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25 octobre 2008 6 25 /10 /octobre /2008 13:17

 

Ce film est sorti sur grand écran au printemps, et je l’avais malheureusement raté à l’époque. Mais Arte m’a permis une rapide séance de rattrapage, avec en prime une version allongée en deux parties.

 

1968, dans les facultés parisiennes. Catherine, Yves et Hervé sont étudiants, et prennent part aux révoltes de l’époque, sur fond de répression policière et d’avortement illégal. Pour fuir ce monde dans lequel ils ne se reconnaissent, ils décident de fonder une communauté dans une ferme du Lot, où l’amour libre et la liberté sont érigés en règle.

Années 1980 : Catherine est restée seule à la ferme, où, avec l’aide de ses voisins, elle a élevé ses deux enfants. Devenus adolescents, Ludmila reproche à sa mère le choix de vie qu’elle a fait et Boris, homosexuel, fait face à l’irruption du Sida.

 

En 3h20, Olivier Ducastel et Jacques Martineau tracent la fresque de la France, de Mai 68 à Mai 2007, de la sortie du monde corseté du Général de Gaulle à l’entrée dans le conservatisme sarkoziste, en passant par la chute du monde communiste et les utopies hippies. Sur un fond de fiction, Ducastel et Martineau choisissent de montrer comment les utopies, les rêves et les luttes se sont construits et ont disparu face à l’évolution d’une société que leurs personnages ne maîtrisent pas.

 

Le scénario est loin d’être univoque. Ainsi, le retrait  de ces étudiants dans une ferme isolée est rapidement mis en question : les occupants de le ferme partent un à un, chacun pour des divergences personnelles ou politiques. Cet isolement du monde est également remis en cause : comment lutter contre une société qu’on refuse, si on ne s’y frotte pas ? Cette question est d’ailleurs posée à Yves lorsqu’il refuse de faire son service militaire. De même, en voulant fuir la société de consommation, les membres de la communauté sont contraints de trouver des moyens de subsistance, ce qui se traduit par un retour à la terre et un enfermement dans les contingences matérielles liées à l’élevage et l’agriculture, sensible quand Catherine se déclare "otage" de sa ferme.

 

En exposant l’universel  de ces quarante dernières années à travers la vie de cette communauté et de ses descendants, les réalisateurs montrent la fin progressive des illusions qui ont vu le jour pendant quelques années juste après 1968. Le temps est rythmée par des images ou des événements : l’adoption de la loi sur l’avortement, l’élection de Mitterand, l’apparition du Sida, l’élection de Chirac, l’église saint-Bernard, le 11 septembre 2001, le 21 avril 2002,… Par petites touches, on revit ces moments qui font partie de la culture collective (cela m’a d’ailleurs furieusement fait penser à Les Années, d’Annie Ernaux, dans lequel je suis plongé). Ce n’est pas un film très optimiste, les phrases de la fin du film tirées du discours de Nicolas Sarkozy contre Mai 68 font redescendre le spectateur assez brutalement sur terre.

 

Les acteurs s’en tirent plutôt bien, notamment Yannick Rénier, même si la difficulté est de rendre le vieillissement d’une quarantaine d’années en ne changeant pas d’acteur. Cela saute aux yeux lorsque Laetitia Casta, âgée de plus de cinquante ans, retrouve un air juvénile dans les bras de son ami. Hormis ce petit reproche, c’est une fresque plutôt réussie, qui passe d’ailleurs très bien à la télévision (peut-être plus qu’au cinéma) et qui m’a embarqué dans cette société en évolution rapide, constante vers le désenchantement et la fin des révoltes.

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