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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 07:11

Après la belle découverte de Ce silence-là, le premier roman de Franck Bellucci, l’auteur publie un recueil de nouvelles au titre assez intriguant et inquiétant : Et pour le pire ! Et le pire, on le côtoie de prêt dans ces quatorze « fragments de vie », comme l’indique le sous-titre.

 

Le pire se cache ici dans des incidents, des événements qui transforment la vie des personnages : l’accident mortel, le deuil, la folie dans laquelle on tombe, la maladie. Des moments terribles, qui tombent sur les individus sans qu’ils s’y attendent, et qui ne savent pas comment réagir, coincés entre colère et chagrin. Comme dans la nouvelle inaugurale, Choc frontal, et la dernière du recueil, La dernière cigarette, où un accident de la route bouscule la vie des proches des accidentés. On plonge dans les secrets de famille, comme dans Ton frère, ou dans les affres de la séparation conjugale dans Un père qui pleure. Dans d’autres cas, c’est la folie qui domine, la folie liée à une douleur qu’on n'accepte pas dans Et pourtant je l’aimais… Une pointe de fantastique surgit même dans Les Anges noirs, nouvelle où chacun se retrouve confronté à ses propres turpitudes.

  

La difficulté des recueils de nouvelles, c’est que le lecteur a souvent ses préférés. Dans ce cas-ci, ma préférence va aux nouvelles qui dévoilent, lentement, le secret qui mine le personnage principal (Ton frère), et à celle où l’on sent l’amour (A lundi), la détresse des personnages. Dans Un père qui pleure, on ressent à travers les propos de l’enfant la détresse qui étreint le père au moment du départ. Dans plusieurs nouvelles (L’abandonné), on ressent la culpabilité qui touche les enfants ou conjoints contraints d’abandonner leur proche qui dans un hôpital, qui dans une maison de retraite. La nouvelle que je retiens le plus est Un dimanche matin, la tête entre les mains, qui aborde ce thème de la culpabilité sur un autre mode : celle vis-à-vis des actes de ses parents, actes que le personnage, adolescent, n’arrive pas à concevoir.

   

Je suis plus réservé concernant les nouvelles un peu plus crues, comme Monstre, La grande amoureuse ou Diptères et autres merveilles. J’ai l’impression que Franck Bellucci a envie de choquer son lecteur, de l’interpeller, mais de manière assez gratuite. Dans Monstre, par exemple, la nouvelle aurait peut-être gagné à se terminer de manière moins provocante.

Je dois néanmoins reconnaître la maîtrise d’écriture de l’auteur, qui change assez aisément de style et de registre de langue, adaptant la construction syntaxique et les dialogues à chaque situation. Recueil qui confirme donc les qualités aperçues dans Ce silence-là, et la capacité de l’auteur à écrire sur le secret, le trouble qui assaillent les personnages.


L'avis de Laurence.

 

Et pour le pire - Fragments de vie, de Franck Bellucci

Ed. Demeter

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commentaires

BernartZé 24/03/2009 22:07

     Si j'ai pu apprécier la majeure partie de votre analyse concernant ce recueil de nouvelles, je ne peux que déplorer que vous soyez -selon moi- passé à côté des histoires qui vous ont apparemment paru trop crues et provocantes, et ce de façon purement gratuite.     Que nenni !Il me semble, au contraire, que vous vous êtes privé d'un grand plaisir.Celui de pouvoir jubiler devant l'évocation de la noirceur de quelques êtres, pourtant tout aussi humains.Aucune gratuité ni provocation de la part de l'auteur, mais simplement l'envie et le goût -par jeu- de mettre en lumière les zones plus obscures habitant des âmes, peut-être plus torturées, moins aimables à coup sûr.           Comment, par exemple, ne pas songer aux Diaboliques de Barbey d'Aurevilly en lisant la nouvelle "Une grande amoureuse" ?Le bonheur est -parfois- dans le crime !...                                                             ...                                                                  B.

Yohan 25/03/2009 22:37


Je vous remercie de vos remarques, Bernatzé. Malheureusement, je pense que vous ne réussirez pas à modifier mon ressenti de lecture. Dans le genre noirceur des etres, je préfère la façon dont le
raconte Régis Jauffret, par exemple. Cela n'enlève rien au reste du recueil, que j'ai trouvé réussi !