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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 11:52

a_perdre_la_raison.jpgPremier plan : une femme, en larmes, demande à ce que l’enterrement se déroule au Maroc. Plan suivant : quatre petits cercueils blancs montent sur le tapis roulant à destination de la soute de l’avion. Autant dire que le spectateur comprend immédiatement que l’histoire de ce film est loin d’être joyeuse.

 

Retour en arrière : A perdre la raison est l’histoire de Murielle. Mariée à Mounir, dont la famille vit encore en partie au Maroc, elle habite avec lui chez le docteur Pinget. C’est cette relation à trois, entre Murielle, Mounir et Pinget, relation malsaine construite sur des mensonges, des cachoteries et des manipulations, qui est au cœur du film.

 

Car tout débute pour le mieux pour le jeune couple : un mariage, un voyage de noces offert par le médecin. Ce dernier donne également un emploi à Mounir, dans son cabinet, et accepte de les loger, réorganisant même la maison au fur et à mesure des naissances.

 

Mais Murielle sent que la situation ne peut pas durer. Et le film est la description de la déchéance de cette femme. Peu à peu, elle perd pied et personne n’est là pour la soutenir. Son mari la renvoie constamment à son statut de mère, Pinget la considère comme une incapable. Même dans son métier, elle sombre. Et si ponctuellement elle reçoit du soutien (un radiologue à l’hôpital ou sa belle-mère, la seule à la considérer comme une adulte), c’est insuffisant pour lui permettre de sortir du trou dans lequel tout le monde l’enfonce.

 

La mise en scène de Joachim Lafosse est assez épatante, car il arrive à rendre lumineux les quelques moments d’espoir et insoutenables ceux où Murielle est rabaissée, humiliée. Ainsi, la scène où Murielle emmène sa belle-mère dans l’eau, ou celle où elle reçoit un cadeau de sa part, sont intenses. Tout comme le sont, à l’inverse, celle où Pinget écrase de sa personnalité ceux qui l’entourent. Niels Arestrup incarne un individu psychologiquement toxique comme j’en ai rarement vu au cinéma. Ce n’est pas un salaud, violent, barbare, mais un pervers manipulateur aux méthodes froides. A ses côtés, Tahar Rahim est très bon dans le rôle de la petite chose soumise.

 

Mais la grande révélation du film, c’est Emilie Dequenne. Elle retrouve là un rôle absolument formidable, et elle y apporte un désarroi, une tristesse époustouflante. Comment oublier cette scène magistrale où elle roule en voiture et chante la chanson de Julien Clerc, Femmes, je vous aime. C’est le grand retour de celle qui a été découverte il a y 15 ans dans Rosetta, et qui retrouve enfin un rôle où elle peut exprimer abattement, chagrin et désespoir.

 

Après Elève libre, Joachim Lafosse ne fait que confirmer qu’il est des grands cinéastes du moment, Il est en effet un des rares capable de rendre à l’écran les situations psychologiques les plus malsaines sans prendre au piège le spectateur.

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commentaires

Guillome 18/09/2012 12:52


un des derniers films que nous sommes allés voir au ciné. Une big claque. C'est avec "Elève libre" que nous avions découvert ce réalisateur. nous sommes allés voir ce film sur ce nom et sans
savoir que quoi parlait le film. Et bah....nous sommes ressortis vidés, plus que troublés. Un film qui nous a mis à l'aise, qui a laissé des traces pendant toute la semaine tellement il remue.
L'actrice est absolument admirable. La scène dans la voiture est effectivement LA scène du film qui est incroyablement juste. Un très beau moment de cinéma.

Yohan 04/10/2012 08:23



Un film effectivement prenant et qui ne laisse pas indifférent. Si tu as aimé Eleve libre également, je ne peux que te conseiller Nue propriété, une histoire de famille un peu tordue, malsaine,
avec un très beau trio d'acteurs (Isabelle Huppert et les frères Rénier, Jérémie et Yannick).