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8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 07:18

Hannah Musgrave est la propriétaire d’une ferme bio qu’elle tient avec trois employées. Mais la vie de Hannah, paisible et douce, au bord d’un lac, ne l’a pas toujours été. Et lorsque subitement lui prend l’envie de retourner au Liberia, pays où elle a déjà séjourné deux fois de manière prolongée, elle retrouve les fantômes qui ont marqué sa vie africaine : son mari Woodrow, ministre de la santé, ses enfants, la guerre civile et les chimpanzés.

 

Hannah Musgrave est une femme de combat. Etudiante dans les années 60, elle a pris part à tous les rassemblements étudiants contre la guerre au Viet-Nam. Elle a même été plus loin : elle a monté et dirigé des groupes aux actions plus musclées. C’est en fuyant la police qu’elle a été obligée de se réfugier dans la clandestinité sous le nom de Dawn Carrington puis de fuir en Afrique, au Ghana et au Libéria, où elle a rencontré son futur mari. Il vivra au Libéria dans le luxe, son mari parvenant à conserver son poste de ministre malgré les changements de régime. Mais la guerre mettra fin à cette vie, et poussera Hannah à rentrer aux Etats-Unis pour diriger sa ferme.

 

American Darling est un roman riche : de la situation de groupe qualifié de terroriste dans les années 60 au déclenchement de la guerre civile au Libéria qui mène Charles Taylor au pouvoir (à noter qu’il est actuellement jugé pour crimes), on découvre la vie de deux pays intimement melés. Car Russell Banks profite de ce roman pour donner au lecteur un cours sur l’histoire de ce pays, comment les Etats-Unis ont choisi qu’il soit indépendant tout en gardant la main sur tout ce qui s’y passe. Même lors de la guerre qui oppose trois mouvements (le pouvoir et deux mouvements rebelles), ce sont les Etats-Unis qui mènent la danse, en ayant choisi le vainqueur. Hannah sera d’ailleurs, contre son gré, un des instruments qui mènera Taylor au pouvoir et qui précipitera la fin de sa famille.

 

Le personnage d’Hannah Mugrave ne m’a pas énormément intéressé. D’ailleurs, Russell Banks ne fait rien pour rendre ce personnage sympathique. Jeune fille en rupture avec la société, elle ment à tous et même à ses proches pour se protéger, avant de filer en Afrique avec un camarade louche, puis de se marier à Woodrow. Là, elle abandonne toute velléité contestatrice : elle accepte tout ce que veut son mari, alors que son amour pour lui n’est pas flagrant. Elle ne s’occupe pas de ses enfants, qu’elle laisse aux soins d’une cousine de son mari. Son seul but, qui apparaît petit à petit et qui deviendra son ultime combat en Afrique, est de sauver les chimpanzés, animaux maltraités, utilisés pour des tests cosmétiques ou pharmaceutiques ou comme animaux de compagnie, et qui subissent des sévices. En dehors de cela, elle devient une femme sage, docile, à l’opposé de celle qu’elle était étudiante. Cette dichotomie m’a paru trop abrupte, soudaine, pour être totalement crédible.

 

En revanche, la plongée dans le Libéria est fascinante, comme ce voyage que fait Hannah pour rencontrer la famille de son époux. Hannah est une ombre, un fantôme, son mari ne se préoccupe aucunement d’elle, la famille se contrefiche de la voir, et elle découvre le monde clos d’une tribu, perdue dans le nord du Libéria, qui voue une admiration sans borne pour Woodrow, celui qui a réussi. La description des mécanismes menant à la guerre civile et le plaidoyer pour le sauvetage des singes sont également très intéressants.

 

Russell Banks signe avec American Darling un livre riche, foisonnant, où le sujet l’emporte sur les personnages qui y jouent. Et ce n’est pas rien d’intéresser pendant plus de 500 pages un lecteur qui n’a que peu d’empathie pour le personnage principal !
 

 

A noter l'excellente interview de l'auteur par mes camarades du Biblioblog, publiée l'an dernier !

 

American Darling, de Russel Banks

Traduit de l'anglais par Pierre Furlan

Ed. Babel

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commentaires

Karine :) 10/08/2009 01:50

Je n'ai jamais lu Russel Banks non plus... j'hésite avec ce livre.  J'ai souvent du mal quand les personnages principaux sont plus ou moins sympathiques...

Yohan 11/08/2009 18:47


Là, il l'est plutot moins, sympathique !


Emeraude 08/08/2009 08:58

je n'ai encore jamais lu Russell Banks mais apparemment c'est un tort ! :-)

Yohan 09/08/2009 18:44


C'était une première expérience intéressante, qui mériterait d'etre poursuivie !