Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 07:28

Lors de l’attribution de la Palme d’Or à Laurent Cantet pour Entre les murs, j’avais parlé ici du livre à l’origine du film (qui porte d’ailleurs le même titre). J’y avais défendu que, malgré ses défauts, ce roman était bien une fiction, inspiré de faits vécus, mais une fiction avant tout. Pour le film, même postulat : c’est une fiction, revendiquée comme tel (on n'est pas chez Nicolas Phillibert, dont j'apprécie beaucoup le travail, mais c'est un autre registre). Surtout, le film est beaucoup plus réussi que le roman, et Laurent Cantet a réussi à tirer le meilleur de l’ouvrage de Bégaudeau.

 

Sur le scénario, je vais aller vite : un collège à Paris, dans un arrondissement populaire (un des derniers) de la capitale. Un professeur de français, François. Une classe de 4eme. Des élèves : Khoumba, Wei, Souleymane, Henriette, Esmeralda… Et une année où des être humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, vivent ensemble (enfin pas une année pleine, juste dix mois, moins les vacances et les jours fériés encore. Parce que c’est vrai, on dit toujours que c’est une année scolaire, mais on y passe pas toute l’année à l’école, non ?).

 

Le procédé reste le même que le livre : c’est un huis clos, dans l’enceinte du collège. On ne le quitte jamais. On ne fait qu’y entrer, au début, pour ne plus en sortir. Le spectateur voyage donc entre salle de cours et salle des professeurs. Alors que le livre pouvait donner l’image d’un professeur parfois méprisant et loin des préoccupations qu'on peut attendre de lui (l’intérêt porté aux marques des vêtements, les préoccupations bassement matérielles de la salle des professeurs), Laurent Cantet insiste sur la solitude de François face à cette classe d’une vingtaine d’adolescents. Et la solitude de l'enseignant, au sein du collège. 

 

Solitude au sein de la salle de cours, où le prof fait face à vingt élèves, certains timides, d’autres beaucoup plus, disons, volontaires. Et pour trouver la bonne réponse face à leurs remarques et interrogations, François doit faire preuve d’à propos, qu’il n’a pas toujours. Solitude également dans la salle des profs, où la convivialité devrait être de mise, mais qui est également le lieu des mauvaises nouvelles ou des explosions de colère et de frustration, auxquelles personne ne trouve de réponse.

 

J’ai été très touché par ce film, et certaines scènes sont magnifiques d’intensité. Il y a des moments  artificiels mais émouvants, comme cette présentation devant le tableau noir. Surtout, la classe est la résonance de ce qui se passe dehors, et on y retrouve toutes les difficultés sociales et culturelles, notamment lors des réunions parents-professeurs ou lors de ce déroutant conseil de discipline.

 

François Bégaudeau tient de manière assez juste le rôle du professeur, celui qui doit avoir une autorité mais qui ne sait pas comment s’y prendre. Et lorsqu’il perd les pédales en plein cours, il est évident que n’importe qui dans cette situation pourrait avoir un comportement identique.

 

Bien entendu, c’est un film qui se passe à l’école, mais ce n’est pas un documentaire sur l’école d’aujourd’hui. C’est avant tout une grande fiction, scénarisée et montée comme telle. Et la présentation médiatique du film, qui a consisté pour beaucoup de journaux (Télérama, Libération et bien d’autres) à faire visionner le film à des professeurs et à recueillir leurs réactions, ne lui a pas rendu hommage. Il est évident que beaucoup n’y retrouveront pas leur quotidien, et ils en font leur reproche principal : mais c'est logique, Laurent Cantet fait tenir en deux heures une année scolaire. C'est comme si on demandait à toutes les instits britanniques si elles ont toutes un sourire constamment accroché aux lèvres. (cf. Be happy). Comme tout film, la trame est une situation particulière, qui a des parts d'universel mais ne peut recouvrir les expériences des 800 000 professeurs de France et de Navarre.

L’autre reproche souvent lu ou entendu est que Bégaudeau ne tient pas le rôle d’un bon prof. Et alors ! Ce n’est pas pour autant que l’image des professeurs et de leur métier est dégradée, bien au contraire.

 

J’ai trouvé d’énormes qualités à ce film, et j’y ai perdu les défauts du livre. Laurent Cantet a réussi un très beau film, humain et prenant, et je l’en remercie. Parce qu’avec une palme, ajoutée à un prix Nobel de littérature la même année, les déclinologues de la culture devraient nous laisser tranquille pour une bonne dizaine d’années !!!

 

Les avis que j’ai pu trouvés sont tous assez unanimes (je n’y vois pas trace d’unanimisme, c’est juste que c’est un film très réussi !) : Dasola, Bmr et Mam, Ariane, Varia

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Emeraude 11/10/2008 20:11

je n'ai pas lu le livre et après avoir vu le film, je n'en ai pas vraiment envie. J'ai trouvé le film très intéressant aussi, sans être aussi enthousiaste que toi. Mais intéressant tout de même!!! (mon chéri, lui, a trouvé ça excellent)

Yohan 12/10/2008 19:46


Si tu as vu le film, je pense très sincèrement que tu peux te passer de lire le livre, centré sur le prof, et qui donne beaucoup moins la dimension collective d'une salle de classe.