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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 09:00

José Saramago, auteur portugais, prix Nobel de littérature en 1998, déjà ça impressionne. Mais ce qui impressionne encore plus avec ce roman, c’est quand on ouvre le livre : le lecteur se trouve face à 300 pages sans aération, sans sauts de ligne (ou alors un toutes les trois pages). Même les dialogues ne permettent pas de donner de la légèreté à la présentation, car ils sont intégrés au récit, avec une présentation originale : l’intervention d’un personnage est introduite par une virgule suivie d’un majuscule, majuscule réapparaissant dès qu’il y a un changement de locuteur.

 

Bon, voilà donc un ouvrage grand format de 300 pages, très peu aéré. Mais j’ai entendu tellement de bien de Saramago qu’il faut bien que je me lance.

 

Et c’est ce que j’ai fait. L’intrigue est très simple : un pays entier est frappé d’une épidémie de cécité. Le premier individu atteint perd la vue alors qu’il attend au feu rouge dans sa voiture. Puis le mal se répand, de manière contagieuse : tous les personnages que croisent l’aveugle le deviennent à leur tour, et cette réaction en chaîne fait qu’un nombre de plus important de citoyens deviennent aveugles. Le gouvernement décide dans un premier temps d’enfermer les aveugles dans un ancien hôpital psychiatrique, pour protéger les individus sains. On suit donc les tribulations de ces nouveaux aveugles, sans repères, dans un univers hostile, où les instincts les plus vils vont resurgir…

 

A partir de ce point de départ (l’aveuglement des citoyens d’un pays), Saramago parvient à traiter une multitude d’aspects liés à cette cécité, et à déborder ce simple problème de vision. La lâcheté des gouvernants est la première attitude qui saute aux yeux : on préfère sacrifier quelques aveugles et protéger la masse, plutôt qu’essayer de soigner les malades. Les aveugles eux-mêmes, qui ont tous un statut de victime, reproduisent le schéma qu’ils ont connu à l’extérieur : des meneurs, des dociles,… Un racket se met en place au sein de l’asile, qui ira jusqu’à des paiements en nature (ce qui donne lieu à des descriptions terribles). On ressent également la vulnérabilité de l’être humain vis-à-vis de son environnement : abandonné en pleine nature, comment peut-il faire pour trouver à manger, boire ou se laver ?

 

Toutes les scènes sont rapportées par la femme d’un ophtalmologiste, qui a la chance de ne pas perdre la vue quand tous les autres tombent malades. Et avec elle, on suit l’évolution de la maladie, tout en partageant sa crainte de devenir elle-même aveugle. Cette femme incarne à elle seule la volonté de ne pas se laisser dépasser par la situation : de peur d’être exploitée par les aveugles, elle garde pour elle (et son mari) le fait qu’elle voit. Elle fait tout ce qu’elle peut pour aider la communauté, mais est contrainte de se replier sur elle-même pour ne pas être submergée par les demandes des aveugles.

 

Ce livre est tout à fait palpitant, très bien écrit et confronte le lecteur à une situation totalement inédite. Il m’a questionné sur mon rapport au monde, et sur les capacités qu’a l’être humain à réagir à des situations imprévues. Car c’est l’une des forces de cet ouvrage : à partir d’un événement anormal, parvenir à présenter tous les aboutissants de cette nouvelle situation, sans laisser échapper le moindre détail. Par exemple, le narrateur présente à plusieurs reprises les difficultés des aveugles, difficultés auxquelles je n’avais souvent pas pensé, notamment celles liées à l’hygiène.

 

Au fait, je pense que je n’ai besoin de vous préciser que la mise en page n’est finalement pas du tout gênante, tant le roman est passionnant de bout en bout…

L'avis d'
Emeraude, pour qui ce roman a servi de déclic à l'ouverture de son blog, et qui m'a donc aidé à faire mon choix pour me lancer dans les romans de Saramago.

PS : Je remercie les
Chats qui ont accepté d'héberger ce billet il y a quelques jours déjà !
PS 2 : Comme peut le faire penser le visuel de la couverture du livre, ce roman a été adapté au cinéma par Fernando Meirelles (réalisateur entre autre de l'engagé The constant gardener), avec Julianne Moore (que j'aime beaucoup depuis Loin du paradis), Mark Ruffalo, Danny Glover (qui revient en force sur les écrans) et Gael Garcia Bernal entre autres. Sortie prévue à l'automne 2008 ! Je suis curieux de voir ça (sans jeu de mots vaseux, ben entendu) !

 

L'aveuglement, de Jose Saramago

Traduit du portugais par Geneviève Leibrich

Ed. Points

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commentaires

Jolly 27/07/2013 17:13

Ton avis donne très envie! Merci!

Virginie 24/09/2011 18:34


Je viens à peine de refermer le livre et un seul geste : gros soupir! Ouf, quel livre ! Je me suis retrouvée dans certains passages de ton billet, notamment la scène lourde de descriptions lors de
la scène des viols dans l'asile... Un livre très dense et tres prenant, Meme si comme tu le dis il est également tres "compact"! Bonne soirée !


Yohan 24/09/2011 23:17



Un bouquin qui reste en mémoire, tellement l'histoire est originale et magnifiquement traitée dans toutes ces composantes. Un très bon souvenir de lecture !


Bonne soirée à toi également !



emeraude 27/08/2008 18:07

bien sûr, j'irai voir le film ! petite question : as tu eu une version poche avec la jaquette du film déjà ? Nous ne l'avons pas encore eu à la librairie !
sinon, sache que tous les romans de saramago sont écrit de cette façon !

Yohan 28/08/2008 14:39


@ Lucile et Karine : non, la présentation n'est pas "si tant pire". Et une fois plongé, on oublie très vite cette présentation. Alors Karine, la prochaine fois, tu ne le reposeras pas, n'est-ce-pas ?

@vanillabricot : bienvenue par ici. Comme toi, je suis plutot content de l'avoir lu avant de voir le film, même si ce n'était pas prémédité !

@Emeraude : non, je n'ai la jaquette avec Julianne Moore (je l'ai emprunté en grand format). D'ailleurs, je l'ai offert depuis avec l'ancienne couverture. Mais j'aurai quand même bien aimé
avoir un livre avec Julianne Moore dessus ;-)


vanillabricot 27/08/2008 15:50

Alors à lire absolument avant la sortie du film! (J'aime lire, vierge de toute impression) Merci pour cette critique

Karine 27/08/2008 13:20

J'avais aussi noté ce roman chez Emeraude... je l'ai feuilleté hier en librairie et la mise en page m'a fait une peur bleue... j'ai normalement beaucoup de mal avec de telles présentations. Donc, je l'ai reposé. Mais si tu dis que ce n'est pas "si tant pire", la prochaine fois, je me laisserai tenter!