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31 août 2008 7 31 /08 /août /2008 07:14

Plongée dans la mafia napolitaine grâce à ce film de Matteo Garrone. Difficile d’en faire un résumé, tant ce film ne tient pas sur une intrigue, mais sur une ambiance instillée pendant les 2h15 du long métrage. Le spectateur est plongé immédiatement dans le vif du sujet avec une scène d’ouverture digne des plus grands films de gangsters et mafieux américains. Mais la force de Garrone réside justement dans la distance qu’il parvient à prendre avec le modèle de ses illustres prédécesseurs américains, tout en montrant l’influence qu’ils ont pu avoir. Scarface est d’ailleurs cité dans le film par les plus jeunes comme une référence ultime.


L’action se déroule entièrement dans la ville de Naples et ses environs, dans un décor que le pire architecte n’aurait pas pu inventé (Ah pardon, c’est un véritable quartier de la ville) : des passerelles métalliques sur plusieurs niveabux permettent l’accès aux habitations situées de part et d’autre. L’ensemble est aujourd’hui rouillé de toutes parts et absolument sinistre. Le critique de Télérama fait d’ailleurs une comparaison très juste avec l’architecture d’une prison.


Dans ce décor se déroule la guerre entre le gang installé, et un nouveau gang sécessionniste. Tous les coups sont donc permis pour toucher l’autre. En parallèle, deux jeunes tentent de faire leurs affaires à part. A travers toutes les intrigues (car le film est composé de plusieurs histoires qui se croisent plus ou moins mais ont un lieu commun) on ressent la force du clan et l’obligation de ne pas s’en échapper. D’ailleurs, dès qu’un pas vers l’ennemi est fait, les sanctions tombent. Que ce soit vers les chinois qui prennent pied dans la région ou pour monter sa propre affaire. L'autre élément frappant est que tout est bon pour faire des affaires : l'enfouissement des déchets toxiques dans des conditions très limites, la suppression des personnes genantes. Et quand un membre du groupe estime ne pas avoir sa place dans ce milieu inhumain, il est renvoyé sans aucun ménagement.

Ce que j’ai trouvé assez épatant dans ce film est que pendant presque 1h30, on vit dans une tension très forte sans qu’il y ait de véritables règlements de compte. Ceux-ci interviennent plutôt vers la fin du film. Pendant le film, on ne saura d’ailleurs jamais quels sont les tenants et aboutissants de la scène d’ouverture. Cette longue première partie (hormis l’ouverture, qui donne en quelque sorte le tempo du film) permet de transmettre ce sentiment de peur et d’exaltation qui dirige ces mafieux plus ou moins aguerris. Car les plus jeunes sont pris au piège de ces organisations qui contrôlent tout et leur font miroiter l’impossible : argent, voitures, filles,…


Gomorra est un film dur, pessimiste quant à l’avenir de la jeunesse napolitaine, et ne donne pas vraiment envie de passer ses vacances près du Vésuve. C’est d’ailleurs plus un documentaire qu’une fiction, sauf bien sûr que les scènes ont été jouées et non réalisées sur le vif. Mais c’est une œuvre qui vaut vraiment le coup d’œil, car même si je n’ai pas été transporté par ce film, il y a une manière de raconter et de filmer les événements qui est très parlante. Quand le film s’est terminé après 2h15, j’ai eu l’impression de n’y avoir passé qu’1h30, tellement l’ensemble est maîtrisé.


A noter que ce film a été tiré d’un roman du même nom, signé Roberto Saviano. Depuis la publication du roman, il est sous protection policière permanente, car menacé par les organisations mafieuses peintes dans l’ouvrage. Ce film a également reçu le Grand prix au dernier festival de Cannes.

La critique de Dasola.

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commentaires

yoye2000 05/09/2008 08:37

Moi, j'ai plus trouvé qu'il n'a pas seulement pris de la distance avec la mafia "américaine" au cinéma, mais qu'elle a surtout servi d'antimodèle, l'idée est justement qu'on n'est pas au cinéma, justement, mais dans la vrai vie. On parle donc pas d'ascension flamboyante et de chute brutale, mais juste de soutiers de l'illégalité, affreux, cons, bêtes et méchants, surtout totalement prisonniers du système et de leur médiocrité... Scarface est le modèle atteignable d'un monde auquel il n'appartient pas

Yohan 08/09/2008 08:46


Je suis d'accord avec toi sur le fait qu'il cherche à montrer le quotidien, sans dramatisation excessive. On reste tout de même dans un long-métrage de fiction, avec une légère part de romanesque
et d'intrigue. Le modèle américain est tout de suite annoncé dans le film (dans une des premières scènes, Scarface est cité). Le réalisateur ne rejette donc pas cette paternité, même s'il la
renverse pour montrer une toute autre vision de la mafia.