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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 07:44

Pénélope est mondialement connue pour être la femme d'Ulysse. Mais ce que l'on connaît moins, c'est la vie qu'a menée Pénélope pendant les vingt années d'absence de son mari, et surtout ce qu'elle a ressenti lorsqu'il  est revenu déguisé en mendiant et qu'il a tué tous les prétendants de la dame. Outre ses prétendants, il a également tué les douzes servantes qui avaient couché avec les prétendants, pour des raisons que Pénélope dévoilera. D'outre-tombe, Pénélope et les douze servantes nous racontent ce tragique épisode.

Margaret Atwood signe une relecture de l'Illiade et l'Odysée, d'un point de vue féminin et iconoclaste. Féminin, car tous les narrateurs sont ici des femmes, ce qui fait pendant aux récits d'Homère qui mettent en exergue la puissance, la gloire, l'héroisme des hommes, et la ruse d'Ulysse. Iconoclaste, car Pénélope n'est pas ici la tendre épouse qui monte des stratagèmes pour attendre sagement son mari. Elle expose les rancoeurs qu'elle a vis à vis de sa belle-famille, l'inimitié et la jalousie avec la nourrice d'Ulysse, et un regard pas toujours très maternel sur Télémaque. Son language est familier, parfois vulgaire, loin des précautions attendues d'une reine. On découvre aussi une enfance traumatisante, avec ce père qui a essayé de la noyer, et son lien de parenté avec Hélène, cousine qu'elle déteste.

L'auteur fait preuve d'une belle érudition sur les histoires mythologiques, et elle n'hésite pas à en désacraliser certaines (je vous laisse le plaisir de découvrir qui étaient vraiment le cyclope, les sirènes ou Circé). Elle connait également bien le théâtre de l'époque, puisqu'elle reprend les formes antiques, notamment celle du choeur, lorsque les servantes s'expriment.

Néanmoins (car il y un mais), j'ai eu du mal à appréhender ce roman autrement que comme un exercice de style, réussi parfois, moins convaincant à d'autres moments (notamment lorsque Pénélope se fait plus vulgaire). C'est un peu le danger avec les romans trop documentés et les réécritures, et mon ressenti est que Margaret Atwood n'a pas complètement évité cet écueil.

Malgré cette réserve, ce fut une lecture intéressante, car elle m'a replongé dans mes connaissances mythologiques qui malheureusement s'étiolent peu à peu, comme j'avais déjà pu le constater avec Idomeneo.

Livre de la chaine des livres proposé par Argantel (qui a fait cela comme une pro, avec une feuille glissée dans le roman pour que chacun y mette ses appréciations).

 

L'odysée de Pénélope, de Margaret Atwood

Traduit de l'anglais par Lori Saint-Martin et Paul Gagné

Ed. Flammarion

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commentaires

Fifie 07/05/2012 18:05


Bonjour,


merci pour votre analyse. Je suis bien tentée de lire l'Odyssée de Pénélope mais je crains (après lecture des commentaires) qu'il s'agisse d'un roman féministe.


Quand on entend l'auteur dire que "le prix de la liberté c'est la vigilance éternelle", bonjour l'épanouissement féminin ! Pénélope est une femme exceptionnelle élevée au rang de mythe pour sa
fidélité par amour à Ulysse et son ingéniosité.


Casser les mythes par projection des maux contemporains sur la société grecque c'est comme lui reprocher de n'avoir pas inventé le savon avant l'heure.


Attention à l'orthographe de "langage".

Yohan 13/05/2012 16:14



Bonjour,


j'avoue que j'ai un peu de mal à suivre votre raisonnement. L'objectif de Margaret Atwood n'est pas de reprocher quoi que ce soit à Pénélope ou à la civilisation grecque mais d'offrir une
nouvelle lecture du mythe d'Ulysse au travers des yeux de Pénélope.


Quant à l'aspect féministe du roman, il est revendiqué et assez bien utilisé.



yueyin 27/03/2009 12:24

J'avais beaucoup aimé ce livre qui m'a séduite par tous les aspects que tu cites mais aussi par l'analyse anthropologique derrière (le passage d'un monde de femmes à celui d'un monde dominé par les hommes) je le relierai volontiers !

Yohan 29/03/2009 13:37



Effectivement, on passe d'un monde de femmes (Pénélope, les servantes, la nourrice,..), à celui où les hommes dominent (Ulysse, Télémaque). N"anmoins, il reste l'image des prétendants, ombres
aggressives dans le premier cas, victimes dans le second. Le lien homme/femme est donc intéressant, et assez ambigu ! 



choupynette 24/03/2009 14:05

un exercice en effet potentiellement périlleux, mais qui vaut le coup d'être lu, d'après ce que tu en dis!

Yohan 25/03/2009 22:31


En effet, cela vaut le coup de ce forger son avis !


julie 23/03/2009 00:02

Pas lu pas pris, mais ça me rappelle Marion Zimmer Bradley qui avait écrit les Dames du lac, la version côté femmes des chevaliers de la table ronde...idée intéressante qui devient à la mode?

Yohan 25/03/2009 22:00


Oui, il me semble que c'est une idée qui a fait son chemin, de donner voix au chapitre à celles qu'on laisse de coté dans toutes les tragédies. Pour les dames du lac, il faudra que je révise ma
légende arthurienne, car je suis moins calé en légende anglo-saxonnes (ma connaissance se limite à Sacré Graal, c'est dire ;-)


Karine :) 22/03/2009 14:01

J'ai tendance à aimer les réécritures alors j'ai noté celui-ci... mais je vais devoir relire ma mythologie avant, je pense!!

Yohan 25/03/2009 21:46


Cela te plaire alors. Pour la mythologie, il fait surtout connaitre un minimum l'Odysée, et un poil l'Iliade, car il est question à plusieurs moments d'Hélène. Mais une connaissance pointue n'est
pas non plus nécessaire !!