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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 07:51

La Comédie Française a programmé cette année une nouvelle mise en scène de l’Illusion Comique. Cette pièce de Corneille date de 1636, et a été publié juste avant Le Cid. Qualifiée de baroque et hommage au théâtre, elle n’a pas été jouée dans l’enceinte du Palais-Royal depuis … 1937 et une mise en scène de Louis Jouvet ! Mais venons-en à cette nouvelle version.

Pridamant recherche son fils, Clindor, qui a quitté le domicile parental. Pour l’aider à savoir ce que son fils est devenu, il s’adresse à Alcandre, mage capable de lui montrer le parcours de son fils. On retrouve ainsi tout d’abord Clindor en valet de Matamore, homme aux exploits célèbres mais un brin mégalomane. Clindor est aimée de Lyse, mais il aime Isabelle. Ce triangle amoureux, suite à de multiples péripéties, envoie Clindor en prison, d’où il parvient à s’échapper et à construire une nouvelle vie…

Je n’en dis pas plus pour conserver la surprise à celles et ceux qui ne connaissent pas la pièce. Corneille, s’il a vécu à la même époque que Racine, n’applique pas les codes du théâtre classique : pas d’unité de lieu, ni d’action. Ce qui donne à cette pièce un souffle et une modernité appréciable. De plus, les vers de Corneille sonnent plus naturels à l’oreille que ceux de Racine. Il y a un effet de réel qui fait que le spectateur ne se sent pas éloigné de cette histoire d’il y a quatre siècles. Et surtout cette pièce est un hommage au théâtre, avec une dernière tirade que tous les étudiants en lettre devraient connaître par cœur !

Et cette nouvelle mise en scène, alors ? Signée Galin Stoev, elle est assez surprenante. Tout d’abord, c’est le décor qui saute aux yeux. En lieu et place de la grotte du mage, on découvre une pièce en construction, avec des ouvertures, des fenêtres, des panneaux qui coulissent. Le lieu n’est pas très attirant, et j’avoue avoir eu du mal à comprendre la nécessité d’un tel écrin. Surtout que la lumière au néon n’est pas très heureuse. Les costumes des acteurs sont modernes et souvent dans les tons gris, seules les robes des deux actrices, d'un rouge vif, donnent de la couleur sur la scène.

 

Au niveau des acteurs, il est à noter la surprenante mais très amusante prestation de Denis Podalydès, qui interprète un Matamor loin des images habituelles. Rien que son physique instaure une distance entre ce que le lecteur se figure et ce qu’il voit sur scène. Et dans le jeu on découvre Matamor pleutre, presque névrosé. Pour le reste de la troupe, c’est un peu inégal. Les demoiselles Julie Sicard et Judith Chemla s’en tirent bien, comme Loïc Corbery en Clindor ou Hervé Pierre en Alcandre. En revanche, le personnage du père, Pridamant, joué par Alain Lenglet, m’a laissé très perplexe. Le père inquiet pour son fils, au lieu de faire paraître cette angoisse, m’a paru distant. Souvent les mains dans les poches, il est en dehors de l’action qui se déroule devant ses yeux. Peut-être l’acteur était-il malade, sinon j’ai du mal à comprendre le choix du metteur en scène.

 

Et question choix, il y en a un autre très discutable. Quelques acteurs jouent plusieurs personnages. Si la séparation Clindor / Dorante (personnage secondaire) est sans ambiguïté, le reste peut mettre le spectateur sur de mauvais rails. Par exemple, Hervé Pierre passe du rôle d’Alcandre à celui de Géronte sans sortir de scène, ni changer de costume. Ce qui laisse le spectateur bouche bée quelques instants, le temps de comprendre le subterfuge.

 

Voilà donc une très belle pièce de Corneille, dans une mise en scène qui a des défauts mais n’est pas sans intérêt. Et qui est loin de mériter les nombreux articles qui la descendent en flèche.

A noter, mais c’est mesquin de ma part, qu’une des actrices n’a pas laissé son camarade finir une de ses répliques. C’est rassurant de voir que cela arrive aux meilleurs ;-)


PS : Question aux connaisseurs de la pièce : à la sortie, j’ai eu une discussion avec mon accompagnatrice du soir sur la signification de la pièce. Il y a bien entendu du théâtre dans le théâtre, mais nous n’avons pas réussi à nous mettre d’accord sur le moment où commence la mise en abyme : Dès l’intervention du mage ? Après l’évasion ? Si mon idée de la pièce correspond à la seconde possibilité, celle de mon accompagnatrice (et visiblement du metteur en scène) est la première solution. Si quelques uns pouvaient me donner leur avis et leur vision des choses, cela me serait bien utile…

 

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commentaires

Loule 06/06/2009 00:52

Bonjour,Le texte de Corneille dit clairement que c'est après son séjour en prison que Clindor devient comédien. Après l'épisode de l'évasion, Alcandre indique à Pridamant  une ellipse de deux ans dans les aventures de son fils : "deux ans les ont montés en haut degré d'honneur" v1320 puis v. 1326 "je vous les vais montrer en leur haute fortune" suivent alors les scènes de théâtre dans le théâtre. Enfin, à l'acte V, après les scènes de tragédie, Alcandre dit à Pridamant"Et depuis sa prison, ce que vous avez vuSon adultère amour, son trépas imprévuN'est que la triste fin d'une pièce tragiqueQu'il expose aujourd'hui sur la scène publique"  

Yohan 07/06/2009 15:15


Merci Loule, ces extraits précis confime mon hypothèse que la mise en abyme débute au dernier acte. Tu apportes de l'eau à mon moulin !


Emy 29/01/2009 13:49

C'est vrai que je n'avais pas remarqué le coup de la poignée de main !... Sans doute le metteur en scène a-t-il voulu nous laisser le soin d'en penser ce qu'on voulait... Il faudrait vraiment que je relise le texte en entier pour fouiner ça !! Sinon, en cherchant sur internet (ton billet m'a vraiment donné à réfléchir !! ;) j'ai trouvé un dossier très intéressant : http://membres.lycos.fr/paulhenri/dossierillusioncorneille.htm dont le dernier document intitulé "structure de l'illusion comique" prend le parti de dire que les actes 2, 3 et 4 sont la "réalité" et qu'ensuite, c'est la "fiction"... Enfin voilà !Contente d'avoir découvert ton blog car très complet et très intéressant (j'ai retrouvé de très bonnes critiques de nombreux livres que j'ai lus, c'est plutôt rare !), je repasserai !Emy

Yohan 31/01/2009 10:10


Merci encore Emy, et à bientot, alors !!!


Emy 29/01/2009 09:51

Ah, bah je n'avais pas complètement cerné la question alors... Je suis allée la rechercher des éléments de réponse: "Votre fils et son train ont bien su, par leur fuite, D'un père et d'un prévôt éviter la poursuite ; Mais tombant dans les mains de la nécessité, Ils ont pris le théâtre en cette extrémité.""D'un art si difficile Tous les quatre, au besoin, ont fait un doux asile ; Et depuis sa prison, ce que vous avez vu, Son adultère amour, son trépas imprévu, N'est que la triste fin d'une pièce tragique Qu'il expose aujourd'hui sur la scène publique, Par où ses compagnons en ce noble métier Ravissent à Paris un peuple tout entier."En gros dans le 1er extrait, on noous dit qu'ils sont entrés dans le théatre après avoir fui "père et prévot" (donc après la prison...) et dans le 2ème on nous parle aussi de la prison comme déclencheur... Selon moi (mais je n'en mettrais pas ma main à couper !!) le début est réel et ce n'est que la dernière scène qui est inventée pour le théatre... Si Clindor joue cette fin, il doit, pour le début de sa pièce, jouer quelque chose de très proche de la vérité... On note aussi que les didascalies n'arrivent que dans le dernier acte, ce qui permet aussi de pencher pour cette option, qu'en penses-tu ?Sinon, moi j'ai vraiment beaucoup aimé la pièce, le jeu de acteurs est comme toujours excellent et la mise en scène est très intéressante quoiqu'un peu austère pour le côté visuel... Je cherchais un peu less critiques sur le net, mais comme très souvent en ce moment, je ne trouve que des choses très négatives et je m'en désole...

Yohan 29/01/2009 12:59


Merci de cet ajout. Je suis de ton avis. Selon moi, la partie avec MAtamor raconte l'histoire de Clindor, avant qu'il ne s'engage dans une troupe après son évasion.
Mais la mise en scène m'a interrogé, notamment parce que la mage est une image du metteur en scène, et car le personnage de Matamor, s'il n'intervient plus au niveau des dialogues, reste sur scène
et est félicité par le mage (il serre la main) au meme titre que les 4 jeunes gens. Bref, j'ai l'impression d'avoir une interprétation différente de celle du metteur en scène.

Pour la pièce, j'en ai déjà dit beaucoup dans le billet. Pour les critiques, il est vrai qu'elles sont majoritairement très négatives. Je crois en avoir trouvé une sur Le Monde, qui est assez
bonne.

Merci encore de ton passage ici et de tes interventions !


Emy 28/01/2009 10:09

Bonjour, je viens de voir cette pièce et je faisais le tour du net pour avoir d'autres avis... Je répondrais à votre questions en disant que dans cette pièce, il y a une double mise en abyme : une première dès le début puisue le mage présente au père la représentation de la vie de son fils et une deuxième au dernier acte dont nous n'avons conscience qu'à la fin, puisque sous les yeux du père se joue une pièce dans la pièce... J'espère avoir répondu !!...

Yohan 28/01/2009 23:19


Bonjour Emy, et merci de ta contribution. La question que je me pose est de savoir si la vie du fils présenté au père est réelle ou elle-meme une partie de la pièce de théatre. Je penche pour sa
vraie vie, mais j'avoue que depuis la représentation, le doute a pris place dans mon esprit !!!
Et qu'as tu pensé de la pièce ?


Franck Bellucci 12/01/2009 08:09

Bonjour Yohan,
Si mes souvenirs sont exacts, la mise en abyme commence en fait très tôt dans la pièce qui est un hommage baroque au théâtre, à l'art de l'illusion, aux pouvoirs de l'artifice et de l'imaginaire. Mais je n'ai pas relu la pièce récemment...
J'ai découvert avec d'autant plus d'intérêt ta critique que F. Ferney a publié un avis très négatif sur cette mise en scène il y a deux jours ! Vous semblez d'accord sur plusieurs points. Cet avis peut être lu sur son nouveau blog.
FB.

Yohan 12/01/2009 14:39


Merci de tes impressions, ui vont plutot dans le sens du metteur en scène et de mon accompagnatrice. J'ai l'impression que les deux visions se défendent, mais je suis cureiux d'avoir d'autres
avis.
Je n'ai pas encore lu la critique de Frédéric Ferney (cela ne fait qu'une négative de plus), je vais aller voir cela de suite !