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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 10:02

Ivanov est un propriétaire terrien dans la Russie de la fin du XIXeme Siècle. Sa femme est atteinte de tuberculose et condamnée à courte échéance, son métayer le mène par le bout du nez, mais Ivanov n’arrive pas à prendre le dessus : sa mélancolie le mine. Il traîne son vague à l’âme, dans ce monde en perdition, et ce ne sont pas les soirées de cartes chez les Lebedev qui lui donnent de l’entrain : tout le monde s’ennuie à qui mieux mieux. Rien ne fonctionne pour lui, et lorsque, après la mort de sa femme, il décide de se remarier avec la fille Lebedev, rien ne s’arrange, ni pour lui, ni pour son entourage…

 

Résumée ainsi, cette pièce de Tchekhov semble loin d’être enthousiasmante. Une soirée avec un dépressif russe, comme on dirait aujourd’hui, n’est pas très avenante. Néanmoins le spectacle joué actuellement au théâtre de la Tempête, à la Cartoucherie du Bois de Vincennes, est vraiment très réussi, et permet de passer un moment fort agréable et divertissant. 

 

La première astuce de l’auteur est liée au personnage d’Ivanov. Comme son nom donne le titre de la pièce, on pourrait s’attendre à ce qu’il occupe la majeure partie de la scène. Mais ce n’est pas le cas ! Cette pièce, avant d’être la description d’un caractère mélancolique, montre les ravages de cette maladie sur l’entourage, qui s’échine et s’épuise à sortir le malade de son marasme. Il est tout à fait significatif qu’Anna, tuberculeuse, soit beaucoup plus vive qu’Ivanov, physiquement sain mais mélancolique.

 

Comme Beaumarchais décrit en filigrane un monde sur le point de s’écrouler dans Le Mariage de Figaro, Tchekhov met ici en scène des propriétaires terriens de la fin du tsarisme. Une radinerie excessive qui pousse les invités à se gaver de confiture de groseilles à maquereaux, un ennui ressenti par tous les personnages (mais pas par le spectateur, fort heureusement), des problèmes financiers qui s’accumulent et une haine exacerbée de l’étranger, notamment des juifs, sont autant d'inidices qui laissent présager la fin d'un certain ordre social. Comme dans Le Mariage de Figaro, le personnage le plus malin et le plus roublard est le métayer, qui surpasse son maître. 

 

Mais cette pièce, si le sujet est parfois lourd, est ici remarquablement adaptée, de manière subtile et nuancée. Philippe Adrien, metteur en scène, s’est aidé d’un comédien pour traduire le texte, et donc revenir à la source. Il donne à l’ensemble de la pièce un ton comique, qui va crescendo tout du long et qui se termine par une scène de noces qui prend des tournures de farce, avec des pleurs exagérés d’un coté et la tristesse froide d'Ivanov de l’autre. Il y a un aspect jouissif dans ce spectacle très inattendu et tout à fait efficace.

 

Tous les acteurs (je ne les citerai pas, car il faudrait tous les citer) sous au diapason pour produire ce magnifique spectacle, qui mérite vraiment le détour. Dans un décor sobre et adpaté, qui évolue entre les actes, ils occupent l’espace et réussissent à donner vie à ce lieu. Il y a notamment la scène chez les Lebedev, avec une ambiance de tripot remarquablement rendue. Quand la pièce s’est terminée, après 2h15, j’ai d’abord été étonné que ce soit déjà fini puis qu’il n’ait pas eu un acte supplémentaire.

 

Cette pièce de Tchekhov, dans cette mise en scène singulière et audacieuse, casse l’image de l’auteur parfois intellectuel et froid pour lui donner une dimension tragi-comique tout à fait savoureuse. Vraiment un bon moment à passer !

 

Autre pièce de Tchekhov :  La Cerisaie

 

L'avis des trois coups.

 

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commentaires

Audrey 09/11/2008 12:14

Bonjour,
J'ai vu la pièce "Ivanov" au théatre de la Tempete, et je n'ai vraiment pas aimé , j'ai par la suite lu plusieur critiques sur la pièce ,et ce qui m'étonne c'est que vous l'aimiez , je ne parle pas de la pièce mais du personnage d'Ivanov.
alors que je le trouve antipathique et plaintif tout au long de la pièce.
Vous avez aussi aimez le decor qui sort de l'ordiaire certes , mais qui est plus perturbant et exessif qu'autre chose pour ma part.
Voila.
Bonne continuation .

Yohan 11/11/2008 12:21


Bonjour Audrey, et merci de livrer tes impressions, qui sont différentes de celles que j'ai eues.
Pour le personnage d'Ivanov, je ne peux pas dire que je l'ai apprécié comme individu, mais comme personnage de théatre. Comme je le dis, il n'est pour moi que prétexte à montrer le monde
autour de lui qui s'écroule. Bien entendu, on a envie de la secouer, de lui dire de réagir, mais malheureusement, la dépression à laquelle il est en proie ne se soigne aussi
facilement. 
Pour le décor, j'ai beaucoup aimé ce bois, ces tons grisés, et cette transformation qui permet de passer de la ferme au salon des Lebedev.