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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 18:15

des-femmes.jpgWajdi Mouawad s'est fait connaître par ses propres pièces, traitant à la fois de thèmes assez ancestraux que la filiation, les origines familiales ou les relations avec la terre d'origine. A chaque fois, ces pièces s'inscrivent dans une trame moderne rappelant les grandes tragédies antiques, l'exemple le frappant étant certainement Incendies (encore au cinéma cette semaine grâce au festival Télérama). Que Mouawad adapte les tragédies de Sophocle n'est donc pas surprenant du tout.

Le metteur en scène canadien s'est lancé dans un vaste projet : mettre en scène les sept tragédies de Sophocle qui nous sont parvenues, en trois épisodes. Le premier consacré aux femmes héroines, le deuxième aux héros masculins, le troisième aux hommes en fin de vie. Première étape donc avec l'intégrale des pièces consacrées aux femmes : Les trachiniennes, Antigone et Electre.

Les trachiniennes raconte l'histoire de Déjanire, la femme d'Héraclès. Maladivement jalouse, elle veut s'assurer de la fidélité son mari en utilisant un filtre d'amour obtenu auprès du centaure Nessus, tué par Héraclès. Ce filtre sera la cause de la mort du héros.

Antigone est la fille d'Oedipe et de Jocaste. A Thèbes, c'est son oncle Créon, un tyran, qui gouverne. Les deux frères d'Antigone se sont entretués. Alors que l'un a droit à des funérailles officielles, le second n'a pas droit à une inhumation. Antigone va tout faire pour rendre hommage à son frère.

Electre est la fille d'Agamemnon, tué par sa femme Clytemnestre et son amant Egisthe. Electre n'attend qu'une chose : pouvoir venger son père. Pour y parvenir, elle attend le retour de son frère Oreste.

Mettre en scène une tragédie, antique qui plus est, est toujours une exercice délicat. Notamment car il n'est évidemement de rendre la tension et la force des ces textes, connu de la plupart des spectateurs. Pourtant, Mouawad réussit à rendre ces trois tragédies assez passionnantes. Il permet également de faire entendre au spectateur contemporain les textes fondateurs du théâtre occidental. Et rien que pour cela, il est important de saluer son travail.

La succession des trois pièces est un événement très intéressant, car Mouawad a réussi a donné une couleur à chaque des pièces. Electre, la dernière jouée, est la plus proche du style habituel metteur en scène, avec l'utilisation des corps, des liquides. Si ces dimensions ne sont pas absentes des deux autres pièces, c'est dans Electre qu'elles sont le plus présentes. Les trachiniennes est la pièce la moins connue, et l'interprête du rôle titre, Sylvie Drapeau, est assez impressionnante dans le rôle de Déjanire. Dans Antigone, plus que la jeune fille, c'est Créon qui est au cœur de la pièce. Patrick Le Mauff est là aussi un très bon tyran. Globalement, toute la distribution est au diapason, en particulier Raoul Fernandez, un fascinant Coryphée dans Antigone.


Mais la grande idée de Mouawad, c'est l'incarnation du choeur. Intervenant de façon régulière pour ponctuer le récit, il est ici interprété par Bertrand Cantat, avec un groupe de musiciens très rock. Cette confrontation des deux univers, risquée, se révèle être une très bonne idée de mise en scène. Et Bertrand Cantat revient sur scène dans une œuvre assez éloignée de sa production antérieure. Première étape réussie, reste à découvrir les deux prochaines (qui seront normalement présentées à Mons et ailleurs, avant une intégrale des sept pièces en 2015 à l'occasion de la désignation de Mons comme capitale européenne de la culture)

 

Le spectacle se joue demain dimanche 22 janvier à Namur, puis sera en tournée au Canada (Ottawa, Montréal) au printemps et à la Réunion en septembre.

 

Autres pièces de Wajdi Mouawad : Littoral, Forêts, Ciels, Seuls et Incendies, de Denis Villeneuve

 


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