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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 14:00

des hommesIl est des sujets, des périodes, des histoires, qui sont souvent tus. Des moments qu'ils ne faut pas raconter et qu'on se remémorre seul et en silence. La guerre d'Algérie fait indéniablement parti, une une génération de Français, de ces périodes troubles qui affectent les individus, et que le collectif ne souhaite pas surmonter. Laurent Mauvignier montre, dans ce roman, comment un passé dont on ne parle pas peut, 30 ou 40 ans après, avoir des conséquences inattendues et destructrices.

 

Car Bernard, aussi appelé Feu-de-Bois, a fait cette sale guerre. A son retour d'Algérie, il n'est pas revenu dans le village familial et a construit sa vie, loin de ses frères et soeurs. Avant de revenir, sans donner d'explications. Considéré par tous comme un être pauvre et taciturne, personne ne comprend comment il réussit à offrir à sa soeur Solange une broche de grande valeur lors de son départ en retraite. Suspicions et remarques désobligeantes fusent, et Bernard, touché, se rendra plus tard dans la soirée chez l'arabe du village, menaçant sa famille. Chacun est alors plongé dans les restes de cette guerre dont personne ne parle jamais.

 

En construisant son récit en deux temps, Laurent Mauvignier réussit un vrai tour de force. Car la première partie est centrée autour de cette réception banale, un départ en retraite auquel tout le monde est invité, où tout devrait se dérouler comme d'habitude, sans accroc. Mais il y a une miette qui vient mettre la sérénité et la bonne ambiance à terre, et qui est le début d'un traumatisme plus profond. Car Rabut, qui suit son frère Bernard et tente de savoir ce qu'il fait de sa soirée, est renvoyé lui aussi aux affres de la guerre et de cette histoire commune qu'ils n'ont jamais évoquée.

 

Mais de cette chronique provinciale, on est ensuite plongé dans la vie de caserne en algérie, avec ses permissions et ses bals, ses amourettes. Mais également avec les exactions, la crainte des adversaires et les attaques aveugles et meurtrières. Ce saut dans la violence quotidienne, dans cette politique de la peur dans les villages que les deux camps pratiquent est saisissante. Mauvignier parvient, tout en restant dans une certaine distance et une non accentuation de description des violences, à rendre toute la barbarie de cette époque. Et à relier, de manière subtile et intelligente, le fait divers du début avec le traumatisme engendré par la guerre.

 

Des hommes est un livre poignant, haletant, qui fait naviguer entre violence psychologique et actes de guerre, sans édulcorer ni la puissance de l'un, ni la barbarie de l'autre. Et qui, surtout, tente de décrire les effets dévastateurs du silence face à ce type d'expériences traumatisantes.

 

L'avis de Dédale (emballée), Brize (qui le trouve remarquable),  Sylire (plus circonspecte)

 

Des hommes, de Laurent Mauvignier

Ed. de Minuit

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commentaires

liliba 13/02/2011 11:29



Il faut décidément que je lise ce livre !



Yohan 19/02/2011 16:42



Oui, c'est vraiment un très bon roman !



Titine 02/02/2011 09:55



Je te conseille chaudement "Dans la foule" qui m'avait complètement épaté, le style est en parfaitement adéquation avec le drame qui se joue. Je me souviens avoir souffert physiquement en le
lisant.



Yohan 19/02/2011 16:35



Merci pour ce conseil, je guetterai donc après La foule ! Je ne vais pas dire que j'aime souffrir en lisant, mais c'est une sensation qui ne m'est pas désagréable ;-)



Titine 01/02/2011 12:30



Entièrement d'accord avec In Cold Blog, ce roman est magistral et Mauvignier est un très grand écrivain.



Yohan 01/02/2011 19:11



Je confirme ;-) Me  reste un lire un autre de ses romans !



sylire 31/01/2011 11:31



Le style ne m'a pas convaincue mais l'histoire oui et au final c'est un livre qui m'a marquée et que je recommande.



Yohan 01/02/2011 19:10



Parfait ! Bien que je n'ai pas au cette impression en lisant ton billet (mais il faut parfois laisser le temps faire son oeuvre !)



In Cold Blog 30/01/2011 17:45



Comment une bagarre d'apparence anodine dans une salle des fêtes communale trouve un écho bien plus profond et douloureux dans une bagarre qui s'est passée dans un bar d’Oran, des années
auparavant. Comment les hommes crèvent de refouler depuis des années les émotions, les mots et les douleurs...
Magistral.



Yohan 01/02/2011 19:09



C'est exactement cela, un roman sur le refoulement, et comment un détail fait tout ressortir.