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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 11:18

Carmen est aujourd’hui plus connue pour sa version opéra signée Bizet et Halévy que pour sa version nouvelle contée par Mérimée. Avant d’assister, fin juin, à une représentation scénique à l’Opéra Comique, j’ai mis le nez dans la version première. Et si la trame de l’opéra y est présente, Mérimée y ajoute beaucoup de considérations personnelles.

 

Petit résumé. Un archéologue se rend en Andalousie pour retrouver les ruines de Munda, lieu d’une bataille livrée par Jules César. Lors de ses recherches, il rencontre Don José, brigand notoire réputé dans la région. Après lui avoir sauvé la vie, il le perd de vue. Dans une auberge, il rencontre une bohémienne, qui lui vole sa montre, et il y retrouve Don José, qui connaît très bien cette voleuse. Plus tard, notre archéologue rencontre une dernière fois Don José, en prison, avant son exécution. C’est là que Don José raconte les raisons qui l’ont amené là, et son histoire avec cette gitane, la Carmencita.

 

Le roman s’ouvre par un long prologue, caractéristique des romans du XIXeme siècle, où un personnage sera le dépositaire du récit qui sera le centre de l’œuvre. Ici, l’archéologue est le double de Mérimée, qui avait été nommé inspecteur des Monuments historiques. Lors de ce prologue, cet archéologue fait des rencontres qui seront décisives pour le récit, mais le lecteur oublie très vite l’objectif premier de ce voyage, la découverte de Munda, qui est pourtant un des sujets archéologiques les plus importants du moment, dixit l’archéologue.

 

Puis le récit avance, avec l’arrivée de cette bohémienne, pour le moment mystérieuse mais qui se dévoilera dans le récit de Don José une vraie diablesse. Car c’est bien ce récit du condamné à mort qui est le plus intéressant. Don José y raconte la passion subite qu’il a eu pour cette femme lorsqu’elle a jeté une fleur à ses pieds, comment il lui a permis de s’évader alors qu’elle devait aller en prison, son engagement parmi les contrebandiers. Surtout ce roman a pour sujet le combat entre la jalousie maladive de Don José, constamment soupçonneux envers Carmen, et la volonté de liberté de Carmen, femme magnétique mais qui utilise ses charmes pour rouler ses amants.

 

Cette jalousie atteindra son paroxysme lorsque le mari de Carmen rejoint la bande. Don José, ne pouvant contenir sa jalousie, le tue lors d’un duel. Ce qui n’effraie pas Carmen, plutôt flatté de cet acte de courage, même si elle raille constamment le sens de l’ordre et de la discipline de son « amant ».

 

Cette partie est celle qui sert au livret de l’opéra de Bizet. Il a conservé les éléments importants (le combat à la manufacture de tabac, l’évasion de Carmen et le rendez-vous chez Lilas Pastia, l’engagement de Don José chez les contrebandiers). Bizet n’a pas repris le personnage du mari de Carmen, mais a conservé celui du toréador, Lucas dans la nouvelle, Escamillo dans l’opéra, et lui a même donné un rôle plus important (pour faire simple, il rassemble le mari et le toréador de la nouvelle).

 

Mérimée fait avec cette nouvelle une plongée dans le monde des tziganes, ou rom, dont il reprend à de nombreuses reprises le vocabulaires spécifiques (rom pour mari, romi pour femme, minchorro pour amant). La dernière partie de la nouvelle est d’ailleurs surprenante, car le narrateur-auteur nous expose sa théorie sur le monde gitan. Quoique empreint d’une certaine condescendance, cette partie de la nouvelle a le mérite de mettre en scène un peuple très souvent dénigré.

 

A ce sujet, je vous conseille de lire le très bon dossier consacré au peuple tzigane paru dans le dernier numéro des Collections de la revue Histoire (en couverture, on y parle de la Renaissance). L’auteur, Henriette Asséo, y expose les origines de ce peuple, son implantation en Europe et l’évolution de la façon dont il a été considéré. Comme souvent, il a servi de bouc émissaire lors des périodes économiques difficiles, comme les juifs ou les étrangers. Malheureusement, cette période n’est pas terminée pour les tziganes, souvent vus de manière négative alors qu’eux aussi ont subi les atrocités nazies. Mais le fait que deux populations aient subi un même traitement barbare n’amène pas nécessairement une même considération aujourd’hui. Et dans la période actuelle de marasme économique, et de chasse aux sans-papiers (et aux Tziganes, comme en Italie), cette histoire est très instructive sur les mécanismes constamment utilisés pour créer une unité contre un « adversaire » commun, phénomène peu coûteux politiquement mais inadmissible pour toute organisation humaine se disant civilisée.

 

Carmen, de Prosper Mérimée

Ed. Pocket

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commentaires

Karine:) 02/05/2009 03:17

Je viens justement d'aller voir l'opéra... ça pourrait être intéressant de lire le livre.  Je ne savais même pas que c'était de Mérimée, dans toute mon inkulture!!

Yohan 02/05/2009 15:37


Voilà pour ton inkulture ;-))) Après avoir vu l'opéra, il doit etre intéressant de lire cette nouvelle pour constater les libertés qu'ont pris Bizet et surtout Halévy (qui signe le livret) par
rapport au texte original.


Neph 01/05/2009 19:27

J'étais gamine quand je l'ai lu, et il m'a profondément marqué, je devrais le relire parce que j'en avais oublié certains aspects !

Yohan 02/05/2009 15:35


Je pense que si tu étais assez jeune, tu n'as conservé de ce récit que la partie centrale, consacrée à l'histoire entre José et Carmen. Mais Mérimée y ajoute son empreinte de manière assez
inattendue, et ma foi assez instructive.