Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 19:45

Berlin-Alexanderplatz.jpg[Déjà paru sur Biblioblog] Comment parler de Berlin sans mentionner l'Alexanderplatz, cette place commerçante du centre-ville, au cœur de l'ex-Berlin-Est ? Surtout depuis qu'Alfred Döblin a irrémédiablement lié la ville et la place dans son merveilleux roman, Berlin Alexanderplatz. La nouvelle traduction d'Olivier Le Lay est l'occasion de se plonger dans cette sombre histoire, qui fait découvrir les recoins les moins reluisants de la ville.

 

La visite se fait sur les pas de Franz Biberkopf. On le découvre à sa sortie de Tegel, la prison de la ville. Sans le sou ni perspective, il tente de trouver un emploi, et essaie plusieurs métiers sur les marchés. Mais son objectif, c'est de rester honnête. Car son séjour en prison, suite au meurtre de sa femme Ida qu'il a battu à mort, lui a suffi.

 

Franz Biberkopf retrouve tous les lieux de son ancienne vie, les cafés un peu glauques qu'il fréquentait, les marchés sur lesquels il tente de gagner sa vie. Avec lui, on découvre la vie des ouvriers de Berlin, en cette fin des années 20 où la crise n'a pas encore frappé, mais où la misère est déjà très présente. Avec lui, on découvre également les méthodes peu légales de voyous qui font tout pour gagner de l'argent : le proxénétisme est fréquent, et les petites arnaques légion.

 

Mais Biberkopf refuse de se laisser entraîner dans ce milieu, même si ses fréquentations avec Reinhold, petit malfrat réputé, l'emmènent sur une mauvaise pente. Malheureusement, c'est contre son gré qu'il se trouve mêlé à ces affaires, ce qui lui coûtera un bras, mais surtout une suspicion permanente quand sa petite amie Mieze disparaît sans laisser de trace.

 

Berlin Alexanderplatz est un roman foncièrement noir, sombre sur l'image de l'humanité qu'il renvoie. Biberkopf, malgré ses bonnes intentions, est condamné d'avance, ce que rappelle constamment le narrateur. On sait que cela finira mal, et les rares personnes qui tentent de l'aider agissent vainement. C'est comme si le milieu dans lequel vit Biberkopf, celui des petits voyous et grands malfrats, le poussait à devenir mauvais malgré lui.

 

Néanmoins, la noirceur du récit est balancé par l'écriture tout à fait originale de Döblin. Par le recours à une oralité très travaillée, le texte évoque le travail de Céline. Surtout, le texte est émaillé de nombreuses digressions, qui permettent de prendre la température de cette ville. On découvre ainsi au fil des pages l'ambiance des abattoirs et le rythme effrénée des égorgements de porc (magnifiques pages), les programmes de théâtre, les faits divers du moment. Döblin a également souvent recours à des extraits d'autres textes, en particulier ceux de la bible ou des chansons populaires, qui prennent place dans le récit. C'est ainsi qu'est racontée, au cœur de l'ouvrage, l'histoire de Job. Ce mélange de références, d'entrées dans le texte, fait de Berlin Alexanderplatz un texte riche, très dense, mais qui conserve une unité grâce à Franz Biberkopf, fil rouge de l'ouvrage. Et la traduction d'Olivier Le Lay rend parfaitement hommage à ce foisonnement.

 

C'est donc un vrai plaisir de lecture que cette plongée dans les bas-fonds de Berlin. Et s'il est difficile de reconnaître aujourd'hui les endroits que parcourt Franz Biberkopf, le lecteur en goguette à Berlin n'est pas totalement perdu, car de nombreux endroits ont conservé le même nom : Alexanderplatz, Invalidienstraße, Hackesher Markt, Rosenthalerplatz… Un périple sur les lieux qui ne fait qu'ajouter au plaisir du roman !

 

Berlin Alexanderplatz, d'Alfred Döblin

Traduit de l'allemand par Olivier Le Lay (nouvelle traduction)

Ed. Folio

Partager cet article

Repost 0

commentaires

dasola 31/05/2011 12:07



Bonjour Yohan, j'ai lu ce roman il y a preque 30 ans. Ce fut une révélation. J'ai adoré. Il fait partie de ces romans que je garde précieusement dans ma bibliothèque, au même endroit que Le
tournant de Klaus Mann, par exemple. J'ai dans ma DVDthèque, l'adaptation télé de Fassbinder que je dois voir. Bonne journée.



Yohan 01/06/2011 22:49



Je pense que c'est effectivement une oeuvre qui marque. C'est un professeur d'allemand qui nous en avait fait traduire un extrait, et je m'étais promis de lire l'ouvrage en intégralité.


Pour la série de Fassbinder, je connais son existence et serai curieux de la voir, étant donné l'approche souvent original de Fassbinder dans ses films.



emmyne 26/05/2011 21:20



Il faut vraiment que je lise ce livre. Et que j'aille à Berlin.



Yohan 01/06/2011 22:45



Oui, je confirme pour les deux (et en même temps, c'est encore mieux ;-)