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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 09:21

Le Prince et Hermiane se sont disputés. La raison de cette querelle ? Savoir qui, de l’homme ou de la femme, est le principal responsable des problèmes de couple. Question éternelle, que le père du Prince avait déjà entendue, vingt ans auparavant. Pour trancher ce débat, il avait alors décidé d’enfermer quatre enfants, deux filles et deux garçons, dans la forêt, sans qu’ils puissent se voir l’un l’autre. Le but ? Découvrir qui, à l’état naturel, est le plus coupable des troubles. Le Prince considère que le moment est venu de faire se rencontrer les jeunes gens. Eglé, Azor, Adine et Mesrin vont donc se découvrir, encadré par deux servants noirs, Carise et Mesrou.


Cette pièce débute comme un vrai marivaudage. Au début de la pièce, le Prince et Hermiane sont seuls sur scène, et se prêtent à des jeux amoureux quelque peu polissons. Mais rapidement, le thème de la pièce se fait plus ambitieux : en restant fidèle à ce qui a fait sa réputation, Marivaux investit un débat qui lui est contemporain, sur la nature profonde de l’être humain, et sur l’état de nature. Cette pièce prend donc place dans le débat, qui pour être schématique (j’avoue ma relativement grande inculture sur ces sujets philosophiques) oppose Hobbes et son « l’homme est un loup pour l’homme » et certaines idées des Lumières en vogue au XVIIIeme Siècle, rendues célèbres en particulier par Rousseau pour qui l’homme est naturellement bon.


Sur ce fond de débat philosophique, non encore terminé lorsque Marivaux écrit cette pièce, l’auteur déplace cette question pour la transposer dans les relations amoureuses : les hommes sont-ils les plus aptes à être infidèles ? Ou les femmes sont-elles les plus fautives ? Eglé et Azor forment un « couple naturel », mis en question par l’arrivée de Mesrin et Adine. Le quatuor se recompose donc pour former deux nouveaux duos, différents des initiaux.


Le spectateur découvre donc ces quatre personnages, qui toute leur vie n’ont vu que deux serviteurs noirs. Imaginez donc l’émoi d’une jeune fille devant un garçon, blanc qui plus est ! Et lorsqu’un autre garçon entre en scène, l'envie de nouveauté et de découverte l'emporte, au grand dam des serviteurs Carise et Mesrou.


Dans cette mise en scène de Murielle Mayette, j’ai beaucoup aimé la partie où on découvre ces jeunes gens, et où ils se découvrent également. On y sent la découverte et la fougue de cette jeunesse, en particulier les filles. La découverte de son reflet dans le miroir, puis dans la rivière par Eglé donne lieu à une scène irrésistible d’auto-satisfaction. Les garçons sont plus timides, ballottés par ces caractères féminins trop affirmés pour eux. Les deux serviteurs, sorte de démiurges scéniques, organisent les entrées sur scène, dans un très beau décor, sobre, fait de panneaux de bois et d’un trou au centre de la scène rempli d’eau.


Les six interprètes de cette partie du spectacle sont tous très intéressants. Anne Kessler signe une très fraîche et mutine Eglé, et Véronique Vella lui répond sur un autre registre intéressant également. Les deux garçons, Stéphane Varupenne et Benjamin Jungers, sont remplis de cette crainte de la découverte, et leur aspect enfantin donne lieu à une scène hilarante, lorsqu’ils se mettent à sauter. Bakary Sangaré, dont j’aime beaucoup la voix et le phrasé, signe une composition surprenante, celle de Carise qui est une femme. Mesrou, son mari est incarné par Eebra Traoré, qui avec un regard très particulier instaure une sensation de crainte dans la pièce. La conclusion de la pièce, avec les deux serviteurs, permet un recul tout à fait intéressant face à ce que le spectateur vient de voir.


En revanche, je suis beaucoup plus sceptique sur le Prince (Thierry Hancise) et Hermiane (Marie-Sophie Ferdane). Ils sont peu présents sur scène, leur entrée en matière est surprenante et pas très convaincante, mais surtout, ils jouent avec un micro, ce qui crée une distance tout à fait désagréable. De plus, des problèmes de micro créaient des parasites, ce qui fait que les deux acteurs évitaient les déplacements par crainte de produire des bruits intempestifs. Soit, au final, une lenteur, une sensation d’engoncement des acteurs, ce qui empêche une véritable entrée en matière. Mais cela ne dure heureusement que dix minutes, et la suite vaut vraiment le coup d’œil.

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