convaincante.

 

Fantasio est un homme endetté, qui remplace au pied levé le bouffon du roi tout juste décédé pour garder une place à la Cour. Alors que le Roi de Bohême prépare le mariage de sa fille avec celui qu'il pense être le Prince de Mantoue (et qui n'est en fait que son aide de camp), Fantasio va peu à peu prendre place dans cet univers, avant de le flanquer par terre par une blague d'adolescent.

 

On ne badine pas avec l'amour est au premier abord plus légère. Perdican et Marianne ne sont pas vus depuis longtemps, et le père du premier rêve que son fils épouse sa nièce, mais chacun des deux protagonistes trouvera des stratagèmes pour tester l'amour de l'autre. Le problème, c'est que leurs jeux amoureux feront une victime innocente.

 

Dans les deux pièces, on retrouve les scènes de séduction, versant comique dans Fantasio avec un Prince totalement déjanté, et beaucoup plus profond dans la seconde. Dans les deux cas, Emmanuel Vérité, qui incarne le Prince et Perdican, est d'une justesse incroyable. Plein de fougue puis en amoureux qui refuse de se l'avouer, il occupe la scène. A ses côtés, l'ensemble de la distribution est au diapason, que ce soit Pierre Ascaride en Roi autoritaire ou en père dépassé, ou les jeunes filles, Morgane Hainaux et Marion Lubat. Car il est intéressant de noter que ce sont les mêmes comédiens qui reviennent dans les deux pièces, jouant des personnages différents, ce qui permet de se rendre compte de leur puissance de jeu.

 

L'exception, c'est Fantasio, grimé comme le Joker dans sa version Heath Ledger et tout aussi inquiétant, qui sera des deux pièces. D'élément perturbateur dans la première pièce, il devient le narrateur de la seconde, imposant sur l'ensemble du spectacle l'inquiétude qui émane de ses traits. Mais celle-ci est balancé par le pouvoir humoristique des autres comédiens, notamment par cette scène hilarante dans laquelle le précepteur de Perdican (Stéphane Castang) fait part au roi des ragots autour de la gouvernante de Marianne, dans une scène où il prend ses doigts pour des marionnettes.

 

Un dyptique qui vaut donc tout à fait le déplacement, notamment pour On ne badine avec l'amour, auquel Benoît Lambert donne une couleur tout à fait intéressante, entre farce et conte cruel. Et l'ensemble est servi par une utilisation admirable de la musique, signée Jean-Pascal Lamand, qui transforme certaines scènes en séquences cinématographiques, et finit  de convaincre le spectateur quant au choix du mettteur en scène et à la cohérence de l'ensemble.

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