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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 07:02

Eugène Rougon vient de présenter sa démission à Napoléon III. S’il n’est pas inquiet quant à son avenir, ses amis ne partagent pas son flegme : ils craignent tous de perdre les avantages que pouvaient leur procurer le ministre, que ce soit Kahn ou Béjuin les députés, Merle l’huissier, les Charbonnel qui souhaitent récupérer un héritage et Mme Correur qui promet des cadeaux qu’elle ne peut pas offir à ses amis. Mais le pire danger pour Rougon n’est pas celui qu’il croit, car Clorinde Balbi, la femme qui l’aime et qu’il a délaissé, se révèle être sa plus dangereuse adversaire.

 

Son excellence Eugène Rougon est un roman politique. L’intrigue est réduite à son minimum : on suit la chute, le retour en grâce puis la nouvelle déchéance politique de Rougon, instrument politique autoritaire dans les mains de Napoléon III. Outre cette plongée dans le milieu parlementaire et dirigeant du 2nd Empire, le lecteur assiste à la cour que mènent les multiples personnages, ou parasites, qui tournent autour du pouvoir. Ils mangent à tous les râteliers, n’hésitant pas à retourner leur veste  au moment opportun, napoléonien un jour, républicain un autre, légitimiste un troisième.

 

Pour tout dire, ce n’est pas mon roman préféré de Zola. L’intrigue, en se concentrant sur la personne de Rougon et son parcours politique, manque quelque peu d’ampleur. Sa relation tumultueuse avec Clorinde, mue par une rancune tenace, ne permet de donner tout l’élan habituel des romans de Zola. Pas de grands drames, pas de déchéances fulgurantes, mais les compromis inhérents à tout régime basé sur le choix du Prince (Tiens, ça me fait malheureusement penser à une période très actuelle…).

 

Le roman vaut surtout pour son aspect documentaire. Document sur la place de la presse sous le Second Empire, et plus largement sur la circulation des idées dans un régime qui souhaite tout contrôler. Sur les tentatives autoritaires d’un système politique qui doit faire face à la montée de la volonté démocratique, avec la montée des républicains face à ce simulacre de démocratie qui propose aux élections des candidats officiels. Intéressant aussi pour se rendre compte des manœuvres utilisées dans les débats parlementaires. Eclairant enfin par la description de l’esprit de courtisanerie qui n’a pas été l’apanage du Roi Soleil, et qui revient très fort sur le devant de la scène. Esprit très visible lors du repas pris au château de Compiègne, où les parcours politiques se font et se défont à coup de rumeurs et d’intrigues.

 

Comme toujours, Zola est un grand peintre des épisodes fastueux, comme le baptême du fils de Napoléon III, et cette scène où Mme Charbonnel est retenue devant les portes de Notre-Dame, mais a une vision féerique : celle du baptisé et de toute la pompe qui l’entoure, dans un éclair de lumière.

 

Pour finir, même si ce n’est pas l’habitude ici, je tiens à vous soumettre ces quelques lignes. Un court extrait d’un texte de Victor Hugo a beaucoup circulé dernièrement sur le net, mais je pense que celui-ci aurait toute sa place.

 

« Dans la poussée des hommes du Second Empire, Rougon affichait depuis longtemps des opinions autoritaires. Son nom signifiait répression à outrance, refus de toutes les libertés, gouvernement absolu. Aussi personne ne se trompait-il, au ministère. Cependant, à ses intimes, il faisait des aveux ; il avait des besoins plutôt que des opinions ; il trouvait le pouvoir trop désirable, trop nécessaire à ses appétits de domination, pour ne pas l’accepter, sous quelque condition qu’il se présentât. Gouverner, mettre son pied sur la nuque de la foule, c’était là son ambition immédiate ; le reste offrait simplement des particularités secondaires, dont il s’accommoderait toujours. Il avait l’unique passion d’être supérieur. »

 

Autre roman de Zola : L’Assommoir

 

C’était le septième épisode de mon challenge à long terme Les Rougon-Macquart !

 

Son Excellence Eugène Rougon, d'Emile Zola

Ed. Folio

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commentaires

Flo 05/03/2009 21:02

Très bel extrait !!!

Yohan 07/03/2009 12:33


Merci ;-)


Stephie 04/03/2009 18:52

Il y a quelques années, j'avais lu les Rougon Macquart dans l'ordre. et moi non plus ce n'est pas mon préféré même si la trame historique est très intéressante.

Yohan 07/03/2009 12:33


Ravi de voir que quelqu'un a lu les 20 tomes des Rougon-Macquart ! Pour le moment, j'ai un faible pour Le ventre de Paris et bien sur l'Assommoir.