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5 septembre 2009 6 05 /09 /septembre /2009 11:50

Winston Smith est employé au ministère de la Vérité, un des quatre ministères qui composent l’administration de l’Océania en 1984. Les autres ministères sont les ministères de l’Amour, de la Paix et de l’Abondance, et trois devises dictent leur action : « La guerre, c’est la paix », « La liberté c’est l’esclavage », « L’ignorance c’est la force ». Ce gouvernement est dirigé par Big Brother, homme à moustaches dont l’image est affiché sur tous les murs de la ville, rappelant aux  habitants qu’ils les regardent constamment grâce à un système de caméras installées dans tous les endroits : sur les places, dans les appartements.

 

Winston, réalisant peu à peu que le gouvernement pour lequel il travaille est une dictature prête à tout pour faire taire les opposants, décide de consigner ses pensées jugées criminelles dans un journal. Se marginalisant petit à petit, il rencontre Julia, jeune femme qui partage une partie des ses idées et a décidé de profiter au maximum de ce qu’il est possible de faire. Mais lorsque Winston se rapproche d’O’Brien, il ne sait pas encore qu’il a ouvert la porte du piège qui va refermer sur lui.

 

Grand classique de la littérature d’anticipation, le livre d’Orwell est à la fois une utopie dictatoriale, mais également une charge contre les régimes communistes. Utopie, car ce livre écrit à la fin des années 40, se déroule en 1984, dans un monde totalement contrôlé par l’Angsoc, parti se réclamant du socialisme, et constamment en guerre. Le plus impressionnant dans ce monde imaginaire, hormis le fait d’être sous surveillance à n’importe quel moment par le biais des télécrans, est la volonté de falsification du gouvernement, qui transforme l’histoire afin d’assurer aux habitants que Big Brother a toujours défendu les mêmes positions. Ainsi, le travail de Winston consiste à modifier les anciens journaux pour faire disparaître tout élément compromettant. Lorsqu’un ennemi de la nation est enlevé par le gouvernement, il fait en sorte que plus aucun journal n’en fasse mention. Lorsqu’une prévision économique se révèle erronée, on transforme cette prévision. De même, lors des guerres successives contre l’Eurasia ou l’Estasia, Winston transforme tous les articles afin de laisser penser que l’ennemi a toujours été le même. C’est d’ailleurs cette propension des citoyens à oublier que l’ennemi a changé qui met à la puce à l’oreille de Winston quant au statut du régime de l’Océania.

 

L’autre point, plus pragmatique, est la dénonciation des régimes communistes, qu’on trouve déjà dans La ferme des animaux. Le fait de supprimer des photos les anciens camarades devenus ennemis a été une pratique courante de l’URSS stalinienne des années 30. De même, la dénonciation de la bureaucratie qui affleure ici est à mettre en lien avec l’appareil étatique étouffant de l’URSS. Dans ce cadre de fiction, Orwell fait également preuve de dénonciation envers un système qui a dévoyé les idées auxquelles il a cru (il s’est engagé dans les rangs républicains pendant la guerre d’Espagne, auprès des communistes).

 

Si le fond est très intéressant (la trahison, la capacité à oublier ce qu’on veut faire oublier, le contrôle systématique et la suspicion généralisée avec le crime par la pensée), la forme m’a moins emballé. Le début est très riche, très rapide avec la mise en place de ce monde de 1984, une sorte de Brazil,  puis on plonge dans les textes théoriques rédigés par le chef de l’opposition, que Winston a dans les mains. Cette partie, moins romanesque et qui reprend ce qui a pu être compris auparavant m’a moins intéressé, et sa lecture fut assez laborieuse. La fin, où le romanesque est de retour avec des scènes éprouvantes de torture digne de l’Aveu de Costa-Gavras, redonne un peu de souffle au roman.

 

Malgré ces quelques remarques formelles, 1984 est un roman important. Il y aurait encore beaucoup d’éléments à évoquer (la novlangue, la présence de trois classes sociales qui ne mélangent pas, la capacité de torturer en convoquant le pire cauchemar de l'interrogé). Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est que ce roman n'est pas si éloigné que cela de la réalité de dictatures qui ont pu commettre différents méfaits au cours du Siècle dernier. Mais l’Océania reste encore de l’anticipation. Pour l’instant…

 

1984, de George Orwell

Traduit de l'anglais par Amélie Audiberti

Ed. Folio

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commentaires

Mikouch 30/09/2009 16:53


La partie théorique du livre où il expose les différents régimes est je trouve la plus réussie du roman ! C'est notamment la grande force du livre, Orwell faisant preuve d'une grande intelligence
et analyse.


Yohan 03/10/2009 17:35


C'est celle qui m'a ennuyée, car j'avais l'impression qu'il ne faisait que théoriser ce qu'il laisse transparaitre dans la parie romanesque. J'ai eu l'impression qu'il ne faisait que remettre
en ordre ce qu'il avait déjà dit, pour etre sur que le lecteur ait bien compris, et cela m'a paru de trop.


liliba 16/09/2009 09:34

Je l'ai lu il y a au moins 20 ou 25 ans et j'avais trouvé ce roman passionnant, mais est-ce que cela n'a pas trop vieilli et ce qui paraissait précurseur et visionaire à l'époque n'est pas devenu juste... ringard ?

Yohan 27/09/2009 17:48


Je n'ai pas trouvé que ce roman ait spécialement vieilli (le début est très réussi), mais le centre du roman, avec cette disgression théorique des rebelles m'a paru trop longue. Donc pas ringard,
mais juste un problème de forme pour ma part.


Karine :) 07/09/2009 15:45

J'ai tendance à être d'accord avec toi.  Le monde décrit par Orwell est effrayant et surtout bien inquiétant.  C'est fou jusqu'où ça va.  Sauf que j'ai quand même ressenti un certain ennui à un moment donné...  et la fin... brrrrrrrr, glaçante.

Yohan 07/09/2009 19:48


Oui, un ennui, un manque de souffle, comme si Orwemll avait eu d'enfoncer le clou de sa démonstration. Ce qui rend cette lecture assez lente. Néanmoins, sur le fond, ce roman est effectivement
frigorifiant !


choupynette 06/09/2009 20:13

j'aime énormément Orwell, j'ai lu 1984 et Le Ferme... et j'ai adoré les deux. D'accord avec toi sur la partie plus ardue, mais je me souviens avoir été complètement embalée quand je l'ai lu à 16 ans!

Yohan 07/09/2009 19:45


J'aime beaucoup également la Ferme des animaux, cette fable clairement dénonciatrice d'un système communiste dévoyé. Les deux romans ont des portées différentes, mais je crois que, chacun dans leur
genre, je préfère l'histoire de Napoléon et de ses congénères fermiers. 


Franck Bellucci 06/09/2009 13:48

En effet, le monde décrit, imaginé par Orwell reste essentiellement imaginaire. Il s'agit d'une terrifiante contre utopie dans laquelle chacun vit sous le regard inquisiteur d'un Big Brother despotique. Mais il n'empêche, lorsque sont apparues les premières émissions de TV réalité et le concept de la caméra omniprésente qui filme tout de la vie supposée privée et tout le temps, je n'ai pu m'empêcher de penser au livre d'Orwell et de frémir. Notre société dite de communication n'est-elle pas déjà un monde dans lequel la surveillance, la manipulation mentale, psychologique, politique et le pouvoir passent par l'image ? Ne sommes-nous pas entourés de Big Brothers dont nous devenons parfois les esclaves consentants, voire les collaborateurs ? Je m'interroge...

Yohan 07/09/2009 19:43


D'ailleurs, tu noteras que l'émission précurseur de la télé-réalité aux Etats-Unis se nommait ... Big Brother !!! Les marchands et les manipulateurs savent très bien ce qu'ils font, et comment ils
peuvent mettre dans leur poche des spectateurs souvent naifs face au pouvoir de ceux qui les abreuvent d'images (et bien entendu soutenus pas les politiques, car plus les citoyens passent de temps
devant la télé, moins ils le sont, citoyens !)