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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 07:36

Geoffrey Braithwaite est un médecin anglais, épris de Gustave Flaubert. Lors d’une visite en Normandie, il se rend à Rouen et Croisset, l’habitation de l’auteur de L’éducation sentimentale. Mais cette visite sème le trouble chez le visiteur. Il découvre à l’hôtel Dieu de Rouen un perroquet empaillé, qui aurait inspiré Loulou, celui d’Un cœur simple. Mais à Croisset, un second perroquet empaillé est présenté comme étant celui que Flaubert loua au muséum d’histoire naturelle pour servir de modèle. Ceci est le point de départ d’une enquête qui dévoilera des aspects méconnus de la vie de Flaubert.

 

Avant que Philippe Doumenc n’invente une suite à Emma Bovary, Julian Barnes signe avec Le perroquet de Flaubert une bien troublante et stimulante biographie iconoclaste et fictionnelle de l’auteur. En une quinzaine de chapitres, Barnes tente de circonscrire la personnalité de cet auteur mystérieux. Il convoque par exemple plusieurs chronologies de la vie de Flaubert, qui le présentent de manière très différente selon l’angle choisi : soit très sage, soit quasiment libidineux. Ou bien il scrute les différentes références animalières qui jalonnent l’œuvre flaubertienne, pour dessiner un portrait bestial de l’écrivain qui se décrivait lui-même comme un ours.

 

Braithwaite (ou Barnes, car c’est parfois assez compliqué de choisir) a une telle attirance pour Flaubert qu’il en arrive à pasticher son dictionnaire des idées reçues : de Achille, frère aîné de Gustave, à Zola, Emile, chaque entrée du dictionnaire permet d’appréhender un peu mieux l’auteur. Mais la parole est également donnée à Louise Colet, le grand amour de l’auteur, qui raconte sa vision des choses, ou à un professeur américain qui dit avoir brûlé les lettres de Juliet Herbet, une maîtresse présumée de l’auteur.

 

Chaque chapitre est une approche originale, qui rend ce roman très riche. Celui que j’ai préféré est celui qu’il consacre aux yeux d’Emma Bovary, en remettant en cause une critique britannique qui a un peu vite déduit de différents extraits que Flaubert avait peu de suite dans ses idées, arguant du fait que les yeux d’Emma changent de couleur dans le roman. En reprenant les extraits dans leur globalité, Barnes montre que Flaubert ne change pas d’avis sur la couleur des yeux de son héroïne, et renvoie la critique à ses chères études..

 

Le perroquet de Flaubert, malgré sa forme particulière est bien un roman. Cette forme biographique, si elle utilise beaucoup de textes ou de citations, que ce soit les romans ou les lettres de Flaubert, n’empêche pas Barnes d’inventer des histoires, de supposer, de supputer. Ce qui fait que le lecteur ne sait jamais trop quelle est la part de vérité du texte, d’autant que la limite entre le narrateur et l’auteur est certainement assez peu étanche.

 

Un livre très plaisant que cette digression normande en compagnie de Gustave, qui met en avant les qualités d’écrivain de Julian Barnes. Une découverte intéressante et intrigante, et qui donne envie de se plonger dans L’éducation sentimentale ou Salammbô.

 

Extrait :  

 

« L’OURS

 

Gustave était l’ours. Sa sœur Caroline était le Rat – elle signe elle-même « ton cher rat », « ton rat fidèle » ; il l’appelle « petit rat », « ah ! rat, mon bon rat, mon vieux rat », « vieux rat, vieux coquin de rat, mon bon rat, mon pauvre vieux rat » - mais Gustave était l’Ours. Quand il n’avait que vingt ans, les gens trouvaient que c’était « un drôle d’original, un ours, un jeune homme, comme il n’y en a pas beaucoup » ; et avant même sa crise d’épilepsie et sa réclusion à Croisset, l’image s’était imposée d’elle-même : « Je suis ours et je veux rester ours dans ma tanière, dans mon antre, dans ma peau, dans ma vieille peau d’ours, bien tranquille et loin des bourgeois et des bourgeoises ». Après sa crise, la bête s’est confirmée en lui : « Le vis seul comme un ours (Dans cette phrase, le mot « seul » est défini ainsi : « seul, sauf pour mes parents, ma sœur, les domestiques, notre chien, la chèvre de Caroline, et les visites régulières d’Alfred Le Poittevin ».) »

 

Billet déjà paru sur Biblioblog.

 

Le perroquet de Flaubert, de Julian Barnes

Traduit de l'anglais par Jean Guiloineau

Ed. Stock - La Cosmopolite

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commentaires

zarline 12/10/2009 14:29


Je ne suis pas fan de Flaubert (loin de là) mais ce livre m'intrigue quand même. Si une fois je tombe dessus, il pourrait peut-être me faire apprécier Flaubert et me donner l'envie de redécouvrir
"Trois contes"???


Yohan 14/10/2009 08:06


Il peut en effet aider à apprécier Gustave (que j'aime beaucoup). Pour Trois contes, je suis assez sceptique sur la qualité des textes : Un coeur simple est très réussi, les deux autres sont
beaucoup moins intéressants !


Aurore 11/10/2009 14:16


Voilà un livre dont le titre m'attire depuis longtemps, un petit quelque chose, merci pour ce billet!


Yohan 11/10/2009 15:49


Mais de rien, j'espère que ce billet t'incitera à te plonger dans ce texte !


Bouh 10/10/2009 10:30


Encore un avis positif ! Je dois être la seule à avoir détesté ce roman. Ca a été un calvaire de le lire, j'ai mis 1 mois et demi à le finir, en me forcant à lire plus de 120 pages le dernier jour
pour pouvoir enfin le ranger... J'ai trouvé ça inintéressant et extrêmement ennuyeux :/


Yohan 11/10/2009 15:48


Malheureusement, il en faut certains qui n'aiment pas !!! L'unanimité est toujours étrange... même si je ne partage pas ton point de vue ;-)