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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 07:54

François Villon, poète et brigand. Elève doué qui utilise la ruse pour toutes ces entreprises, pas toutes orientées vers les études. Homme attiré par les plaisirs de la chair et par les voyous qui sèment la terreur dans les campagnes. Mais Villon est surtout un grand écrivain, dont les ballades sont apprises à l'époque dans tout Paris, et qui sont arrivées jusqu’à nous (la ballade des pendus, les neiges d’antan). C’est la vie de cet artiste du XVeme Siècle que relate ici Jean Teulé, de manière bien entendu romancée.

 

Le père de François est mort pendu, sa mère a été suppliciée et il est peut-être né le jour de la mort de Jeanne d’Arc. Pas de très bon augure. Recueilli par un chanoine qui veut faire de lui un homme cultivé, et qui lui donnera beaucoup de fil à retordre, il passe son temps entre les mains d’une prostituée surveillée par son mari, les équipées nocturnes avec ses amis et autres joyeusetés de son âge. Mais ses actions ne resteront pas impunies, et après un exil qui lui fera vivre d’atroces souffrances, il revient à Paris qui le reçoit comme une idole. Mais François s’émeut de cette image qui lui échappe.

 

Jean Teulé adopte pour cette biographie un style très romancé, qui n’épargne pas le lecteur : il apprend ainsi tous les moyens utilisés pour torturer les parisiens au Moyen Age. Les pendus, les ébouillantés, les morts, les amputés ou les emmurés parcourent l’ensemble du récit. La scène la plus violente à lire est très certainement la série de supplices que doit subir François, suite à son emprisonnement par le procureur aux langues desséchées…

 

L’écriture de Jean Teulé permet de faire passer aux lecteurs la violence de cette époque. A plusieurs reprises, j’ai ri face aux atrocités décrites, tellement elles sont inimaginables. Sauf bien entendu qu’elles ont réellement existées ! Jean Teulé adopte un ton en décalage avec la violence du temps, qui rend plus hommage à la potacherie parfois inhumaine de Villon et ses amis qu’aux suppliciés de l'époque.

 

L’autre point agréable dans la lecture de ce roman est qu’on est plongé régulièrement dans l’écriture de Villon. En ancien français, mais Teulé traduit dans le récit les ballades pour qu’elles soient compréhensibles par le lecteur. Et cela permet de réaliser l’évolution qu’a connue la langue française.

 

Une nouvelle expérience de Jean Teulé bien plus réussie que la première avec Le magasin des suicides. Et je sens que ses romans sur Rimbaud et Verlaine vont bientôt figurer sur ma liste de lecture.

 

Je, François Villon a déjà été beaucoup commenté sur les blogs, et je ne peux pas ici recenser tous les billets sur le roman. Jean Teulé a même eu l’honneur d’être Aristochat pour deux mois et leur a accordé une interview. Vous trouverez donc ici l’avis de Coeur de Chene (emballé),  Karine (un peu mitigée), Bladelor (qui n'a pas tenu le coup), et il en a encore bien d'autres...

 

Je, François Villon, de Jean Teulé

Ed. Julliard

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commentaires

Thom 17/09/2008 14:41

Et même : "Je, François Villon" a carrément reçu le Prix des Chats 2007 (je tease, parce que bon... l'édition 2008 ne devrait point tarder - et en tant que sympathisant et collaborateur occasionnel tu fais évidemment partie du jury - modalités développées dans les semaines qui viennent).

Yohan 20/09/2008 12:03


@ Karine : je pense qu'au niveau de l'écriture, l'avis est assez partagé pour dire qu'il est bien meilleur que celui du Magasin des suicides. Mais il est vrai qu'il faut avoir le coeur bien
accroché. Mais ce sont les scènes de tortures qui m'ont le plus marqué.

@Thom : n'hésite pas à venir de la pub pour les Chats, ici tu es le bienvenu ! Et merci pour cette invitation, mais j'attendrai de voir les modalités d'attribution du prix pour savoir si je
participe. Parce que si c'est genre "l'auteur nous a donné une interview, donc on lui une récompense", alors ce sera Jaenada et il n'y a plus de suspense ;-) 


Karine 16/09/2008 01:32

D'accord pour l'écriture, que j'ai trouvée nettement supérieure à ce que j'ai lu dans "le magasin des suicides". En fait, j'ai aimé l'idée mais j'ai dû avoir le coeur bien accroché par moments. Son amie - dont j'ai oublié le nom- , entre autres... brrrrrrrrrr!

bladelor 15/09/2008 12:12

Et tu as réussi à en rire ? Ben là je dis chapeau, moi j'ai pas pu. En revanche, je suis bien d'accord avec toi, en ce qui concerne la qualité d'écriture c'est bien supérieur au magasin des suicides.

Yohan 15/09/2008 17:07


Etrangement oui, j'ai réussi à en rire tellement le tout est écrit de manière distanciée. Lorsque le narrateur raconte les essais que fait le bourreau pour ébouillanter le meiux possible les
victimes, c'est écrit de telle sorte que je trouve cela drôle. Mais je peux comprendre que ce soit difficilement supportable pour certains lecteurs...