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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 18:40

En plein hiver, un directeur d’entreprise organise un séminaire pour ses collaborateurs. Alors que la réception semble banale, elle constitue en fait un moyen pour la direction de noter les cadres. Chacun, au fil de la soirée, va devoir jouer un rôle, devant quelqu’un qu’il pense connaître, mais dont il ignore tout. Les masques tombent, et l’issue de la soirée est loin de celle pressentie…

 

Pour un premier film, Mathias Gokalp signe une œuvre qui m’a intéressé. On peut la qualifier d'exercice de style, mais elle vaut le coup d’œil. Pas exempte de défauts, certes, mais qui a le mérite de l’ambition, tout en restant abordable. Le film se déroule en chapitres, chacun centré sur un des personnages qui composent cette Cour des temps modernes. Des scènes se répètent dans différents chapitres, vues sous des angles différents, et apportant à chaque fois des éléments d’explication supplémentaires : des dialogues ajoutés, une scène rallongée. Si le procédé est intéressant, il est malheureusement un peu trop systématique pour emporter une réelle adhésion. Car ce qui marche sur certaines scènes (celle dans les toilettes, le moment où Darrousin mange son verre) fonctionne moins bien sur d’autres (la discussion entre le syndicaliste et la jeune cadre).

 

L’intrigue du film a pour objectif de dénoncer le jeu de dupes qui a cours dans les entreprises actuelles. Sous couvert d’ouverture et de transparence, chacun essaie de paraître le plus honnête possible. En fait, chacun tente de dissimuler sa malhonnêteté, sa fourberie et ses mensonges, comme ce responsable administratif qui n’ose avouer à son épouse ce qui attend l’entreprise, et l'information tourne à la communication. Ce discours sur les classes dirigeantes des entreprises privées est assez nouveau, le cinéma français s’étant beaucoup plus attardé sur les relations entre patrons et ouvriers (avec par exemple les très bons Ressources humaines de Laurent Cantet, Violence des échanges en milieu tempéré de Jean-Marc Moutout ou La raison du plus faible de Lucas Belvaux).

 

La vraie réussite de ce film est son casting, irréprochable. Jean-Pierre Darroussin est un acteur merveilleux, et il le confirme avec ce rôle de cadre pressé par sa direction, stressé au point de répéter son texte dans les toilettes. Denis Podalydès, en syndicaliste dépassé, excelle également. Mélanie Doutey, Zabou Breitman, Bouli Lanners sont également très bons. Une mention pour Pascal Greggory, pour la scène où il chante du Emmanuel Chabrier devant les autres cadres, avec un froncement de sourcils et un jeu de rides du front tout à fait mémorable. Un grand numéro d’acteur !

 

L’avis de Pascale (qui s’est ennuyée).

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commentaires

julie 11/10/2009 23:14



J'en sors tout juste, c'est vrai que l'exercice de style est assez contraignant : les acteurs font leur numéro...Il est sympathique que les personnages gagnent en complexité au cours
des éléments supplémentaires, mais je trouve comme toi que cela fait un peu procédé. Ce qui me plaît c'est qu'on voit de plus en plus régulièrement des films où le monde sans pitié de
l'entreprise est montré via un mode stylisé, et non pas seulement via un mode réaliste (Louise-Michel dont tu as parlé ici, ou Dernier maquis, la Condition humaine...). C'est tant
mieux, l'imaginaire est un très bon allié de la révolte pour la subversion!!



Yohan 12/10/2009 12:52


Oui, le procédé est visible, mais ne m'a pas gêné outre mesure.
Pour la peinture du monde de l'entreprise, il est vrai qu'on est passé par une veine réaliste (ceux que je cite dans le billet) à une approche plus originale, que ce soit pour Louise-Michel ou La
condition humaine (que j'avais assez peu aimé, mais c'est un autre sujet !)

Ravi de te retrouver par ici ;-)  


Titine 07/10/2009 11:55


Tout à fait d'accord avec toi. J'ai trouvé l'exercice de style intéressant et les acteurs formidables. je trouve qu'il n'a pas assez mis en valeur le côté sociologique de son thème.


Yohan 11/10/2009 15:40


Oui, les acteurs ne sont pas pour rien dans la réussite du film. Pour le scénario, c'est parfois un peu artificiel, mais c'est inhérent à l'exercice de style !