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2 août 2009 7 02 /08 /août /2009 07:32

Cet été est propice aux ressorties de films. Au mois de juin, ce sont deux longs métrages de Ettore Scola qui ont le droit à une nouvelle vie en salle : Une journée particulière et Affreux, sales et méchants. Je n’ai pas vu le second, mais le premier le mérite vraiment.

 

La journée particulière dont il est question est le 6 mai 1938, jour de la visite de Hitler dans l’Italie mussolinienne. Ce jour est une fête pour les italiens qui participent en masse aux rassemblements organisés à Rome. Dans un ensemble d’immeubles ne restent qu'Antonietta, mère d’une famille nombreuse, Gabriele, un homme de radio écarté à cause de ses préférences sexuelles, et la concierge. Antonietta et Gabriele se rencontrent pour la première fois, et découvriront le mode de vie de l’autre. Si Gabriele connaît les milieux pro mussoliniens, Antonietta va découvrir que certains de ses compatriotes ne partagent pas son admiration pour le Duce.

 

Le film est admirablement construit. Les premières images sont celles de documents d’époque, évoquant le trajet effectué en train par Hitler pour rejoindre Rome. La foule est massée le long des voies, Hitler est satisfait de l’accueil qui lui est fait, des drapeaux aux croix gammées fleurissant sur l’ensemble du parcours. Puis on entre dans l’intimité de la vie d’Antonietta, qui doit préparer ses enfants et son mari à cette grande journée. On la suit en train de trimer pour que tout soit prêt, et on saisit le sacrifice qu’elle fait en n’assistant pas au défilé lorsqu’elle ouvre le livre contenant toutes les photos du Duce qu’elle collectionne. Ensuite, par l’intermédiaire de l’envol de l’oiseau domestique dans la cour, Antonietta est obligé de rencontrer Gabriele, l’oiseau s’étant posé sous ses fenêtres. On découvre cette relation à deux, de deux personnes qui n’ont rien à échanger et qui se côtoient pour quelques instants.

 

Ces rencontres donnent lieu à des scènes formidables, en particulier dans la cuisine d’Antonietta, ou sur le toit de la construction où les femmes étendent le linge. On y sent à la fois l’attirance physique des deux personnages et le fossé culturel et politique qui existe entre eux. Cette distance ne sera résolue que par un événement pénible et douloureux, qu’Antonietta peut comprendre grâce à ses discussions avec Gabriele.

 

L’un des points forts du film est la bande-son. Pendant tout le film, le spectateur entend la radio (celle d’Antonietta, de la concierge, ou via les hauts-parleurs) qui relate la rencontre entre Duce et Hitler. Jamais on ne peut oublier l’événement historique qui se joue alors que ces deux personnages se découvrent. Cette astuce de Scola est formidable car elle permet de conserver au premier plan cette trame de fond.

 

L’autre point fort est lié à l’interprétation de Sofia Loren et de Marcello Mastroianni. Tous les deux utilisés dans des emplois bien différents de leur jeu habituel, ils excellent par leur retenue et la violence qui sourd. Dans cette Italie joyeuse et unanime, on ressent la puissance politique qui étrangle le pays et pousse les citoyens dissidents à se taire ou à mourir.

 

Ettore Scola signe un film original et merveilleusement maîtrisé, sur un épisode historique vu par la petite fenêtre, mais qui n’est jamais relégué au second plan. Du grand art !

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commentaires

julie 06/08/2009 09:27

Tout à fait d'accord Yohan, allez voir ce film! Et comme tu soulignes le son du film, qui est un élément souvent plus important qu'on le croit (on n'y prête pas forcément attention pourtant il crée l'ambiance), je dirai un mot de l'image. Le film commence par des documents sépia de 1938. Ensuite, l'image passe à la couleur, mais une couleur atténuée, un peu grise, loin du côté un peu coloriage de la photo des années 70. Cette couleur met de la distance avec l'époque du tournage, et aussi porte un jugement sur la grisaille de cette vie, en opposition au clinquant des parades fascistes. Autant que l'histoire, le son et la photo font ce film!

Yohan 09/08/2009 18:44


Tu fais très bien de parler de l'image, que je n'ai pas évoqué (ce que tu fais très bien), car elle participe totalement de l'atmosphère particulière qui se dégage. Merci pour ces précisions !


Franck Bellucci 04/08/2009 17:41

Je garde un souvenir ébloui et ému de ce film et ce billet me donne vraiment envie de le revoir...

Yohan 09/08/2009 18:41


J'espère pour toi que tu auras l'occasion de le visionner à nouveau !