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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 09:48

Lamia est infirmière à Alger. Femme seule dans un pays en proie aux furies des intégristes, elle rumine son passé : la mort de ses parents, celle de sa sœur, et le départ de Sofiane, son frère. Ce dernier a décidé de quitter la vie algérienne pour tenter sa chance en Europe : il est devenu harraga, brûleur de routes, un parmi tant d’autres qui attend certainement à la frontière de pouvoir traverser le détroit de Gibraltar. Mais la vie de Lamia est bouleversée par l’arrivée de Chérifa, jeune fille très vive, enceinte, envoyée à Alger par Sofiane. Lamia renaît, avec cette arrivée inattendue dans sa triste vie.

 

Harraga n’est pas un roman facile. Il traite d’un sujet sensible, la fuite des jeunes algériens vers les contrées jugées plus clémentes de l’Europe. C’est aussi la description d’un pays au bord de la rupture, l’Algérie prise entre les restes de l’occupation française et la montée des islamistes, prise dans les rivalités entre les différentes contrées (Alger vs Oran), où les femmes sont abandonnées à leur sort et où rien ne semble pouvoir les aider.

 

Lamia, pour (sur)vivre, s’appuie sur sa maison, cette maison qui a vu passer tant d’hommes d’origine différentes, qui est à elle seule une métaphore de deux siècles d’histoire de l’Algérie : le turc, l’acheteur revendeur qui réussit à rouler dans la farine ses clients,… Cette maison, seule point de repère de Lamia, est bousculée par Chérifa, jeune adolescente pleine de vie, qui la met sens dessus dessous. Et comme la maison, Lamia subit les bourrasques de cette furie.

 

On ne sait pas vraiment qui est Chérifa. Elle va, elle vient, elle exaspère Lamia en même temps qu’elle lui est indispensable. Chérifa n’hésite à rendre visite à Barbe Bleu, le voisin d’en face qui est un grand mystère pour Lamia.

 

Surtout, Boualem Sansal signe un roman politique. Roman, car les dimensions de la fiction et l’intérêt pour les héros existent : on se demande ce que vont devenir Lamia et Chérifa, si Sofiane pointera à nouveau  le bout de son nez. Mais politique car l’auteur n’hésite à défendre sa thèse, à décrire le calvaire que vivent les africains, rien que pour atteindre la côte Nord du Maroc. Pour cela, il décrit sur de nombreuses pages un reportage que Lamia voit à la télé sur les multiples dangers et les risques que prennent les candidats à la clandestinité, souvent clandestin bien avant leur arrivée en Europe. Car un malien en Algérie n’est pas forcément le bienvenu, loin de là. Et Lamia est happée par ce reportage, cherchant désespérément des yeux la silhouette de son frère dans la foule.

 

Harraga est un beau roman, qui se laisse apprécier à petites bouchées, car cette histoire est rude, dif ficile à entendre. Je suis heureux d’avoir croisé le chemin de ce roman, et je remercie pour cela Emmyne, pour  qui c’est le choix dans la Ronde des livres. Et je remercie bien entendu Ys pour avoir organisé avec maestria cette grande opération de découverte d’auteurs qui démarre sur de très bonnes bases.

 

 


"La culture est le salut mais aussi ce qui sépare le mieux"

Boualem Sansal, Harraga

 

Harraga, de Boualem Sansal

Ed. Folio

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commentaires

Karine :) 17/03/2009 21:33

La politique dans les romans, je trouve ça toujours un peu difficile... mais j'ai noté l'auteur (pour Le village de l'allemand) chez Amanda alors je le découvrirai plutôt par cette voie, je pense!

Yohan 17/03/2009 22:58


Quand je dis politique, c'est parce que l'auteur prend un angle où il donne un avis sur la situation de son pays, menacé par l'intégrisme religieux. On n'est pas dans un roman politique à
proprement parler comme Son excellence Eugène Rougon, dont j'ai parlé il y a peu. Il y a ici une fibre romanesque très importante !


amanda 11/03/2009 09:27

de cet auteur, j'ai aimé (beaucoup) Le village de l'allemand.... celui-ci devrait donc me plaire, donc ;)

Yohan 11/03/2009 17:52


Je te souhaite que ta poursuite avec cet auteur soit une réussite ! 


virginie 10/03/2009 19:53

Tu me donnes très envie de le lire. Heureusement, je suis la prochaine dans la chaîne !

Yohan 10/03/2009 22:22


Cela tombe bien, il vient justement de prendre la direction de chez toi ;-)


Mohamed Ali 10/03/2009 12:01

"Je suis heureux d’avoir croisé le chemin de ce roman, et je remercie pour cela Emmyne, pour qui c’est le choix dans la Ronde des livres. Et je remercie bien entendu Ys pour avoir organisé avec maestria cette grande opération de découverte d’auteurs qui démarre sur de très bonnes bases."Out ça pour un roman arabe? C'est touchant, quand même.

Yohan 10/03/2009 13:55


Quelle est l'insinuation que vous sous-entendez par ces quelques mots ? Je serai curieux d'en savoir plus...


Emmyne 10/03/2009 11:30

Ouf, tu n'as pas abandonné en cours de lecture. Je reconnais que ce n'est pas une lecture facile. Les pages sont intransigeantes, émouvantes aussi. Il faut entrer dans la maison, accepter le récit, ce n'est pas facile à partager. Et puis, je me suis laissée emporter par l'écriture de B.Sansal.

Yohan 10/03/2009 13:54


Abandonné !?! Voyons, ce n'est pas dans mes habitudes (j'ai beaucoup de mal à abandonner un livre en cours de route). Oui, le sujet n'est pas facile, c'est un roman prenant mais foncièrement
triste. J'espère que d'autres lecteurs de la ronde aimeront cet ouvrage !