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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 07:39

Sergipano est un jeune paysan qui a quitté sa terre natale, le Sergipe (région du Brésil qui lui donne son nom), pour devenir ouvrier (ou plutôt esclave dans une cacaoyère). Fils d’un entrepreneur qui a tout perdu à cause d’un oncle ambitieux et sans scrupules, il se confronte à la vie en communauté dans les plantations de Mané-la-Peste, découvre la pauvreté de tous les travailleurs qui comme lui n’arrivent pas à économiser un peu d’argent pour quitter ce poste. Sergipano connaît un maigre répit lorsque la fille du propriétaire décide de faire de lui son esclave particulier lors des quelques jours qu’elle passe dans la plantation.

 

Jorge Amado, auteur brésilien, décrit dans ce court roman la vie de ces ouvriers agricoles écrasés par le travail, par la cupidité de ce propriétaire terrien prêt à massacrer un de ses employés lorsqu’il détruit la moindre cabosse de cacao. On suit les aventures de Sergipano et de ses compères d’infortune, affamés, comme Colodino, Joao Grilho ou Honorio l’homme de main qui réussit à manipuler le propriétaire car il a des informations compromettantes le concernant. On rencontre aussi des femmes qui font « la vie », c'est-à-dire qu’elles vendent leurs corps aux hommes qui trouvent à leurs cotés le peu de distraction de leur vie de labeur. Et l’existence de Magnolia, de Mariette ou d’autres filles très jeunes n’a rien à envier à celles de leurs compagnons d’infortune.

 

Ce court roman, le second de l’auteur qui veut plus en faire un documentaire sur la vie de ces ouvriers qu’une fiction, est également l’occasion de décrire les mœurs immorales et déviantes des propriétaires. Outre Mané-la-Peste, le propriétaire, on découvre la figure de Joao Vermelho, le tenancier des cordons de la bourse qui considère l’argent comme si c’était le sien. L’être le plus exécrable de cette famille est sans conteste le fils, homme de bonne famille qui poursuit des études en ville, et qui viole les jeunes filles du village lorsqu’il revient auprès de ses parents. Et puis il y a Maria, la fille du propriétaire qui fait tout son possible pour que Sergipano quitte son statut d’ouvrier pour qu’il vienne vivre auprès des riches. Mais Sergipano, écoeuré par les inégalités qu’il observe, et tenu au courant des nouvelles théories ouvrières concernant les grèves et le communisme, refuse cette vie confortable pour défendre ceux qui souffrent.

 

Jorge Amado signe là un roman intense, qui plonge le lecteur au sein du Brésil des années 1930, au milieu de la moiteur des cacaoyères et de la violence sociale de ce pays. Un roman qui peut avoir des résonances particulières en cette période…

 

Extrait :

 

« Jaque ! Jaque ! Les gamins grimpaient aux arbres comme des singes. Le fruit tombait  - boum – et eux se jetaient dessus. En peu de temps, il ne restait plus que l’écorce et les déchets, que les porcs dévoraient gloutonnement.

Les pieds écartés semblaient des pieds d’adultes, le ventre était énorme, gonflé par les jaques et la terre qu’ils mangeaient. Le visage jaune, d’une pâleur terreuse, accusait l’héritage de maladies terribles. Pauvres enfants blafards, qui couraient au milieu de l’or des cacaoyers, en haillons, les yeux éteints, à demi idiots. La plupart d’entre eux travaillaient à la mise en tas dès l’age de cinq ans. Ils restaient ainsi, petits et rachitiques, jusqu’à dix ou douze ans. Puis soudain apparaissaient des hommes trapus et bronzés. Ils cessaient de manger de la terre, mais continuaient à manger des jaques. »

 

Cacao, de Jorge Amado 

Traduit du portuguais

Ed. Stock - La cosmopolite

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