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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 11:55

Suite au billet très laudateur de Laurence, j’ai décidé de découvrir cette bande dessinée de Chauzy et Jonquet, adapté d’un roman du même Thierry Jonquet.

 

Kevin vit à Belleville. Il entre en 6eme, mais pas en 6eme classique : en 6eme S.E.S, section d’éducation spécialisée. Car Kevin a des difficultés scolaires, mais il est surtout perdu dans un monde trop grand et trop violent pour lui : une mère qui l’élève seule, avec des horaires de travail pas possible, un frère et une sœur qui quittent le domicile familial, et des fréquentations qui sont loin de lui apporter le calme et la sérénité dont il a besoin. Et malgré l’intérêt et l’aide de Clarisse, jeune fille de bonne famille de son âge, Kevin ne réussit pas à sortir du tourbillon infernal dans lequel il est enfermé.

 

Cette BD est loin d’être une vision bucolique de la vie de quartier, bien au contraire. Si l’histoire est violente et ne passe pas sous silence les moments les plus durs, le dessin de Chauzy, par un trait net et des couleurs très fortes, presque criardes, ajoute à la description sordide du milieu dans lequel vit Kevin. Rien n’est épargné à ce gamin, curieux mais qui est malheureusement né du mauvais coté de la barrière. Que ce soit la violence au sein de sa famille ou le visionnage de vidéos pornographiques à 13 ans, rien n’est fait pour lui donner un cadre.

 

Et pour s’en sortir, il est pris entre deux feux. D’un coté Clarisse, sa gentillesse, mais il y a tous ses amis, qui jouent du piano ou du violon et qui se moquent du survêtement qui est pour lui une marque de réussite. De l’autre, Djamel et « sa bande de oufs », qui utilisent Kevin pour se faire de l’argent facile, et qui l’initient aux pires atrocités (menaces, viols,...). Et pour quitter son statut de perdant, Kevin se sent obligé de prendre une posture de caïd pour impressionner les amis de Clarisse.

 

Ce qui est très troublant dans cette histoire, et extrêmement dérangeant pour le lecteur, c’est l’inéluctabilité de la situation de Kevin. Il est cerné, prisonnier de ses lacunes scolaires (orthographe, vocabulaire), de son milieu social, et est condamné à ressembler à beaucoup de jeunes de son âge, qui sont pris dans les rouages de la délinquance juvénile. Kevin sent que le chemin qu’il prend n’est pas le bon, mais ne peut pas faire autrement que de le suivre.

 

Cette histoire, et cette manière de la présenter, très crûment et sans détours, sont un véritable coup de poing contre la violence sociale qui peut exister dans certains quartiers où les habitants sont abandonnés par les pouvoirs publics. Et ce n’est pas dans une banlieue lointaine, mais dans le XIXeme arrondissement, dans la capitale. Vraiment une œuvre violente, sincère et nécessaire.

 

L’avis de Laurence sur la BD, et sur le roman.

 

La vie de ma mère Face A et La vie de ma mère Face B, de Chauzy et Thierry Jonquet

Ed. Casterman

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commentaires

Jean-françois 15/11/2008 08:56

il est parfois nécessaire de montrer ce qu'est la violence, tant qu'on en fait pas l'apologie : deux excellentes BD pour ma part .

Yohan 15/11/2008 17:11


C'est exactement ce que j'ai retenu de cette BD : une visualisation de la violence pour en dénoncer les ravages. Une belle réussite à 4 mains !


Laurence 14/11/2008 13:29

Je trouve enfin le temps de poster un commentaire sur ce billet. :)
Quand j'avais proposé cette b.d. sur Biblioblog, j'avais un peu peur de la réaction des personnes qui se laisseraient tenter car je sais que la violence visible peut être un frein à la lecture. Je suis donc à la fois soulagée et très heureuse que tu partages mon point de vue. :)

Yohan 15/11/2008 17:06


Ravi que j'ai pu te soulager de ce doute quant à la pertinence de ce billet ! C'es vrai que c'est cru, assez violent mais ce qui est ici très fort est qu'on voit les ravagesde cette violence sur un
adoslecent. Ce n'est pas de la violence gratuite, mais une dénonciation de celle-ci. Et c'est cette combinaison qui rend cette BD réussie.