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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 13:00

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/Grandes110/3/3/1/9782234064133.gifThomas Legrand est éditorialiste politique tous les matins sur France Inter. Dans ce court essai, il s'intéresse à la présence quasi permanente de Nicolas Sarkozy dans ses chroniques : sur 205 chroniques, il a trouvé Sarkozy dans 192 d'entre elles, alors que François Fillon n'est cité que dans 14 sur la même période. Cette présence quotidienne interroge Thomas Legrand, qui tente donc de décrypter les raisons de son sarko-centrisme, assez généralisé dans les analyses politiques.


Legrand défend une thèse, résumée dans le titre : Nicolas Sarkozy bouge énormément, parle beaucoup, promet la rupture. Mais une analyse des différents thèmes de campagne qu'il a mis en avant montre qu'il n'en a pas fait grand chose depuis son arrivée au pouvoir. Sarkozy est d'après lui un président qui estime que la parole vaut acte. De fait, Sarkozy se déplace énormément en province où il tient systématiquement des discours. Mais des discours à sens unique, car les journalistes ou les opposants ne peuvent à aucune occasion poser leurs questions. Une seule conférence de presse digne de ce nom a été organisée en France, en janvier 2008. Ce qui fait loin.


Au niveau des thèmes développés par Sarkozy, et potentiellement menaçants pour la République, la majorité ont rapidement été mis de côté. Il en est ainsi de la laïcité positive ou de la discrimination positive, ou, encore plus flagrant, de la politique de civilisation annoncée début 2009. Dans tous ces cas, les élans passionnés de Sarkozy sont restés lettre morte, comme par exemple dans le cas de la discrimination positive avec l'abandon des statistiques ethniques (Ouf !).


Là où je suis d'accord avec Legrand, c'est que Sarkozy agite tellement de vent, qu'il attire sur lui tous les regards et toute l'attention. Du coup, les "idiots utiles" dénoncés par Legrand existent : ce sont ceux qui poussent des cris d'orfraie à chaque intervention de Sarkozy, attirant ainsi indirectement l'attention sur le président. Il est évident que certaines déclarations ou initiatives sont à condamner, mais trop de condamnations les banalisent. Ainsi, on rentre dans un système où il faut s'insurger contre Sarkozy, alors que nombre de ses idées ne le méritent pas.


Là où je suis en désaccord, c'est pour dire que Sarkozy n'a rien changé. D'accord, la rupture annoncée n'a pas eu lieu : le décorum et le faste républicains sont les mêmes, la politique de la Françafrique également. Pire, il a accéléré ce que les gouvernements précédents avaient déjà amorcé : la mise à bas du service public, que ce soit l'éducation (15 000 supprimés par an depuis quelques années, une saignée catastrophique), la santé (l'hôpital public ou la sécurité sociale) ou la Poste (décision sarkozienne, pour le coup). Il a également inauguré une politique où les plus aisés s'en sortent encore mieux, avec ce bouclier fiscal qui est une des rares mesures que Sarkozy a mis en place. A part une crainte pour l'indépendance de la justice, je trouve Thomas Legrand un peu trop léger sur cet aspect des choses. Peut-être est-ce un prisme journalistique qui fait qu'il s'interroge plus sur les effets médiatiques de Sarkozy que sur des politiques menées depuis plusieurs années, et qui sont malheureusement toujours les mêmes.


Ce n'est peut-être rien qu'un président qui fait du temps aux journalistes ou aux opposants politiques, mais lui ne perd pas de temps pour mettre en place une politique à destination de ceux qui réussissent, de ceux qui ont les moyens. Je ne sais pas quelles conséquences auront les résultats des élections régionales, mais je doute que Sarkozy change beaucoup sa ligne politique. Et Sarkozy devrait encore l'objet de nombreux éditoriaux...

 

Le site de France Inter, où vous pouvez retrouver les éditos quotidiens de Thomas Legrand.

 

Ce n'est rien qu'un président qui nous fait perdre du temps, de Thomas Legrand

Ed. Stock - Parti pris


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commentaires

Yaneck 21/03/2010 07:50


Excellent  article,  et je partage pleinement ton avis. Il faudra que je jette un oeil sur ce bouquin....


Yohan 24/03/2010 08:01


Il vaut le coup d'être lu, car il est très pertinent sur les aspects qu'il traite. Malheureusement, je trouve qu'il manque une vision plus large, plus politique et moins médiatique.


Thom 18/03/2010 09:33


Tout à fait d'accord.

En fait, je trouve que Legrand est lui-même assez superficiel (un comble vu ce qu'il reproche à Sarkozy). Il a écrit son bouquin comme un long édito, et je ne suis pas convaincu que c'était la
meilleure manière d'aborder le sujet...


Yohan 24/03/2010 07:55


Plus j'y repense, plus je me dis que le "nous" du titre indique quel est l'angle d'attaque de Legrand : celui d'un journaliste, qui s'adresse aux journalistes, et qui s'intéresse aux effets
médiatiques de la politique sarkozyenne. Et je pense que là est la limite de ce petit essai, car il est centré sur une toute petite facette du pouvoir du président.