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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 21:48

Parce qu'il n'y a pas que les films que je ne prends plus le temps de chroniquer longuement, voici une petite séance de rattrapage livresque.

 

tour-de-france.gifPour se mettre en jambe, je vous propose une petite promenade à bicyclette avec Albert Londres. Bon, cela risque d'être assez éprouvant, et le titre de l'ouvrage n'est pas mensonger : Tour de France, tour de souffrance. Ce petit recueil rassemble les articles écrits par Albert Londres alors qu'il suivait le Tour de France 1924. Chaque article, assez long, raconte le périple d'une étape parcourue par les coureurs : Brest-Les Sables-d'Olonne, Les Sables-d'Olonne-Bayonne, notamment. Soit des étapes de plus de 400 km pour certaines, avec départ dans la nuit et arrivée le lendemain soir ! Et pas question de croire que les étapes étaient faciles : la traversée des Pyrénées passe par les cols d'Aubisque, du Tourmalet et d'Aspin ! Albert Londres donne à lire toute la souffrance de ces hommes, couverts de poussières, obligés d'effectuer leurs réparations seuls, parfois avec les cailloux du bord de la route pour réparer une chaîne. C'est un effort phénoménal, absolument démentiel, et il n'est pas surprenant de lire que les coureurs sont parfois aidés par quelques substances aux vertus fortifiantes. Ce recueil est passionnant à lire, Albert Londres rendant son récit très vivant grâce à de nombreux dialogues. A recommander à tous les amateurs de vélo !

 

le-quai-de-ouistreham.jpgDe souffrance, il en est question aussi avec Florence Aubenas, dans Le quai de Ouistreham. On quitte ici le milieu du sport pour se plonger dans la vie des précaires, ceux qui sont obligés d'aligner les petits boulots, mal payés, aux horaires impossible, pour espérer (sur)vivre. Suivant le modèle de Günther Wallraff, Florence Aubenas s'est présentée à Caen comme une chercheuse d'emploi, sans expérience. Elle témoigne ici du regard des autres, négatifs, des difficultés à vivre au quotidien les vexations et humiliations, des obligations à accepter des heures supplémentaires non payées pour garder son emploi. Ce que j'ai trouvé très éloquent, c'est que ce monde de précaires est finalement assez refermé sur lui-même : les horaires décalés, le manque d'argent, font que ces salariés ne se mêlent que peu à ceux qui ont des places sûres. C'est vraiment cette frontière invisible qui saute le plus aux yeux à cette lecture, car les problèmes de précarité et les difficultés à trouver un boulot (il ne suffit pas de vouloir !) ne devraient malheureusement surprendre personne. (Ce qui n'est bien entendu pas le cas) Un ouvrage qui a beaucoup fait parlé de lui à sa sortie, et qui mérite d'être lu.

 

la-brebis-galeuse.jpgAscanio Celestini parle aussi, à sa manière de souffrance. Celle des enfants des années soixante (les fabuleuse années soixante, comme il dit), jugés turbulents et qu'on soignait dans les asiles à coups d'électrochocs ou de trépanation. L'histoire contée est multiple. On croise d'abord un jeune narrateur des années soixante, qui raconte sa vie entre l'école avec le curé, la mère folle et l'amoureuse pour qui il mange des araignées. Puis on rencontre Nicola, qui a vécu dans la montagne et est enfermé depuis 35 ans à l'asile. Puis les deux personnages se rencontrent, vivent des aventures dans un supermarché avec une représentante en café,... J'ai apprécié cette lecture, mais je crois que je n'ai pas été bouleversé du fait que je connaissais différents ressorts de cette histoire, ayant vu le film qu'Ascanio Celestini a lui-même réalisé à partir du roman, La pecora nera. L'écriture et la construction de l'ouvrage sont tout de même assez originales et méritent qu'on découvre cet ouvrage.

 

vie-et-mort.jpgEnfin, voici une douleur plus intérieure, j'oserai presque dire une souffrance plus anodine : celle de l'écrivain qui s'ennuie lors d'une rencontre organisée avec son public et qui laisse son esprit divaguer, imaginant des histoires, des rencontres, la fiction se mêlant parfois avec la réalité de ce que vit l'écrivain à l'issue de la rencontre. Vie et mort en quatre rimes, de l'israélien Amos Oz, est un court roman assez plaisant, mais que je qualifierai d'anecdotique en ce qui me concerne.

 

 

Tour de France, tour de souffrance d'Albert Londres

Ed. du Rocher - Motifs

 

Le quai de Ouistreham de Florence Aubenas

Ed. Folio

 

La brebis galeuse d'Ascanio Celestino

Traduit de l'italien par Olivier Favier

Ed. du Sonneur

 

Vie et mort en quatre rimes d'Amos Oz

Traduit de l'hébreu par Sylvie Cohen

Ed. Folio

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commentaires

Philisine Cave 10/02/2013 13:48


Le quai de Ouistream, un moment littéraire fort pour moi, mais tu le savais déjà, j'imagine. Bises

Yohan 24/02/2013 18:42



Ce n'est pas tant l'aspect littéraire qui m'a marqué que la plongée humaine dans le monde des précaires, où la précarité est beaucoup plus large que la seule précarité economique.