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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 09:14

Cela doit être la première fois que je vois une pièce pour la seconde fois, dans une autre mise en scène. Après la jolie mise en scène de la pièce de Tchekhov au Studio-théâtre d’Asnières l’an dernier, c’est cette fois-ci au théâtre de la Colline que j’ai retrouvé Lopakhine, Lioubov Andreevna et Petia. Et ce fut à nouveau un grand plaisir.

 

Retour rapide sur l’intrigue : après avoir passé plusieurs années en France, Lioubov Andreevna revient en Russie, avec sa fille. Riche propriétaire, elle a dilapidé sa fortune, et se voit contrainte de vendre la cerisaie, son lieu préféré. Et cette cerisaie, qui ferait un endroit idéal pour accueillir les touristes, est l’objet des convoitises de Lopakhine, fils de moujik et nouveau riche.

 

Ce texte de Tchekhov est intense, tendre et émouvant. L’intensité du récit est liée à l’ensemble des personnages qui interviennent, et qui représentent tous une facette de la Russie du début du XXeme siècle, pays sur le point de connaître de vives transformations. Ce monde des propriétaires terriens, qui ne saisissent pas la situation sociale et restent enfermés dans leurs anciens idéaux, est parfaitement rendu. Ainsi, le fait de situer le premier acte dans la chambre d’enfant de Lioubov Andreevna représente cette volonté de rester dans le passé, de refuser ce qui va irrémédiablement arriver. La présence de Firs, le serviteur qui regrette le temps du servage et qui hante le plateau, est une autre manière de montrer cet attachement maladif. Malgré tout, ce monde vacille, et le bal organisé n’est qu’un leurre pour masquer une vérité désagréable à entendre.

 

Dans cette représentation, le metteur en scène Alain Françon a fait le choix pour les décors de s’inspirer de ceux utilisés lors de la première représentation de la pièce par Constantin Stanislavski. Se succèdent la chambre d’enfant, une scène champêtre, un bal dans le salon, puis retour dans la chambre d’enfant, qui se vide de ses occupants en partance pour la ville. Comme un retour à la case départ, sauf que la situation a changé, et qu’elle ne sera jamais comme avant. Les décors sont très beaux, en particulier ceux du troisième acte (le plus réussi à mon goût), avec ce merveilleux bal, une violoniste et une magicienne qui donnent tout le piquant à cette pièce, symbolisant le décalage de cette société.

 

La distribution est très intéressante, en particulier les rôles masculins. Jérôme Kircher incarne Lopakhine, le moujik heureux de prendre sa revanche face à ces nobles qui ont exploité ses parents. Avec un phrasé particulier, il donne à ce personnage une dimension de victoire, de cynisme de nouveau riche prêt à tout pour accroître son patrimoine. Face à lui, on retrouve cette famille, avec notamment Dominique Valadié (Lioubov) et Didier Sandre (son frère), qui représentent cette société de privilégiés, qui a toujours vécu sur ses héritages. Philippe Duquesne joue un paysan au bord de la ruine et porté sur la boisson, qui ne cesse de ponctionner Lioubov. Sa truculence est la bienvenue dans ce monde si mesuré. Et enfin, Jean-Paul Roussillon est un très bon Firs, ce serviteur d’un autre temps à qui on n’hésite à demander quand il partira, estimant qu’il a fait son temps. Les rôles des personnages plus jeunes sont un peu plus inégaux, mais Pierre-Félix Gravière (Petia) et Julie Pilod (Varia, la fille adoptive), sont également intéressants.

 

Voilà donc une représentation que je conseille vraiment, et cette pièce se jouera jusqu’au 10 mai au théâtre de la Colline.

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commentaires

fashion 04/04/2009 00:42

Ah ben moi je me suis un peu ennuyée, j'ai trouvé la mise en scène guindée et trop académique. Quant aux décors, j'ai eu l'impression qu'ils avaient récupéré les décors des Trois soeurs, montée à la Colline il y a quelques années. Les actrices n'étaient pas toutes bien dirigées  (notamment Varia qui m'a porté sur les nerfs).

Yohan 05/04/2009 13:25


Pour la mise en scène, j'admets qu'elle est assez académique, mais je crois que j'aime bien cela, une pointe d'académisme (pas tout le temps, bien entendu). Pour les décors, je ne sais pas si c'est
du recyclage, n'ayant pas vu les Trois soeurs, mais ce serait furieusement tendance, lé recup des décors ;-)
Concernant la distribution, j'ai trouvé comme toi que les roles féminins avaient été moins approfondis. Pour Varia, elle ne m'a pas spécialement gené. L'autre mise en scène que j'avais vu lui
donnait un role similaire, desoeur acariatre et toujours à craindre le pire. Mais pas d'ennui, loin de là ;-)