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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 07:52

Giovanni Drogo, jeune soldat, est affecté au fort Bastiani. D’abord heureux de quitter l’école militaire, il réalise que le fort est installé à l’autre bout du pays, à la frontière avec le pays des Tartares. Surtout, celle-ci n’est pas menacée, un large désert séparant les deux pays. Après avoir souhaité partir au bout des quatre mois réglementaires, Giovanni se retrouve prisonnier du fort. Non pas un prisonnier enfermé contre sa volonté, mais un prisonnier inconsciemment volontaire. Giovanni reste au fort, et son action va paradoxalement tourner autour de l’attente : celle de l’action, de l’arrivée de l’ennemi, là-bas, au bout du désert…

 

Ce qui est épatant dans cette œuvre, c’est que Buzzati écrit un roman sur l’attente. Il se passe très peu de choses, mais aucune des pages n’est superflue. On y sent le temps qui passe, inexorablement, et avec lui les rêves et les espoirs de Giovanni.

 

Le début du roman marque d’emblée cette attente : il faut en effet deux jours à Giovanni pour rejoindre le fort, situé aux confins du pays, à travers la montagne. Et dès ce voyage, on pressent que le héros y restera longtemps, beaucoup plus longtemps qu’il ne l’a prévu. Cette scène est d’ailleurs reprise en écho à la fin du roman, avec Giovanni qui accompagne un jeune soldat affecté au fort, comme si le temps avait passé sans que rien ne change.

  

Deux scènes du livre, qui se répondent d’ailleurs, m’ont particulièrement marqué. La première est le rêve que fait Giovanni, dans lequel il pressent la mort d’Angustina. La description de ce chariot aérien qui vient prendre le camarade de Giovanni est très réussie et évocatrice. Par la suite, la scène de la mort d’Angustina m’a également interpellé.

 

L’aspect le plus étonnant, finalement, est qu’on assiste à une multitude d’épisodes de la vie du fort (l’affaire du cheval apparu dans le désert, la lumière et la construction de la route, les visites de Giovanni en ville), et que Buzzati parvient à transmettre l’unité qui régit toutes ces situations distinctes : l’attente de l’élément perturbateur, qui va enfin sortir le fort de sa torpeur. Avec un sentiment de frustration très fort pour Giovanni, qui quitte le fort au moment où cette attente pourrait enfin être comblée.

 

A noter, à propos de ce roman, la chronique (classique) signée par Laurence, mais surtout le très signifiant parallèle qu’elle a trouvé entre cette œuvre et une chanson de Brel, Zangra. Tout cela lors du crossover organisé par le camarade Thom. Une vraie réussite que cette étude comparée !

 

Le désert des Tartares, de Dino Buzzati

Traduit de l'italien par Michel Arnaud

Ed. Pocket

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commentaires

Eeguab 29/07/2010 13:24



Si je n'avais lu qu'un livre j'aurais aimé que ce soit celui-là.



Yohan 04/08/2010 22:22



Je comprends ton admiration pour ce roman, même si je ne suis pas aussi emballé que toi.



Livrovore 10/10/2008 19:17

Voilà un de mes livres préférés ! Et tu en parles bien :-)

Yohan 10/10/2008 22:01


Merci pour le compliment ! Je crois que c'est un roman assez largement apprécié dans la blogoqphère, pour ceux qui ont dépassé la cinquantième page ;-)


choupynette 04/10/2008 10:30

allez, encore un! encore un billet qui me dit ) quel point je suis passée à côté d'un grand livre. Mais décidément, impossible pour moi de lire ce roman. je l'ai bien commencé trois ou quatre fois, et jamais je n'ai réussi à aller au-delà des 60 pages..

Yohan 07/10/2008 20:03


Désolé pour toi que ce roman te passe au dessus. Mais nous avons tous des livres merveilleux qui ne nous touchent pas !


Emmyne 01/10/2008 10:49

Une lecture ancienne et pourtant toujours présente, qui m'avait aussi marquée à cause du Zangra de Brel que j'écoutais beaucoup à l'époque.

Yohan 03/10/2008 09:31


@ Laurence : mais il ne faut vraiment pas !

@ Emmyne : Et si j'ai pu contribuer un tant soit peu à raviver ce souvenir, tu m'en vois ravi !


Laurence 01/10/2008 09:31

Merci pour le compliment Yohan, je rougis... ;-)