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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 07:47

de-lait-et-de-miel-copie-1.jpg[Billet paru sur Biblioblog] Un vieil homme, malade, est sur le point de mourir. Pour la deuxième fois. La première, c'était soixante ans plus tôt, à la sortie de la guerre, alors qu'il fuyait Temesvar, aujourd'hui Timisoara, en Roumanie. Il se souvient de ce moment, dans cet hôpital de Vienne. Se remémore Stéfan, l'ami d'enfance qu'il a perdu de vue à la même époque, et qu'il n'a jamais retrouvé. Revient sur sa vie, en Roumanie puis en Champagne, sur la guerre, sa rencontre avec Suzanne, hongroise ayant fui Budapest en 1956.

 

Car le vieil homme a traversé toute la seconde partie du XXe Siècle. Jeune, il vivait en Roumanie, pays allié de l'Allemagne nazie. Sa jeunesse aurait dû être insouciante aux côtés de Stefan, mais la mort soudaine de sa mère marque une rupture. Les jeux dans la Temes, la rivière du village, ne peuvent de plus pas faire oublier que la guerre est présente, et lors du retrait des troupes nazies, la ville devient une garnison pour les soldats.

 

Son arrivée en France, il la doit à de lointains ancêtres, alsaciens ou lorrains, qui ont été envoyés dans le Banat pour le coloniser, au XVIIIe Siècle. C'est ce qui lui permettra de quitter la région, d'échapper aux soviétiques qui arrivent à l'est et de ne pas se sentir allemand, comme son ami Stefan. Lui fait le choix d'un retour au pays de ses ancêtres avec les nazis, convaincu que sa place est là-bas. Et un mensonge permettra au narrateur de ne pas monter dans le train avec son ami, et de choisir une autre voie. Vers Vienne, puis le France.

 

L'installation en France se fait en Champagne. En 1956, il fait la rencontre de Suzanne, qui deviendra sa femme. Suzanne a fui Budapest au moment de la répression soviétique, la même année. Elle s'était rendue à la capitale avec son cousin, qu'elle a perdu de vue et jamais retrouvé, avant de venir en France. Une vie de couple démarre, morne, dans laquelle Suzanne ne s'épanouit pas, n'ayant pour seul projet que de bien tenir sa maison. La vie de lait et de miel qui lui était promise par son mari devient alors une chimère. Le couple est plus tard marqué par la perte d'un enfant. Si la parole n'était pas très libre dans la famille, ce traumatisme familial accentue encore le mutisme de tous les membres.

 

Bien que les lieux et les époques soient différentes et nombreuses (Roumanie des années 40, Budapest en 56, France des années 50 et 60), Jean Mattern signe un roman court. Pas d'épopée, mais un récit condensé, riche. La tension du récit est liée à sa construction ; loin de faire un récit chronologique, chaque paragraphe est l'occasion de plonger dans un nouvel épisode de la vie du narrateur, dans une nouvelle époque. Et à chaque entame de paragraphe, le lecteur se demande dans quel pays et à quelle époque il va être emmené.

 

Mais l'ensemble est construit de manière assez habile pour que le lecteur ne soit pas perdu. Les éléments du récit prennent au fil des pages plus d'ampleur, et chaque événement se voit ainsi replacer dans un temps plus long. Ainsi de cette séparation avec Stefan au moment de monter dans le train, qui ouvre presque l'ouvrage et dont on ne connaîtra le fin mot qu'en fin de récit.

 

À noter que ce roman, le second de Jean Mattern, est lié à l'intrigue de son premier roman, Les bains de Kiraly. On y retrouve la vie de Gabriel, le fils de Suzanne et du narrateur de De lait et de miel. Il n'est absolument pas nécessaire d'avoir lu ce premier ouvrage pour saisir l'intrigue du deuxième, et je trouve d'ailleurs que le second est bien plus abouti, plus fort que le premier. En espérant que la pente ascendante se poursuive avec le prochain ouvrage, qui devrait clore cette trilogie qui n'en est pas vraiment une, et que je conseille vivement de découvrir.

 

De lait et de miel, de Jean Mattern

Ed. Sabine Wespieser

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